‹ A travers les Etats-UnisChapitre 32 sur 130 · PIRE NO D PE · texte numérisé non relu

PIRE NO D PE

en carrés, par des lignes qui se coupent à angle droit, à la façon d’un échiquier. Les rues, qui ont toutes 42 mètres de largeur, sont ombragées par une double ligne de beaux arbres. Un ruisseau d’eau courante sépare la chaussée des trottoirs. C'est, à tout prendre, une des plus jolies villes de l'Union. Sauf dans le quartier des affaires, chaque maison est isolée et se perd dans la verdure. Ceci donne à la ville un aspect à la fois champêtre et élégant. A première vue je songeai à Damas, cette fleur du désert qui se cache, elle aussi, parmi ses vergers et ses bosquets.

On a de la peine à se persuader qu’une si grande fertilité, un aspect si riant et si riche, ne soient, pour ainsi dire, qu'artificiels : rien n'est plus vrai cependant. Avant l’arrivée des mormons, la plaine du Grand-Lac-Salé n'était qu'un aride désert, où croissaient des touffes de sauge dans une poussière alcaline. Le sol n'était pas seulement inculte : il était, par sa nature, essentiellement improductif.

Quelques Peaux-Rouges, les plus misérables et les plus dégradés de leur race, qui se nourrissaient d'insectes, de reptiles et de racines, étaient les seuls habitants de cette morne solitude. Un des chefs de la grande émigration des mormons me disait un jour:

“Malgré toutes nos fatigues et toutes nos souffrances, mon courage ne faiblit point un seul instant, ma foi ne fut pas ébranlée jusqu'au jour où, débouchant d’un ravin, j'embrassai d'un seul coup d'œil toute la vallée.

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Alors, je l'avoue, le cœur me manqua et je.

me dis: ‘Quoi! cet affreux désert serait-il bientlanbèrre promise lapatrie des Saints du dernier jour?” Mais que ne peuvent l'énergie, le travail, la persévérance, secondés surtout par lhabileté et le savoir-faire ?

Quand on commença à défricher le sol, un fameux trappeur, du nom de Bridger, qui connaissait le pays pour y avoir chassé, se

LE PAYS DES MORMONS

divertit aux dépens des mormons et promit de leur donner mille dollars pour chaque épi de blé qu'ils récolteraient. Les mormons laïissèrent dire et ce fut bientôt par milliers d'hectolitres que l’on compta leurs récoltes. Les ruisseaux qui se perdaient autrefois dans les montagnes, alimentent aujourd’hui les nombreux canaux d'irrigation dont la. vallée est sillonnée. Les terres d’alluvion qu’on est allé dérober en grandes quantités aux ravins environnants, ont été déposées à la surface du sol; et ainsi, au lieu de la croûte saline qui le couvrait, on a obtenu un riche terrain marneux, produisant des moissons d’une beauté et d’une abondance exceptionnelles. Mais, tout en admirant les magnifiques résultats obtenus par lindustrie patiente et infatigable des mormons, on s'étonne qu'ils aient choisi, pour s’y établir, un lieu aussi peu favorisé par la nature que le bassin du Lac-Salé.

Ils n'avaient, semble-t-il, qu'à regarder autour d'eux pour trouver un emplacement qui leur eût offert, avec les mêmes garanties de sécurité, des conditions bien autrement propices à la culture et à une colonisation permanente. Cara cerce fertilité qu'ils ont créée au prix de rudes labeurs, ils ne peuvent la maintenir que par des efforts incessants.

Du jour où leur activité UNE FAMILLE DE MORMONS AU CANON D’OGDEN. viendrait à se ralentir, nul doute que la plaine du Lac- Salé ne retournât à son état de stérilité primitive. On a calculé que la valeur du travail fait par ces prétendus illuminés, dans l’espace de quelques années, suffirait, et au delà, pour acheter plusieurs fois le territoire tout entier. C'est donc, à tout prendre, une lourde bévue qu'ils ont commise en sy établissant, n’en déplaise à leurs admirateurs et aux mormons eux-mêmes, qui sont très fiers de leur œuvre.

Les édifices publics de la ville n'ont aucune prétention artistique ; la plupart sont tout à fait laids. Le Tabernacle, où les sectaires se réunissent

! L'opinion exprimée ici par l’auteur anglais est partagée par les hommes les plus compétents des États-Unis. Voir notamment, sur ce sujet, le bel ouvrage américain intitulé: Picturesque America .—Note du Traducteur.

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