PEXODENDES SAINTS, DU DERNIER FOUR
tous les dimanches pour célébrer leur culte, est une immense construction en charpente, de forme ovale, recouverte d'un dôme aplati et entouré de piliers en maçonnerie. On dirait un œuf gigantesque, coupé en deux sur sa longueur. Onze mille personnes, m'a-t-on assuré, peuvent y trouver place, et entendre sans difficulté l'orateur. Quant au chiffre, je le crois exagéré, mais je dois dire que l’acoustique m'a paru excellente. Sur une estrade est une sorte d'autel, orné des chandeliers à sept branches de la Loi mosaïque. En avant est la chaire, et vers le fond, l'orgue, tout en bois de cèdre du pays. Du reste, pas d'images ou d'ornements ; rien que des inscriptions : d'abord, des textes de la Sainte Écriture, puis ee citations du Livre des Mormons; enfin des aphorismes recommandant le travail et l'économie. Dans un endroit très apparent, on lit ces mots: ‘Les enfants sont la meilleure récolte de l’Utah.”
Non loin de ce temple provisoire se trouve le temple de l'avenir, commencé en 1848 et qui nest encore élevé que de quelques pieds au-dessus du sol. Le plan, au dire des mormons, émane directement du Ciel: l'édifice sera tout en beau granit de couleur grise et de style gothique; toutefois, vu la lenteur avec laquelle les travaux se poursuivent, il est permis de douter qu'il soit jamais achevé.
Parmi les monuments de la capitale des mormons, citons encore l'Hôtel de Ville, le Théâtre, la Banque et surtout la Présidence, habitation de Brigham Young et de sa nombreuse famille.
L'histoire de la longue marche des mormons à travers les Prairies et les montagnes, de même que celle de leur établissement sur les rives du Lac-Salé, offrent un curieux mélange de superstition et d'intrépidité, de crédulité naïve et d'indomptable résolution. Ce fut en 1847 que ‘les Saints du dernier jour” abandonnèrent la ville de Nauvoo, qu'ils avaient fondée d’après les ordres de leur ‘“ Prophète,” Joseph Smith. Ils partirent sous les ordres de Brigham Young, qui conduisit le gros de l’éxpédition sainte du Missouri au Lac-Salé On peut dire qu'il fut le Moïse de cet exode d’un nouveau genre; mais, plus heureux que le prophète sacré, le célèbre imposteur vit la Terre promise. Pendant le voyage, la caravane eut à endurer bien des souffrances, à affronter bien des périls Je tiens de la bouche même d'un des principaux acteurs de ce drame étrange le récit qu’on va lire, et que je donne à peu près textuellement.
‘“ Une révélation du Ciel avertit d’abord Île prophète, et plus tard Brigham Young, que les Saints trouveraient une nouvelle patrie en dehors des États de l’Union, dans un lointain territoire où la persécution ne pour-
1 Mauvoo, c'est-à-dire Zt Belle, dans l'Illinois, fut fondée par les mormons en 1839; mais leur présence ayant donné lieu à des troubles graves, ils furent expulsés de l'État, et leur prophète fut tué par une multitude furieuse. Quoique le nom de Brigham Voung soit mieux connu que celui de Joseph Smith, c’est à ce dernier qu'appartient le triste honneur d’avoir créé le Mormonisme. Les mormons n’admettent comme authentique
qu’une Bible particulière écrite, selon eux, au temps de Sédécias, roi de Juda, environ 600 ans avant J. C., par un prophète juif du nom de Mormon, et miraculeusement retrouvée en Amérique.—/Vofe du Traducteur.
LE PAYS DES MORMONS
rait les atteindre. Le lieu précis n'avait pas été indiqué ;“quoi-qu'il“en soit, une bande de pionniers, 144 hommes et 4 femmes, partirent en éclaireurs. À mesure qu'ils avançaient, ils examinaient le pays, et dès qu'ils trouvaient un endroit convenable, ils défrichaient le sol, semaient du blé, laissaient quelques têtes de bétail et quelques hommes pour les garder. Bientôt après, d’autres colonnes partirent, à leur tour, de Nauvoo et marchèrent sur les traces de l'avant-garde. Les uns conduisaient de légers wagons, où on entassait femmes et enfants; les autres charriaient sur des brouettes ce qu'ils avaient pu sauver du naufrage de Nauvoo; presque tous les hommes allaient à pied. Nous eûmes ainsi à parcourir près de 2,000 kilomètres, à travers un pays inconnu, sauvage, sans routes tracées et sans autres habitants que les Indiens, qui souvent nous pillaient et massacraient nos trainards.
‘“ Quand nous arrivions à l'un des campements préparés par les pionniers, nous faisions halte, et nous coupions le blé qu'ils avaient semé; puis, nous travaillions la terre et nous l’ensemencions, en vue de la colonne qui viendrait après. Cela fait, nous repartions, emmenant quelques-uns des bestiaux laissés par nos prédécesseurs et les remplaçant par les plus fatiguées de nos bêtes. L'hiver venu, nous creusâmes des trous dans les rochers pour servir d’abri aux femmes et aux enfants: quant aux hommes, ils faisaient de leur mieux pour s'empêcher de geler sur place. Nous perdimes beaucoup de monde par suite du froid, de la faim, de la soif ou des maladies. Le passage des Montagnes Rocheuses et des Monts-Wasatch fut une véritable déroute. Enfin, après deux ans de fatigues et de souffrances, nous atteisnimes ce lieu. Impossible de se représenter un désert plus lugubre, plus désolé. Frappait-on le sol du pied? la poussière alcaline s'élevait en épais nuages. Essayait-on de l'arroser ? il semblait que la terre eût absorbé toute l'eau de l’océan, sans pour cela montrer aucune trace d'humidité. Cependant, au bout de quelques semaines, le courage nous revint, et nous comprimes que, malgré tout, il n'était pas impossible de fertiliser la vallée.
“Trois ans après notre arrivée, tout avait changé d'aspect. Nous avions des provisions de bouche en abondance, et nos récoltes s’annonçaient magnifiques ; mais les vêtements nous manquaient. Pour ma part, j'en étais arrivé à ne posséder qu'un pantalon en lambeaux et les restes d'une chemise de laine. Survint alors la grande invasion d'émigrants qui se rua sur les mines de la Californie. (Ce fut pour nous une excellente aubaine. Les pauvres gens arrivaient sur notre territoire, fatigués, découragés, manquant de vivres. Je me souviens que je troquai une jatte de lait écrémé contre un bon pantalon. C'était à qui échangerait des étoffes, des vêtements, contre les fruits, les léoumes, les provisions fraiches dont nous pouvions disposer. Bon nombre de nos frères suivirent la colonne pendant plusieurs journées de marche, et revinrent chargés d'objets de toute sorte,
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ROCAEUSES,