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LA GLISSOIRE DU DIABLE

pied des Monts-Wasatch, belle chaine qui fait partie du groupe des Montagnes Rocheuses. Le Grand-Lac-Salé commence non loin d'Ogden. Sa forme est ovale, irrégulière, allongée. On a fort exagéré ses dimensions : j'ai lieu de croire qu’elles sont, tout au plus, de 200 kilomètres de long sur 80 de large. Comme la mer Morte, à laquelle on la souvent comparé, le Grand-Lac est tellement saturé de sels alcalins qu'aucun poisson n'y peut vivre. Ses eaux contiennent 20 pour cent de sel; le goût en est désagréable, Leur pesanteur spécifique est si grande que le corps humain tend toujours à

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LE PAYS DES MORMONS

surnager à leur surface: un baigneur aurait de la peine à s'y noyer. Les rives immédiates du lac, parsemées de roches tombées des hauteurs voisines, sont privées de toute végétation; ce n’est qu'à une certaine distance que croissent, dans les parties sableuses, quelques plantes odoriférantes, thym, sauge, romarin ; et sur les argiles, les tournesols : cette fleur jaune, si connue, se compte par millions dans cette partie de lUtah, comme, du reste, dans beaucoup d’autres régions de l'Amérique.

De même que la mer Morte, la mer Caspienne et la mer d’'Aral, le Grand-Lac-Salé n’a aucun écoulement vers l'océan : les cours d’eau douce qui s'y jettent n'ont d'autre voie de dégagement que l’évaporation. Il existe, dans le bassin de l’Utah, divers amas d’eau salée de moindres dimensions. Quelques naturalistes (Humboldt entre autres) ont supposé que ce vaste bassin, qui s'étend des Montagnes Rocheuses à la Sierra Névada, était jadis occupé par-tla mer, et quil:a été élevé, peu à peu, jusqu'a l'altitude ccmelee 1,300 mètres. Le retrait de la mer expliquerait alors la salure du solmet l'existence de ces nombreux lacs, étangs ou marais salins.'

À 90 kilomètres environ du Lac-Salé se trouve le lac Utah, dont les eaux sont: douces et pures; les deux sont'unis partie Jourdain muets turbulente et rapide. Les mormons sont très fiers de la ressemblance qui existe entre l’hydrographie de leur territoire et celle de la Palestine : leur lac” d’eau douce, leur rivière, leur lac salé, rappellent singulièrement, en effet, la mer de Galilée, le Jourdain et la mer Morte.

Il serait difficile d'exagérer la beauté du coup d'œil que présente la plaine du Grand-Lac-Salé. C'est un de ces tableaux parfaits et harmonieux, tels que notré terre, dit-on, nen-contient que "chou Ce commencement de l'été, peu avant le coucher du soleil, que je vis pour la première fois cette terre promise des mormons. Les eaux du lac, profondes et limpides, venaient se briser sur le rivage en écume étincelante. A droite et à gauche, de hautes montagnes, les unes couronnées de neige, les autres revêtues de bois de cèdres ou de sapins ; çà et là, des roches arides et nues, mais dont la pierre blanche ou bleuâtre charmait le regard par les nuances les plus douces et les plus variées. Le soleil couchant enveloppait toute la vallée de ses rayons embrasés. L’atmosphère était si transparente que les moindres détails ressortaient, sur le fond du tableau, avec une netteté parfaite. Des fleurs sans nombre égayaient le sol. Nous passâmes devant des fermes souriantes, entourées de jardins, de vergers, de vertes prairies et de blés mûrissants. Enfin la cité sainte des mormons apparut à nos regards, ayant devant elle un coin du lac, et à l’arrière-plan une belle rangée de montagnes. On eût dit un délicieux jardin, parsemé de maisons de plaisance. Quoique la ville, y compris les faubourgs, ne renferme pas vingt mille habitants, cependant elle couvre une superficie de près de quinze kilomètres. Comme la plupart des cités américaines de construction récente, celle-ci est divisée

Î L. Simonin, De Washington à San-Francisco ; ouvrage déjà cité.

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