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1 On affirme dans le pays qu’à cette époque les mormons eurent recours, pour s'enrichir, à d’autres moyens que ceux-là, et qu'ils ne
reculèrent pas devant le pillage et le meurtre ; mais naturellement mon interlocuteur garda le silence sur ces détails...—Mofe de ? Auteur.
LE PAYS DES MORMONS
“Une chose nous manquait encore: l'argent. Jusqu'ici notre commerce s'était borné à des échanges. Mais sur ces entrefaites, le gouvernement américain, pensant nous faire peur, envoya des troupes au Fort- Douglas, que vous voyez là-bas. Bon gré mal gré, ces troupes furent obligées de nous acheter les fournitures nécessaires à leur entretien, et qui plus est, d'en passer par nos conditions. Quand elles reçurent l’ordre de se retirer, elles nous revendirent les provisions qui leur restaient, toujours à nos prix bien entendu. De la sorte, nous réalisâmes de gros bénéfices. Par exemple, d’un sac de farine qu'on avait payé six dollars, nous ne donnions qu'un demidollar, et encore nous laissait-on la toile. L'affaire n’était pas mauvaise, comme vous voyez. En attendant, nous nous étions bien installés dans le pays, et depuis lors, notre prospérité a toujours été croissant.”
Tel fut le récit du mormon. Je sais que les jugements d’un voyageur qui ne voit les choses qu’en passant et à la surface ne peuvent jamais avoir une bien grande valeur; quoi qu'il en soit, je dirai simplement ici quelles impressions ma visite à cette étrange communauté a laissées dans mon esprit.
Et d’abord, la prospérité matérielle des mormons est incontestable. La construction du chemin de fer du Pacifique et le développement de l’industrie minière dans le territoire de l'Utah, ont ouvert à leurs produits agricoles de nombreux débouchés. Les beaux légumes et les fruits savoureux de la Mormonie sont expédiés, en énormes quantités, dans toutes les parties des États-Unis, et se vendent à des prix élevés. Empêcher les mormons de prendre part au travail des mines, et les encourager à se contenter des bénéfices certains et considérables qu'ils réalisent en approvisionnant de vivres de toute sorte les mineurs et autres ‘“ Gentils,” tel a toujours été le système des chefs. De cette rapide augmentation de richesses est résultée une diminution notable de fanatisme. Possesseurs d'habitations agréables, de vergers magnifiques, de fermes florissantes, ‘les Saints du dernier jour 2 m'ont paru en train de devenir une communauté fort matérielle, fort pacifique, rangée, ennemie de tout désordre. Un des hommes les plus riches du territoire, ancien mormon, mais qui s'est détaché de la secte, me disait: “Il y a cinq ans, je ne me serais pas aventuré seul sur le trottoir après le coucher du soleil. Je marchais toujours sur la chaussée, la main sur mon révolver. Aujourd’hui, je sors à toute heure et vais où je veux, sans plus de crainte que si j'étais à New-York.”
I] va sans dire que la question la plus grave est celle de la polygamie. En général, la physionomie de la femme mormonne m'a paru exprimer la tristesse et l'abattement: rien qui rappelle la joie intime, le rayonnement intérieur de l’heureuse épouse et de l’heureuse mère. Du reste, il semble que ce honteux système, également contraire aux inspirations de la nature et aux enseignements chrétiens, ne puisse être longtemps maintenu. Tant que les
émigrantes européennes affluèrent en Amérique, les défenseurs de la polygamie 58 :
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