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VOYAGE

A TEÂYEES LES MOTS

Les étoffes, celles surtout qui servent à la parure des dames, appartiennent trop au domaine de la fantaisie pour que les noms qui les désignent ne soient pas quelquefois empruntés à des circonstances fortuites et passagères. Ces noms, ou plutôt ces surnoms, disparaissant avec la vogue qui les a produits, il n'y a plus aujourd'hui ni crêpe Rachel, ni drap Chambord. Je n'appellerai donc Taltenlion de mes lecteurs, et particulièrement de mes lectrices, que sur les dénominations qui ne dépendent ni du caprice ni de la mode, et qui ont pris une place légitime parmi les mots de notre langue.

C'est de l'Orient que nous sont venues nos plus anciennes étoffes. Le damas, l'indienne, la

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A TRAVEttS LES MOTS.

perse, le madras, le calfcot, le madapolam, la soie, la mousseline, la gaze et le cachemire sont tous d'origine orientale.

Le damas, Yindienne, la perse et le madras, presque également tombés en défaveur aujourd'hui, ont reçu les noms mêmes des pays qui les ont produits, et ne dissimulent sous aucune transformation leur provenance asiatique. Il n'en est pas tout à fait ainsi du calicot qui, pour adopter le nom de la ville où il a pris naissance, à changé l'une de ses voyelles. Puisque l'occasion s'oflfre ici de citer la ville de Galicut, n'oublions pas qu'au modeste mérite d'avoir fabriqué la toile de coton, elle ajoute celui, plus important dans l'histoire, d'être le premier port des Indes où aborda Vasco de Gama (1498).

Le calicot en progrès, c'est-à-dire le madapolam, est originaire d'une ville de Tlndoustan anglais, dont le nom nous a été transmis intact. Il en est de même de la fine toile de coton qui, de la ville indienne où elle est née, s'est appelée masuli". palan.

Ce n'est pas la langue chinoise qui nous a donné les mots soie et satin (venus simplement du latin sela), mais c'est la Chine qui nous a transmis le précieux produit. Le nom latin de réloflfe de soie^(sericum) vient de la Serique, nom sous lequel les Grecs et les Romains désignaient

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LES ÉTOFFES. i'-i

les pays de l'Asie (le royaume de Sîam et même la Chine) dans lesquels on allait chercher la soie.

La chronique chinoise, — on sait tout le respect que Ton doit aux chroniques, — attribue la découverte de la soie à Tune des femmes de l'empereur Hoang-ti, deux mille ans avant Jësus- Christ. S'il était à propos qu'une découverte fût faite par une femme, c'était à coup sûr celle de la soie. L'usage s'était établi, depuis cette époque, d'avoir, dans l'intérieur du palais, un terrain destiné à la culture du mûrier, désigné en Chine sous le nom d'arbre d'or, L'Inspiratrice, accompagnée des dames de sa cour, s'y rendait en grande pompe, et cueillait elle-même les feuilles de quelques branches pour les distribuer à l'espèce de chenilles que nous avons appelées boni* byx ou ver à soie. L'industrie de la soie se développa rapidement; les beaux et brillants tissus se substituèrent presque partout aux peaux de bêtes, et aujourd'hui encore, il n'y a pas de pays où l'usage de la soie se trouve plus généra îement répandu que dans le Céleste Empire. Les vêtements de soie sont habituels dans le peuple, comme chez nous ceux de laine et de coton.

Cet heureux privilège de la soie à profusion n'appartient pas à l'Europe. La soie est restée dans nos contrées un objet de luxe, et quand

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elle eut, après des siècles, pénétré en Europe, elle fut longtemps d'un très-grand prix. La première robe faite entièrement de soie date seulement de Tannée 220. Ce n'est ni une souveraine, ni une jolie femme, ni même un homme qui la porta, c'est un monstre, c'est Héliogabale. Un siècle auparavant, l'empereur Adrien ne s'était pas trouvé assez riche pour en donner une à sa femme.

J'aurais voulu pouvoir appeler la reconnaissance des dames sur la mémoire de celui qui fut l'importateur de la soie ; mais l'histoire ne nous a laissé aucun nom. Ce sont des moines persans qui, venus à Constantinople, révélèrent à Justinien l'art d'élever des vers à soie et de fabriquer leurs produits. Ils rapportèrent de Chine des œufs, qu'ils avaient cachés dans un bâton creux, et de ce moment l'industrie séricicole fut connue en Europe. De la Grèce, cette industrie passa en Italie, — c'est le chemin par lequel tant de belles et bonnes choses sont venues jusqu'à nous, — et vers la fin du xiii** siècle, les papes introduisirent les mûriers dans le comtat d'Avignon.

A Louis XI appartient Fhonneur d'avoir établi le premier, à Tours, des manufactures de soieries, en attirant dans notre patrie des ouvriers grecs et italiens. La célèbre industrie de Lyon ne date que de François I«% et il se passa bien du temps

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avant qu'elle pût répandre ses produits : « Les ouvrages de soie étaient encore si rares, même à la cour, nous dit Rollin, que Henri II fut le premier qui porta un bas de soie aux noces de sa sœur. » — Avignon, Nîmes, Saint-Étienne et Paris sont les villes où s'établirent ensuite les plus importantes fabriques de soie. On sait quelle vie nouvelle !e métier Jacquard est venu donner, au commencement de ce siècle, à cette importante fabrication. Il en est de la soie, si belle déjà à Tétat de nature, comme des autres matières tissées paj* la main des hommes; on ne peut lui donner tout l'intérêt, toute l'admiration qu'elle mérite qu'eu se rendant compte des nombreuses trausfuiiiiations qu'elle est appelée à subir entre le ver qui la file et les dames qui la. portent, il y a le dêbouillage, le tirage, le décreusage, le mouliua^e, la teinture, le tissage, et enfin toutes les fétu les de la confection.

Bien que le taffetas soit démodé, et que la faUic remporte sur lui de toute la puissance de sou ampleur, on n'apprendra certainement pas saos intérêt que les savants sont d'accord pour luire venir le mot taffetas du persan tâftah, participe passé d'un verbe taften, signifiant tisser, enlacer. Si le bon et spirituel Nodier était encore parmi nous, j'oserais à peine m'associer à cette opioioa, car pour lui, taffetas est par excellence une ono-

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matopée. « On a même écrit autrefois taffetaf, dit-il, comme dans ce passage de la Grande Nef des fous, du monde, « les bourses comme pannetières, les ceintures de taflfetaf ». La tentation est grande, il faut ie reconnaître : quand les plis de l'étoffe sont frottés les uns contre les autres, il semble bien qu'ils nous disent à Toreille : laffe, talfe K

Quoi qu'il en soit, ce qui de nos jours caractérise le taffetas et le distingue des autres étoffes de soie, c'est son brillant, son lustre. Or ce lustre, si dédaigné aujourd'hui, si apprécié naguère, a une histoire qui mérite d'être racontée. Un fabricant de soie du dernier siècle, Octavio Mai, victime d'événements malheureux, était plongé un jour dans les tristes réflexions que lui suggéraient une position difficile et les embarras de l'avenir. Il ruminait, c'est presque le mot propre, en retournant entre ses dents, sans y^ penser, une petite touffe de soie écrue qu'il avait mise machinalement dans sa bouche, et qu'il finit par cracher. Celui qui médite, qui cherche et qui s'afflige, regarde volontiers vers la terre. Les yeux d'Octavio Mai tombèrent par ha-

1. l\ est remarquable que la lettre f se prête singulièrement au son imitatif : le frôement, le froissement, le frou-frou d'une robe, le frisselis des feuilles , le sifflement des serpents.

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sard sur celte soie, à laquelle il fut frappé de voir un brillant extraordinaire. Il la ramasse, se rap* pelle qu'il Ta macérée entre ses dents, et se rend compte, en y réfléchissant, de l'action exercée par une liqueur visqueuse et par la chaleur de la bouche. Ce fut pour lui un trait de lumière ; le lustre était trouvé et la fortune d'Octavio étail faite.

La moire n'a pas toujours été le nom de Tapprêt que reçoivent, à la calandre ou au cylindre, par l'écrasement de leur grain, certaines élaiTes de soie, de laine, de coton ou de lin, pour prendre un éclat changeant, une apparence ondée et chatoyante. C'était originairement une étoffe faite avec le poil d'une chèvre sauvage de l'Asie Mineure, appelée mo; et comme hair signifie poil, le mot anglais mohair, poil de ch^I^vre angora, nous avait donné moire.

Les diverses espèces de soieries dues aux progrès successifs de l'industrie sont d'origine européenne; le florence, taffetas léger, et la florentine, satin façonné, qui portent le nom du lieu où ils ont été d'abord fabriqués; le gros de Naples et le gros de Tours ainsi nommés parce que les tissus fabriqués dans ces villes sont à gros grains; la faille, soie noire également à gros grains, fabriquée en Flandre, et dont le nom flamand est faite; enfin le pou de soie, dont le grain, plus ^ros

que celui de Naples, est moins serré que celui de Tours. On s'est divisé sur Tétymologie de ce mot, un peu étrange, il faut le reconnaître ; les uns y ont vu une altération de padoue soie, soie de Padoue, et les autres une corruption de tout de soie. Il y a même une troisième version, que le devoir m'oblige à signaler, bieh qu'elle répugne singulièrement à mes instincts ; on suppose qu'il s'est agi d'une comparaison avec Tinsecte, et que le vilain mot est là pour indiquer, par une image non moins laide que forcée, la grosseur des grains de Fétofife. Pouah I — Où est la vérité? A laquelle de ces opinions donner la préférence? Ce qui ajoute à l'embarras, c'est l'orthographe, toute fantaisiste^ je pense, adoptée par les JDoiarchands de nouveautés : ils écrivent poult de soie.

Deux soies m'ont laissé dans l'incertitude sur leurs noms : la marceline et le foulard. Cer dernier est très-certainement d'origine indienne par sa fabrication ; Fest-il aussi par son nom?

Quant à la soie légère que nous appelons gaze, elle nous est venue directement de l'Orient; c'est à Gaza, en Palestine, qu'elle a pris naissance. On n'a pas oublié quels souvenirs d'un tout autre genre se rattachent à cette antique cité : Samson, prisonnier dans ses murs, s'en échappa en emportant les portes, et c'est là qu'il

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mourut, volontairement écrasé, sous les ruines du temple de Dagon.

Gaza veut dire trésor. Le précieux rôle que joue la gaze dans la toilette des dames ne dément pas cette signification. Et puis, c'est à la transparence de la gaze, au charme qu'elle a de couvrir sans cacher, que les mots gaze et gazer ont dû d'être employés flgurément dans le sens de voiler, d'adoucir, de tempérer ce qu'un discours a de trop vif, une raillerie ou un reproche, de trop amer. Voltaire, voulant parler d'une femme qui, sans avoir abdiqué les grâces de son sexe, avait une grande supériorité d'esprit, a fait aussi, avec ce mot, une très-heureuse métaphore : C'est un aigle, a-t-il dit, dans une cage de gaze.

Un autre tissu léger, la mousseline, doit son nom à Mossoul, ville forte de la Turquie d'Asie, sur la rive droite du Tigre. Toutefois c'est dans l'Indoustan que se fabriquent les mousselines beaucoup plus qu'à Mossoul, où l'on s'occupe surtout de les teindre et de les imprimer en couleur. — Les amis de la comparaison et des rapprochements ont repoussé cette origine : pour eux, la mousseline se nomme ainsi parce que son duvet fin et léger rappelle la mousse. Le Dictionnaire des arts et métiers, publié en 1767, développe ainsi cette opinion : les ouvrages faits avec le coton sont mousseux, parce que les bouts des

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filaments du coton paraissent sur les toiles qui en sont faites ; c'est cette espèce de mousse qui a fait donner le nom de mousseline à toutes les toiles de coton unes, qui viennent des Indes.

Mais poursuivons notre course à travers le continent asiatique. — Imaginez un pays riant, fertile, pittoresque, où le ciel soit toujours pur, la température toujours douce, l'air toujours salubre et embaumé, les pastèques toujours fraîches, le miel parfumé, les récoltes abondan-

, les et les fruits exquis; où l'on ne rencontre ni reptile venimeux, ni insectes malfaisants; — placez-le à 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, en Tentourant de montagnes boisées d'où jaillissent des sources qui, tombant en cascades bruyantes, forment des canaux et des lacs répandant partout la fraîcheur, la lumière et la fertilité ; figurez-vous des campagnes et des collines si belles, si fleuries, que le pays tout entier avec ses ruisseaux, ses vertes prairies, ses cultures variées et ses villages cachés dans les arbres offrent l'aspect d'un immense jardin; mettez toute cette grâce, tout ce charme au pied de cette chose gigantesque qui s'appelle THimalaya, et vous n'aurez qu'une idée très-affaiblie de la vallée délicieuse d'où sortent les cachemires. — Cet heureux coin du monde est désigné sm* les

, registres des revenus de Tempire du Hogol sous

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les noms d'image du paradis et de demeure céleste. Or ces expressions ont été trouvées par les commis des finances, lesquels sont en général peu suspects de poésie.

Oui, c'est dans ce pays enivrant, enchanteur, il faudrait presque dire enchanté, que se fabriquent les tissus merveilleux qui n'ont été imités nulle part, pas plus en Asie qu'en Europe, et qui ont conservé à travers les siècles leur antique réputation. Les châles que les indigènes indiens et mogols portent l'hiver sur la tête et les épaules sont fabriqués avec la laine même du pays; mais le cachemire proprement dit, celui qui fail la richesse et la gloire des habitants de la belle vallée, n'appartient au pays de Cachemire que par la fabrication. La laine, ou plus exactemenl le duvet, qui sert à le tisser, est pris sur la poitrine des chèvres du Thibet. Une fois dans les mains du fabricant cachemirien, ce duvet, gris foncé de sa nature, est blanchi au moyen d'une préparation de farine de riz, puis il est teint de diverses couleurs, puis il est tissé, lavé, et quand la bordure est fixée autour de la pièce par une couture imperceptible, le châle est fait.

Sérinagor, la capitale du Cachemire, est le point qui réunit le plus grand nombre de fabriques; mais ne voulant rien vous dire du vilaiti caractère ni de la malpropreté des Cachemiriens,

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— ils sont indignes des beautés qui les entourent, — je laisserai là cette ville pour rappeler, avant de quitter la demeure céleste, qu'elle est la patrie des plus belles roses du monde. La suavité de leur odeur est proverbiale dans Tlndoustan, et Ton sait de quel prix est Tessence (attar) qu'on en retire. Le commerce de l'essence de rose est une telle source de richesse pour le pays, qu'on passe ordinairement en réjouissances l'époque où les boutons de roses s'épanouissent.

On fait remonter le châle de cachemire à une haute antiquité. Le plus merveilleux de tous, le plus fabuleux surtout, fut,dit-on, fabriqué pour un habitant de Sybaris, cette ville restée plus célèbre par sa mollesse et sa corruption que par son ancienne puissance. Ce que fit de ce châle le sybarite Alcesthène, l'histoire ne le dit pas; mais on prétend que Denys l'Ancien en devint possesseur et qu'il le vendit aux Carthaginois pour une somme qui représente 660,000 fr. de notre monnaie. On y voyait figurer, paralt-il, la ville de Sybaris, les animaux sacrés, les principaux dieux de la fable, et l'opulent Alcesthène luimême. Après les fortunes les plus diverses, ce chef-d'œuvre se trouvait revenu sur la terre africaine lorsqu'il fut détruit, en 421, dans le temple de Cœlestis, où il était précieusement conservé. Il avait duré un peu plus de neuf cents ans.

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C'est l'Orient qui nous a transmis le châle et son nom (schâl, en arabe), dont nous avons simplement francisé l'orthographe. Là, le châle appartient également aux deux sexes et n'a pas, comme chez nous, des fonctions restreintes; il est tout à la fois turban, manteau, ceinture et même tapis: L'usage du châle ne remonte guère en France au delà de notre siècle ; il date de l'expédition d'Egypte, tout comme les travestissements de nos dames aujourd'hui datent de l'expédition de Chine.

Ainsi se trouve épuisée la source orientale des matières textiles. Il reste à jeter un coup d'œil sur les provenances des pays où le soleil semble se coucher. Quelques tissus disent trop clairement leurs noms pour qu'il soit besoin de les interroger. Le brocart, tissu d'or, d'argent et de plusieurs couleurs, vient du verbe brocher, qui s'est aussi prononcé broquer; le piqué rappelle les points rangés en losanges qui réunissent les deux tissus dont il se compose ; Valpaga a pris le nom, avec une très- légère variation d'orthographe, de Valpaca ; ruminant de FAmérique du Sud, réputé pour la longueur et la ûnesse des poils de sa toison ; popeline est une altération de papeline, étoffe ainsi nommée dans l'origine de ce qu'elle se fabriquait à Avignon , alors terre papale ; le guingamp, Vorléans (même en

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r^ -: ^ 34 A TRAVERS LES MOTS.

[/:V' appuyant sur 1*5), le barèye et le tulle ont pour

c^.\ ^ berceau des villes de France; le nankin rappelle

^^>'s la ville de Chine dont le nom (Nan-Kin) signifie

?:' capitale du Sud; le crêpe, étoflfe légère et frisée,

^^ doit naturellement son nom au verbe crêper, né

^-\ lui-même de crispare, friser *. Qui dit velours dit

^ "!• velu, le mot d'autrefois était même velous; la

; J; lustrine dit qu'elle est lustrée ; la dentelle rappelle

^x les petites dents qui la bordent, et tous les points

^t qui désignent des dentelles faites à Taiguille

il portent le nom des pays où on les fabrique;

[ points de Gênes, de Venise, d'Espagne, d'Argen-

•V . tan, et plus spécialement points d'Alençon, d'An-

f> gleterre, de Valenciennes, de Malines et de

''^-' , Bruxelles. Il n'y a d'incertitude sur les noms des

dentelles que pour la blonde. D'où vient cette dé-

; ^ nomination? Peut-être de ce que la dentelle de

;,: soie n'est pas blanche comme celle de fil; elle

;r est plutôt... blonde. La guipure dérive du vieux

r r verbe guiper, entrelacer les fils, en les attachant

k^ d'un côté, en les tendant de Tautre, avec Fin-

N strument nommé guipoir. Le linge, avant l'exten-

j?; sion que ce mot a reçue, tirait son nom du lin,

dont il était fait ; de même le Knon; le droguet.

1. De là aussi, et comme comparaison avec l'étoffe, le nom de crêpe donné à la pâte mince et légère qui égayait jadis les soirées du mardi gras.

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LES éTOFFES. 35

étoffe de peu de valeur, disait lui-même qu*il était de la drogue; et le molleion est tellement imitatif, il éveille si bien l'idée de ce qui est doux, chaud et agréablement mou, qu'il ne faut pas chercher loin pour trouver son radical dans l'adjectif mollet.

Quatre de nos principales dénominations sont empruntées aux langues étrangères : étoffe, mérinos, tartan et lasting. Étoffe vient de l'allemand stoff, transformation du latin stupa, étoupe. On a dit autrefois estoffer pour signifier garnir, orner, parer, ei estoffure, estoffement , pour garùiture, ornement; c'est par là que le mot étoffe s'est pris flgurément pour valeur ou qualité des personnes et des choses. Quand, nous disons : Il y a de rétoffe chez ce garçon-là, nous entendons exprimer que le fond est bon, solide ; c'est dans ce sens que La Rochefoucauld a dit : « Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon. » Le verbe étoffer s'employant pour dire que la matière ne manque pas, il exprime, au figuré, ce qui est plein, rempli : « Une voix de basse sonore, a dit Rousseau, étoffée et mordante, qui remplissait l'oreille et sonnait au cœur. » — L'espagnol merino signifiant errant, ce mot est devenu le nom des troupeaux de moutons qu'on mène de pâturage en pâturage ; il a passé ensuite à l'étoffe faite de la laine de ces . moutons, par une abréviation aussi fréquente

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qae naturelle : après avoir dit d'abord laine de mérinos, on s'est contenté de dire mérinos. — Tartan est le nom du vêtement dans le nord de rÉcosse; c'est peut-être pour cela que nous avons ainsi appelé Tétoffe à carreaux que nous tenons des Écossais. Quant au /astin^/ étoffe de laine rase qui dure très-longtemps, il exprime sa qualité par son nom : c'est le participe présent du verbe anglais lo last, durer.

L'art de tisser, pratiqué chez les Anciens, remonte chez nous aussi à une époque très-reculée. Les galons, les franges, les rubans et les échantillons d'étoffes gaufrées découverts dans les tombeaux du x« siècle, lors des fouilles faites à Saint-Germain-des-Prés, étaient les produits de l'industrie gauloise. Il parait que les gants d'évêque trouvés là, et très-bien conservés, étaient exécutés à l'aiguille, formés de plusieurs systèmes de fil croisés avec des trous à jour, suivant certaines distributions régulières et assez semblables au point d'Alençon.

Que toile vienne du latin tela, comme soie de seta, c'est un point qui n'importe guère; mais ce qu'on ne peut considérer sans intérêt, c'est le chemin qu'a parcouru son diminutif toilette, lequel n'a rien signifié de plus, au début de sa carrière, que petite serviette de toile. Il faut vraiment admirer combien ce diminutif a grandi.

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LES ÉTOFFBS.^ 37

combien de sens il a pris, à combien d'objets essentiels il Vapplique, tout en restant dans le même ordre d'idées. Il s'agit bien encore des soins de propreté et des ablutions que comporte la serviette ; mais il s'agit en outre de rajustement, de la parure, de l'ensemble du costume, de tout ce qui constitue la mise, en contribuant si puissamment à réiégance, à la grâce, au charme, et l'on sait le monde de choses que peuvent renfermer les simples mots : une jolie toilette! — Où sont les élégantes, les jeunes ûUes et les mères radieuses qui, en laissant échapper cette exclamation, ont songé à la petite serviette?

On a dit que ruban venait du latin rubens, rouge^ et Nodier s'est chargé de justifier ainsi cette opinion : « Gomme la couleur rouge est la plus éclatante de toutes, elle avait usurpé Je droit de dénommer les autres. La tradition de cette étymologie s'est perdue, et l'on dit fort correctement un ruban gris, sauf à rire le soir de la cassette de Vavare qui était d'un gris rouge, et sans se douter que cette dernière expression vaut l'autre. C'est ainsi que les langues sont faites. » Pour qu'on se rangeât sans hésitation à l'avis de Nodier, il vaudrait mieux que le ruban fût d'origine moderne, car s'il est un pays où il soit naturel de confondre les idées de rouge et de ruban, assurément c'est le nôtre : avoir le ruban signifie

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être décoré, et aucun rouge n'est plus beau que le ruban de la Légion d'honneur. Mais les rubans sont aussi vieux que le monde : on les voit en Egypte attacher les sandales d'une statue d'Isis; les chaussures des anciens sont garnies de rubans, et toules les femmes de l'antiquité, Juives, Grecques, Troyennes ou Romaines, en ornèrent leurs cheveux. — Aussi n'ai-je parlé du ruban que pour avoir l'occasion de rappeler la petite espèce nommée faveur. Les cadeaux donnés par les dames, dans l'ancienne chevalerie, aux chevaliers qui, selon l'expression du temps, s'étaient déclarés leurs esclaves ou leurs serviteurs, consistaient presque toujours en rubans et en nœuds; ces rubans ainsi reçus étaient une insigne faveur, et l'on comprend que le nom leur en soit resté.

Pour passer sans transition du ruban le plus léger à Tétoffe la plus grossière, disons un mot du camelot, étoflfe ainsi nommée parce qu'elle était faite ordinairement avec du poil de chameau {camelus). Le camelot a doiiné naissance à une expression, réputée vulgaire, qui a passé, sans trop d'encombre," dans le langage usuel de la société : qu'un ouvrage soit mal fait, qu'une marchandise soit médiocre ou de mauvaise qualité^ et chacun dira : c^est de la camelote. Le bougran, plus commun encore que le camelot, puisqu'il n'est employé que dans les doublures des

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vêtemenls d'homme, a probablement été fait d'abord de poil de chèvre, et a» sans doute, le mot bouc pour origine. La carpette (du latin car-père, délirer de la laine, ûler) était aussi et trèsexclusivement à Torigine une étoffe grossière appelée tapis d'emballage. Elle a fait des progrès et s'est conquis une place très-honorable dans le monde : elle désigne maintenant un lapis de haute laine plus grand que les foyers ou les descentes de lit, et fait très-bonne figure au milieu de nos salons.

S'il est des sens qui s'étendent et grandissent, il y en a qui dégénèrent : la pacotille a d'abord été le petit paguei d'objets que chaque marin embarqué avait le droit de porter avec lui ; elle est devenue le ballot de marchandises qu'un passager emporte dans Tespoir de le vendre outremer; puis, partant de ce principe qu'on va surtout vendre aux colonies les marchandises inférieures ou avariées qui ne pouvaient se débiter eu Europe, on en est arrivé à faire de pacotille uue expression de dénigrement. Pacotille ou cnuielote, c'est tout un.

J'aurais voulu compléter cette liste, la reiuUo plus étoffée au point de vue étymologique, eu disant d'où viennent les mots drap, reps, organdi, jaconas, tarlatane, percale et son diminutif percaline ; mais l'origine de ces mot^ est

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restëfi jusqu'ici dans les plus épaisses ténèbres.

Je pourrais, il est vjai, chercher des raisons et des causes dans le champ toujours vaste des conjectures. Pourquoi n'admettrais-je pas, je suppose, que la grenadine est sortie de Grenade, et que d'honnêtes fabricants de tissus se sont appelés Jaconas ou Tarlatane? On a vu des choses plus extraordinaires. Les grenadiers n*ont-ils pas, à Tarigine, été dits grenadiers parce qu'ils étaient chargés de lancer des grenades; et la fontange n'a-t-elie pas reçu son nom de la charmante persoiHie qui Ta improvisée en 1678? « Le soir, cotniiie on se retirait, raconte Bussy-Rabutin, il s*ëleva un petit vent qui obligea M^^« de Fontange de quitter sa capeline; elle fit attacher sa coiffure par un ruban dont les nœuds tombaient sur le front, et cet ajustement de tête plut si fort au roi qu'il la pria de ne se coiffer point autrement de tu ut Je soir. Le lendemain toutes les dames de la cour parurent coiffées de la même manière. Voilà Torigine de ces grandes coiffures qu'on porte encore, et qui, de la cour de France, ont passe dans presque toutes les cours de TEurope. n

Les noms propres ont fourni beaucoup de mots à notre langue : MM. Guillotin, Ctti/'çixe^ Mac Àdam^ Barème, Casimir, ont servi à dénommer les objets de leur invention; le nom de phaèion.

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qu'on donne, par plaisanlerie, à son cocher, el par extension, à sa voiture, est emprunté à Phaéton, ce fils du soleil qui ne put maîtriser les chevaux du char de son père et qui faillit em-. braser le monde; espiègle a pris naissance dans V Histoire joyeuse de Till Ulespiegle, nouvelle populaire allemande où le héros fait tant de bons tours; le dahlia doit son nom au botaniste suédois André Dabi, qui l'apporta en Europe à la fin du dernier siècle; Vhortensia fut dédié à Hortense Lepaute, femme du célèbre horloger, et le camellia fut rapporté du Japon par le R. P. jésuite Gamelli ; les pralities furent inventées par le cuisinier du maréchal de Praslin; les jérémiades viennent des lamentations de Jérémie, les persiennes de la Perse, les meringues du pays de Mehringen, les épa^fnew/s d'Espagne; nos voitures de louage ont été appelées fiacres parce qu'elles étaient remisées dans la cour d'un hôtel de la rue Saint-Antoine, qui avait pour enseigne une image de saint Fiacre; et je ne serais pas éloigné de croire que les roquets sont des roquets parce que saint Roch avait un chien. La baïonnette vient de Rayonne, la cravate de Croatie, la ber-Une de Rerlin, la faïence de Faenza, et la colophane (autrefois colôphone) est de la résine -de Golophon, ville de l'Asie Mineure ; la nicotine vient de Nicot, le maroquin du Maroc, et le cordonnier de

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Cordoue. Le professeur de grec Lambin, dénoncé par Mercier pour la prolixité de ses commen- Vû'wei, nous a laissé son nom et le verbe qui en * découle, de même que nous devons au style de Marivaux les marivaudages et l'art de marivauder. Jl va enfin certains noms de personnages de comédies qui sont devenus, eux aussi, des mots de notre langue : Tartufe, Sosie, Amphitryon, Sl'idc, Harpagon, Othello et quelques autres.

Tout cela n'est pas une raison pour que la foi le toile blanche fabriquée du côté de Lisieux ait eu pour premier fabricant, il y a deux siècles, comme on a voulu m'en convaincre, un nommé Cnfonne qui s'était même acquis une grande réputation. Je ne dis pas non; si j'en avais quelque bonne preuve, je l'affirmerais à mon tour. Mais il faut absolument des preuves. On a voulu me soutenir également qu'il y avait eu dans le monde des tissus un monsieur Basin; or, comme ym de très-fortes raisons pour croire que le biisla sort d'un mot grec qui signifie coton (lequel coton, par parenthèse, est le mot arabe qothon, avec un petit changement d'orthographe), j'ai pris la sage habitude de me défendre du procédé un peu trop expéditif des noms propres. Si uij ami en qui j'ai la foi la plus entière n'avait pas vu, de ses yeux, sur une place de Cambrai, la slatue du premier fabricant de cette fine toile

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qui, de son nom, s'est appelée batiste, je douterais peut-être encore de son existence.

On ne soupçonne jamais assez quelle distance peut séparer, dans la formation des mots, le point de départ du point d'arrivée. De ce que les fainéants et les vauriens sont bien réellement, comme leurs noms le disent, des hommes qui ne font rien (néant) et qui ne valent rien, il serait imprudent de conclure que les faubourgs, par exemple, sont des bourçs faux; ici, l'orthographe est trompeuse : le mot, à l'origine, s'est écrit forsbourg {bourg de dehors); c'était le bourg situé fors la cité.

Il faut beaucoup se défier des orthographes.

Le préfixe for me rappelle le mot forcené, qui veut dire hors de sens : il est formé du latin foris, hors, et de l'allemand sinn, sens; il y a même eu autrefois dans notre langue un mot senè, signifiant sensé ; et au lieu de continuer à écrire forsené, on s'est mis à écrire forcené, comme si le mot dérivait de force.

On s'expose à d'étranges méprises en ne tenant pas compte des transformations successives ou des passages intermédiaires. J'en citerai comme preuve, pour rentrer dans le domaine qui nous occupe, la futaine, un tissu de laine qui n'a pas eu son inventeur pour parrain.

On est d'abord un peu surpris en apprenant

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que ce mot a pour origine Fosiat, nom d'un faubourg du Caire d'où Ton tirait cette étoffe : le rapport entre Maine et fostat semble éloigné; mais l'étonnement se dissipe peu à peu quand on considère que la futtaine pour venir jusqu'à nous a pris, au moyen âge, le chemin de Gènes où elle s'appelait fastagna, et que de ce mot italien on a fait d'abord fustaigne, puis fustaine, puis enfin futaine.

C'est un peu le cas de redire avec le chevalier d'Aceilly :

Alfana vient d'Equus sans doute ; Mais il faut avouer aussi Qu'en venant de là jusqu'ici, 11 a bien changé sur la route.

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Les associations de gens de lettres, d'artistes, de savants qui s'appellent Académies, telles que la fameuse Académie Française, et les quatre Académies des Inscriptions et Belles-Lettres, des Sciences, des Beaux-Arts, et des Sciences morales et politiques , qui forment avec elle VInsiUut de France, ont pour origine l'académie du divin Platon.

L'école de philosophie fondée par Platon vers 388 avant Jésus-Christ se tenait sous les ombrages mystérieux des jardins d'Academus, situés dans le Céramiques faubourg d'Athènes où Pla-

1. Le mot céramique,, qui nous est resté pour désigner Tart du potier, vient de keramos, argile , vase de terre. Le lieu qui portait ce nom à Athènes le devait aux sépultures et aux urnes cinéraires qui le remplissaient.

ton était né. De là le nom d'académique donné à la secte de Fillustre philosophe, de là le nom d'académicien donné à ceux qui adoptèrent ses doctrines.

Academus, qui n'avait certainement pas, dans ses rêves les plus ambitieux, aspiré à Thonneur d'attacher son nom aux réunions des hommes les •plus distingués de Tavenir, appartient à l'histoire héroïque. C'est lui qui désigna à Castor et PoUux le lieu où leur sœur Hélène était cachée, et qui, par là, empêcha une guerre imminente. Pour le récompenser de ce service, les Lacédémoniens, dans leurs ravages, épargnèrent ses jardins.

« Les Lacédémoniens ayant par tant de fois bruslé et gasté entièrement tout le reste du pays d'Attique, ne touchèrent jamais à l'Académie, en l'honneur de cestuy Academus. » (Plutarque, traduction d'Amyot.) En évitant une guerre, Academus fut un bienfaiteurde l'humanité, et son nom est d'accord avec la légende akos, démos, le remède, le sauveur du peuple.

Sur une autre promenade, de l'autre côté de la ville, Aristote et ses adeptes expliquaient leurs doctrines. Ce lieu, consacré comme l'Académie, à Tinslruction de la jeunesse, s'appelait Lycée, en mémoire d'un temple dédié à Apollon Lycien.

Les Aristotéliciens agitaient les questions philosophiques en se promenant sous les allées

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LBS ACADÉMIES. 4"7

et les portiques du Lycée, et cet usage de discuter en marchant les a fait appeler péripatéticiens (de péri, autour, et paleia, marcher, se promener).

Platoniciens et Aristotéliciens, Académiciens et Péripatéticiens, secte académique et philosophie du Lycée, — tels sont les noms distinctifs des deux écoles.

L'Académie, située au nord-ouest d'Athènes, était dite la promenade d'en bas, ou le gymnase inférieur; et le Lycée, au sud-est, était appelé la promenade d'en haut, ou le gymnase supérieur.

Ce nom de gymnase dent de gumnos, nu, parce que les anciens, lorsqu'ils se livraient aux exercices du corps, étaient à peu près nus; aussi, ne s'est-il dit originairement que des lieux où les Grecs s'exerçaient à lutter, à jeter le disque, à développer leurs forces physiques; mais il s'est bientôt appliqué, par extension, à tous les lieux où l'on faisait en commun des exercices, soit du corps, soit de l'esprit. Les célèbres écoles des Grecs étaient des gymnases aussi bien que les établissements consacrés à la gymnastique. De nos jours, il y a des maisons d'éducation, des sociétés littéraires qui portent ce nom; il y a des gymnases militaires, nous avons même un gymnase dramatique.

Parmi les établissements destinés, chez les Ro-

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mains, aux exercices de l'esprit et du langage, aux leçons et aux lectures publiques, il faut citer ceux qui furent fondés, Tun à Lyon par Caligula, l'autre à Rome par Adrien. Pour que leur nom répondît à leur destination, ils furent appelés Athénée, mot tiré d*Athènè, nom grec de Minerve, déesse de la sagesse et des sciences. L'Athénée de Lyon fut célèbre par les hommes habiles qui y enseignèrent et par les prix qu'y Ibûda Caligula. Les usages que ce fou sanguinaiie trouva établis sur cette terre classique des rh*^ leurs durent sourire à ses instincts féroces : à peine d'être fouettés ou jetés dans le Rhône, los vaincus étaient obligés d'effacer leurs composllions avec leur langue.

En France, la première idée d'une académie avait été conçue, au xiu" siècle, par Thibaut de Champagne. Elle fut réalisée, en 1570', par un autre poète, Raïf, qui obtint des lettres patentes pour la fondation d'une Académie de poésie et de vmatque, dont Charles IX et Henri III furent les zi'lés protecteurs, mais qui périt bientôt par le malheur des temps.

Avant la Révolution, les cinq académies de Paris étaient :

V Académie Française, fondée par Richelieu

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V Académie de Sculpture et de Peinture, fondée par Mazarin (16/|3);

L'Académie des Inscriptions et BelleS'LetlresJoniée par Colbert (1663);

l! Académie des Sciences, fondée par Colbert (1666);

L'Académie d'Architecture, fondée par CoJbert (1671).

Supprimées en 1792, ces académies furent rétablies en 1795 sous la dénomination commune d'Institut des sciences et des lettres, divisé en trois classes : 1<» les sciences physiques et mathématiques; 2<>les sciences morales et politiques; 3<> la littérature et les beaux-arts. En 1803, Tlnslitut fut divisé en quatre classes : 1° sciences physiques et mathématiques; 2® langue et littérature françaises; 3° histoire et littérature anciennes; ft" beaux-arts. La large place faite aux sciences et aux beaux-arts avait entraîné le naufrage des sciences morales et politiques. En 1816, époque de tous les retours vers le passé, on rendit aux académies leurs noms primitifs, « afin, disait l'ordonnance du roi de France et de Navarre, de rattacher leur gloire passée à celle qu'elles ont acquise, et afin de leur rappeler à la fois ce qu'elles ont pu faire dans des temps difûciles et ce que nous devons en attendre dans des jours plus heureux ».

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En 1832, rAcadémie des Sciences morales et politiques fut rétablie S. et, bien que l'ancien état de choses se trouvât ainsi reconstitué, la nouvelle dénomination d'Institut subsista.

Le nom d'académie a été donné par comparaison et par extension, non-seulement aux nombreuses compagnies de gens de lettres et de savants de la province* et de l'étranger, mais aussi à l'Opéra de Paris, désigné dans les lettres patentes de son établissement sous le nom d'Académie royale de musique; mais encore aux lieux où l'on s'exerce soit à l'escrime, soit à l'équitation; et même aux maisons où. l'on jouait publiquement, u Ce titre a été tellement prodigué en France, dit Voltaire, qu'on l'a donné pendant quelques années à des assemblées de joueurs qu'on appelait autrefois des tripots. On disait académies de jeu. On appela les jeunes g'ens

1. C*est à M. Guizot que revient Thonneur de nous avoir rendu cette académie. « Peu de jours après la formation du cabiuet, je proposai au roi le rétablissement, dans l'Institut, de la classe des sciences morales et politiques, fondée en 1795 par la Convention et supprimée en 1803 par Napoléon, alors premier Consul. » {Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps.)

2. « M. de Voltaire, passant par Soîssons, reçut la visite des députés de cette ville, qui disaient que leur académie était la fille aînée de TAcadémie Française. « Oui, messieurs, répondit-il, la fille aînée, fille sage, fille honnête, qui n'a jamais fait parler d'elle. » (Chamfort.)

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qui apprenaient l'équitation et l'escrime dans des écoles destinées à ces arts, académisies, et non pas académiciens. »

Le livre qui contient les règles des divers jeux de cartes se nomme encore académie des jeux.

On se demande ce que viennent faire dans tout cela le souvenir d'Academus et celui du divin Platon.

Dans son intéressant tableau de la littérature au xvu« siècle, M. Demogeot rappelle que le nom et Tusage des académies nous avaient été transmis .par les Italiens, qu'on imitait alors si volontiers en France, a Au xvii* siècle, dit-il, l'Italie ne comptait pas moins de cinquante sociétés de ce genre. Rien qu'en lisant leurs noms, il est difficile de croire qu'elles-mêmes se prissent au sérieux. On ne peut s'empêcher de sourire quand on trouve à Bologne les Gelés; à Viterbe, les Ardents; à Rome, les Arcades et les Ravivés; le> Étourdis (Inlronali), à Sienne; les Incultes à, Orvieto; les Obtus à Spolète. Ces académiciens rivaux semblaient fairedeleursdénominations ou des épigrammes ou des antithèses. Ceux de Ravenne s'appellent les Gens d'accord (Concordi)^ ceux de Modène, les Gens brouillés (Dissonant!); nous rencontrons à Salerne les Tracassiers (Irrequieli); à Rimini, les Gens paisibles (Agiati); à Ferrare, les Intrépides; les Timides à Mantoue. Ceux

de Reggio veulent se distinguer de la foule de leurs confrères, et se nomment les Muets; ceux de Raguse veulent s'y confondre, et prennent le titre d'Oisifs (Oziosi); enfin ceux de Brà, désespérant de trouver un nom, prennent le parti de s'en passer, et se désignent par Je titre û'Académiciens sans nom (Innominati). » .

La désignation la plus répandue en France pour les établissements consacrés à l'instruction delà jeunesse est collège. Formé du latin colligere, assembler, réunir, ce mot implique une idée très-générale, et s'est dit de différentes compagnies et réunions. Les Romains appelaient colleclivement ainsi les ministres de la religion, aussi bien que ceux qui formaient un corps dans les arts libéraux. De même, nous avons le collège des cardinaux ou le sacré collège; de même, les collèges électoraux et les établissements d'enseignement public désignés d'une manière absolue sous le nom de collèges.

L'antique lycée a été oublié longtemps. La Révolution, jalouse d'évoquer les souvenirs des anciennes républiques, l'a fait revivre, et c'est sous l'Empire, à dater de 1807, qu'il a été officiellement appliqué aux principaux collèges. La Restauration l'avait rayé, la seconde république l'a repris, et aujourd'hui il y a encore des lycées et

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des collèges : ils se distinguent en ce que les premiers, les plus importants, sont administrés par rÉtat, et les autres par les communes. Les uns étaient, ayant 1848, les collèges royaux, et les autres, les collèges communaux. L'enseignement est à peu près le même dans ces deux ordres d'établissements; cependant les lycées ont, en général, un enseignement plus développé et un personnel plus complet.

L'institution libre la plus célèbre connue sous le nom de lycée est celle que fonda Pilastre des Rosiers en 1787, et où enseignèrent La Harpe, Ginguené, Fourcroy, Chaptal et l'immortel Cuvier. C'est en souvenir de ses triomphes dans les nombreuses et brillantes assemblées du Lycée que La Harpe intitula Lycée son cours de littérature.

Le Lycée reçut ensuite le nom d* Athénée, mot qui n'était guère d'usage non plus dans les derniers siècles. La société fondée à Paris en 1781 pour le perfectionnement des arts et des sciences relatifs au commerce fut connue d'abord sous le nom de Musée^; elle prit celui de Lycée en 1795,

I. Ce nom, dont nous avons adopté la forme latine, muséum^ signifiait originairement un lieu consacré aux muses. Le Muséum de Paris ne rappelle que de loin les filles de Mnémosyne : c'est le Jardin des plantes, fondé par Louis XIII, le lieu où Ton enseigne Thistoire naturelle.

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et c'est seulement en 1803 qu'elle fut appelée Athénée des arts.

Tout le corps enseignant, tous les établissements reconnus pour l'instruction publique forment ce grand tout qui s'appelle en France V Université (du latin wmuersi((W, corporation, communauté). Dans d'autres pays, et particuliè* remènt en Allemagne, ce nom est réservé à l'enseignement supérieur.

On a attribué sans raison à Gharlemagne la fondation de runiyersité : il institua seulement, au moins en France, quelques écoles laïques. Le nom même d'université ne fut pas d'abord employé d'une manière absolue ; on disait : Universitas magistroram et avditorum, pour désigner la réunion des maîtres et des disciples. C'est Philippe-Auguste qui, le premier, réglementa les écoles de Paris, et c'est sous saint Louis que la corporation de ses écoles reçut officiellement le titre d'Université.

Il y avait autrefois, en France, vingt-trois universités provinciales qui disparurent à la Révolution. Celle de Toulouse, la plus ancienne, avait été fondée en 1223, et la dernière établie, celle de Nancy, ne remontait qu'à 1769.

L'empereur Napoléon P' constitua Y Université de France, centralisant l'enseignement public divisé en trois branches : l'enseignement supé-

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rieur, donné par les facultés (théologie, droit, médecine, sciences, lettres) ; renseignement secondaire, donné dans les lycées et les collèges ; l'enseignement primaire, donné dans les écoles primaires. Cet ensemble universitaire est divisé en dix-sept grandes circonscriptions qu'on •nomme académies \ et qui comprennent dans leur ressort un certain nombre de départements. Les académies sont administrées par un recteur (assisté d'autant d'inspecteurs d'académie qu'il y a de départements dans la circonscription), les lycées par un proviseur et les collèges par un principal. Avant la Révolution, le recteur (du latin rector, celui qui régit) était le chef d'une université. Celui de Paris, pour ne citer que le plus important, n'eut d'abord d'autre traitement qu'un droit de sceau sur les lettres de scolarité, des droits de présence aux assemblées, et un droit sur la vente du parchemin -

i. Les cfaefe-lieux des drconscriptions académiques sont : Paris, Aîx, Alger, Besançon, Bordeaux, Caen, Chambéry, Glermont, Dijon, Douai, Grenoble, Lyon, Montpellier, Nancy, Poitiers, Rennes et Toulouse.

2. Puisque le mot parchemin se présente, rappelons son origine. Le papyrus était devenu rare à Pergame. Est-ce à la suite d'une guerre entre l'Egypte et le royaume de Pergame, -ou parce que Ptolémée, jaloux de voir le roi Eumènc I^f faire transcrire beaucoup de livres pour former des bibliothèques publiques, interdit l'exportation du papyrus? — Quel que soit

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dans Paris; tout cela produisait annuellement 1000 à 1200 livres. — Le noni de proviseur (de providere, pourvoir) appartenait autrefois à celui qui prenait un collège sous sa protection et qui en réglait les affaires les plus importantes. On le donnait particulièrement : 1® au supérieur de la Sorbonne choisi parmi les hauts dignitaires du clergé; le cardinal de Richelieu était proviseur de Sorbonne ; 2» au supérieur du collège d'Harcourt; 3° à l'économe du collège de Navarre.

Quant au censeur, notre surveillant des études et de la discipline, il avait mission, dans l'ancienne université, d'examiner les récipiendaires.

En notant que école vient du grec sc/iolé, étude, on voit que les principaux noms appliqués aux instituts où se cultive l'intelligence, ont tous leur cause historique ou -étymologique. Un seul, peu usité, il est vrai, ne s'explique pas directement, c'est prytanèe. Jamais prytane, chez les anciens, ne fut un maître, jamais le pi^tanèe ne fut une école.

le motif, les Pergamiens (Pergameni) imaginèrent de remplacer le papyrus par des peaux de brebis ou d*agneaux préparées et polies à la pierre ponce, qui, du nom de la ville où elles avaient été inventées, furent appelées Pergamina, mot dont le temps et la corruption ont fait parchemin.

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LES ACADÉSiIBS. 57

Le Prytanèe (du grec prutanis, administrateur) était le palais d'Athènes où s'assemblaient les cinquante sénateurs chargés, sous le titre de prytanes, de préparer les lois, de veiller à la sûreté de l'État, de contrôler l'administration, la justice, etc. Par imitation, le prytane était» dans certaines villes grecques, comme par exemple à Rhodes et à Milet, le premier magistrat. — C'était aussi dans le Prytanèe qu'on recevait les ambassadeurs étrangei's et qu'on accordait une retraite honorable aux citoyens qui, par leurs services, avaient bien mérité de la République. On sait la réponse que fit Socrate à ses juges lorsqu'ils lui demandèrent quelle peine, selon lui, il avait méritée : « D'être nourri au Pi7tanée le reste de mes jours. »

Le Prytanèe était encore le lieu où était conservé le feu sacré, confié à la garde de veuves appelées prytanides, et où l'on déposait des blés en réserve ; mais l'idée qui reste attachée, de nos jours, au prytanèe est celle d'un établissement où sont entretenus aux frais de l'État ceux qui ont rendu des services à leur pays. C'est ce qui a fait désigner sous ce nom l'établissement d'éducation fondé en France à la fin du dernier siècle pour instruire et entretenir gratuitement les fils de ceux qui avaient bien servi la patrie. Le Prytante, établi d'abord au collège Louis-le-Grand,

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Ses professeurs sont nommés par le chef de rÉtat sur la proposition du ministre et d'après une double présentation du corps des professeurs et de celle des académies de l'Institut à laquelle correspond la chaire vacante. C'est l'un des professeurs qui remplit les fonctions d'administrateur.

Les cours du Collège de France se sont tenus d'abord dans divers collèges de l'Université; puis Henri II leur assigna le collège Tréguier (fondé par Gilles de Coatmohan, chancelier de l'église de Tréguier) et celui de Cambrai (fondé par les évoques de Langres, de Laon et de Cambrai, et qui s'était appelé d'abord collège des Trois-Évêques). C'est en partie sur l'emplacement du collège de Cambrai qu'ont été construits les bâtiments spéciaux qui présentent leur façade sur la rue des Écoles.

Il existe à Paris deux établissements d'enseignement qui empruntent leur nom à l'idée première de leur fondation :

1*» Le Conservatoire de Musique et de Déclamation, établi en 178/i, par le baron de Breteuil, sous le nom à* École royale de chant et de déclamation, pour propager l'art et le conserver dans sa pureté. Installée dans les bâtiments des Menus-Plaisirs du roi, cette école, fermée en 1789, fut rétablie par la Convention en 1793, avec le titre d* Institut na-

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tional de Musique, et définitivement organisée sous son nom actuel en 1795 * ;

2° Le Consercatoire des Arts et Métiers, placé dans les bâtiments (appropriés à leur nouvelle destination par le regrettable Vaudoyer) de l'ancienne abbaye de Saint Martin-des-Champs, et destiné à recevoir, à conserver les modèles, plans ou dessins des machines, des appareils, des instruments et des outils employés dans Fagricullure et dans les arts industriels. La première idée de ce musée de l'industrie appartient à Vaucanson, le grand mécanicien du xviii^ siècle.

Sur un rapport présenté par Grégoire, la Convention rendit, le 19 vendémiaire an 111, un décret portant « qu'il serait formé à Paris, sous le nom de Conservatoire des Arts et Métiers, un dépôt public de machines, modèles, outils, dessins, livres et descriptions d'arts et métiers, dont la construction et l'emploi seraient expliqués par trois démonstrateurs attachés à rétablissement». Ces trois démonstrateurs, qui devaient « faire voir plutôt que parler », furent reconnus insuffisants, et en 1819 on les remplaça par trois professeurs. En 1839, le nombre des différents coui^

1. Le premier Conservatoire de Musique fut fondé à Naplcs «n 1537, sous Tinvocation de Sanla Maria di Loreto, jiur Giovanni di Tappia, prêtre espagnol.

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62 A TRAVBRS LES MOTS.

fut porté à dix; il est maintenant de quatorze, et ces cours constituent dans leur ensemble un enseignement très-complet des sciences dans leur application aux arts et à Tindustrie.

Le premier grade dans l'Université de France est le baccalauréat; ce mot et celui de bachelier sont de ceux sur lesquels il est bon de s'entendre.

Il y eut autrefois des bachelelles aussi bien que des bacheliers, car ce dernier mol, loin d'avoir le sens restreint que nous lui connaissons, servait à désigner, d'une manière générale, un commençant, un jeune homme.

Je suis Liodor; ma naissance est commune; Mes vœux sont ceux d'un simple bachelier.

(Bbaumabchais. — Le Barbier de Séville.)

n y avait des bacheliers dans l'Église, dans les corporations, dans les armes comme dans les facultés. Le sens s'étendit si bien que le mot s'appliqua à tout homme jeune célibataire (sens qu'il a conservé en anglais, bachelor) et que les jeunes personnes non mariées furent appelées bachelettes.

On dit que j*ay bien manière D'être orguoillousetle

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Bien affiert d'estre fière, Jeune bachelette...

(Froissart.)

C'est au moyen âge qu'il faut remonter pour trouver un des premiers emplois du mot bachelier. « Dans l'origine de la chevalerie on distinguait, dit Blanchard, deux classes de chevaliers : les bannerets * et les bacheliers. On nommait banneret, titre le plus haut et le plus élevé de la chevalerie, celui qui, noble de nom et d'armes, se trouvait assez riche et assez puissant pour lever et entretenir à ses dépens cinquante hommes d'armes; il fallait que chacun de ces hommes d'armes eût, outre ses valets, deux cavaliers pour le servir. On appelait bacMier ou

1. Les bannerets tenaient leur nom de la bannière qu'ils avaient droit de lever pour composer une compagnie militaire de leurs vassaux. Cette bannière était quarrée, tandis que celle des simples chevaliers se prolongeait en pointes et s'appelait pamwn, du latin pannus, drap, morceau d^étoffe, mot dont nous avons tiré aussi le pan de nos habits et, par extension, le pan de mur. Lorsqu'on faisait un gentilhomme banneret , on coupait la queue de son pannon qui, ainsi, devenait bannière. De là était né* l'ancien proverbe faire de pannon bannière, s'élever d'une dignité à une dignité supérieure. — On dit aussi bien et même de préférence : faire de pennon bannière : panne et penne s'étant pris l'un pour l'autre. Il n'est pas nécessaire, pour adopter cette orthographe, que pennon vienne de penna, plume, cas où il faudrait que le pennon fût une banderole comparée à une plume.

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bas chevalier, celui qui n'avait ni assez de biens ni assez de vassaux pour fournir à l'État un pareil nombre d'hommes.

— Aymerillot, reprit le roi, dis-nous ton nom.

— Aymery. Je suis pauvre autant qu'un pauvre moine; J'ai vingt ans, je n'ai point de paille et point d'avoine, Je sais lire en latin, et je suis bachelier.

Voilà tout, sire. Il plut au sort de m' oublier Lorsqu'il distribua les fiefs héréditaires.

Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres, Mais tout le grand ciel bleu n'emplirait pas mon cœur.

(Victor Hugo. — La Légetide des tièctet,)

Voilà le point de départ; tenez-le pour vrai, en vous défiant toutefois de l'étymologie bas chevalier, contraction un peu suspecte.

On a voulu aussi, en prenant bachelier dans son acception restreinte et purement universitaire, qu'il existât un mot latin baccalaureus, formé de bacca, baie, et de laureus, laurier; on en a même tiré le mot baccalauréat, pour désigner le grade de bachelier; mais les lauriers, même les prenaiers, sont absolument hors de cause dans ces deux expressions ; bachelier a pour origine tout à fait primitive le bas latin baccalarius, nom de celui qui tenait une espèce de bien rural que le bachelier avait à cens, et qui s'appelait bacca^

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LBS ACADÉMIES. 65

laria; et baccalauréat est une altération du bas latin bachalariatus, désignant un rang de débutant, d'abord dans la chevalerie, puis dans la hiérarchie religieuse et universitaire. M. Brachet a résumé ainsi la question sur bachelier : « Ce mot a traversé, pour arriver jusqu'à nous, une suite de sens qu'il est intéressant de reproduire: le bachelier, propriétaire d'une baccalaria, d'un bien rural, est au-dessus du serf, tout en restant un vassal d'ordre inférieur; ce mot prend ensuite le sens, en droit féodal, de vassal qui marche sous la bannière d'autrui; puis de gentilhomme trop jeune pour lever bannière, qui sert sous la conduite d'un autre seigneur; puîs.dans la langue de l'ancienne Université, de jeune homme qui étudie sous un maître pour acquérir la dignité inférieure à celle de docteur; enfin de gradué d'une Faculté. »

Les autres grades universitaires sont la licence et le doctorat. Ce dernier n'a pas besoin d'explication; c'est le grade de celui qui est maître, qui enseigne, qui est docteur enfin (doctor). C'est du même verbe docere, enseigner, que sont sortis les mots docte, doctrine, doctrinal, doctrinaire, document et docile. Quant aux mots licence et licencip, noms du deuxième grade et de celui qui l'obtient, ils viennent du verbe licere, être permis. Les licences universitaires ont été ainsi appelées

6ô A TRAVERS LES MOTS.

parce qu'elles donnaient la licence, la permission d'enseigner, de plaider, de traiter les malades, etc. Licence s'employait beaucoup autrefois dans le sens de permission; on en trouve de nombreux exemples dans Molière. La licence n'est plus guère aujourd'hui que Tabus de ce qui est permis.

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