LES MOIS
Maintenant que nous voici en possession de notre calendrier, examinons-le dans ses détails, et demandons-lui un compte sévère, non de sa division que nous savons bonne, mais de ses dénominations.
Les noms des mois du calendrier des anciens perses sont : favardin, arbibchescht, khordad, tir, amerdad, schariver, nichir, aban, ader, deh, bahr man et isfendarmard. Tout bizarres que peuvent
par an; ainsi, pour 1831, Tépacte a été six plus onze ou dixsept; pour 1832, elle a été dix-sept plus onze ou vingt-huit; pour 1833, c'était vingt-huit plus onze ou trente-neuf, c'est-àdire un mois de trente jours, plus neuf jours pour Tépacte.
sembler ces noms, et tout inexpliqués qu'ils sont restés, ils auraient à peu près autant de sfens parmi nous que ceux qui figurent depuis des siècles sur notre calendrier. Malgré le respect que je professe pour l'antiquité, il me semble qu'on aurait pu, sans se montrer barbare ou novateur exagéré, changer les noms de mois et de jours qu'elle nous a légués. L'occasion s'offrait naturellement à l'époque où l'on refondit le calendrier, et si j'avais été Grégoire XIII, je crois que je l'aurais tenté.
Quels sont ces noms, en effet?
Janvier, januarius, de Janus, ce dieu dont le temple était ouvert en temps de guerre et fermé en temps de paix. Ayant été doué par Saturne de la faculté de lire dans le passé et dans l'avenir, Janus était représenté avec deux visages regardant, l'un en avant, l'autre en arrière.
FÉVRIER, en latin februarius, de februare, faire des expiations, à cause des sacrifices expiatoires et des luslrations que le peuple pratiquait pendant le dernier mois, pour se purifier des fautes commises dans le cours de l'année.
Mars, mois consacré au Dieu de la guerre.
Avril, en latin aprilis dérivé dUaperire, ouvrir* C'était le mois où l'on célébrait des fêtes relatives à la fécondité de la terre. A cette époque, la terre s'ouvrait pour recevoir les semences ou donner
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204 A TRAVBBS LES MOTS.
les premiers germes, et faisait naître Tespérance des moissons et des fruits.
Mai, ou maius, Romulus désigna ainsi ce mois, nous dit-on, en Thonneurdes sénateurs, appelés majores. Il était défendu de se marier dans ce mois, uniquement consacré à la vieillesse.
Juin, junius. Après avoir eu un mois entier consacré aux vieillards, il fallait que les jeunes gens eussent leur tour : le. mois de juin fut le mois de la jeunesse. (Mensis juniorum.)
Juillet, de Julius (Jules). César était né dans ce mois : il était naturel de placer là son souvenir.
Août, qu'il faut continuer de prononcer a-out malgré TAcadémie, si l'on veut conserver la trace du nom de l'empereur qui lui a donné son nom. Du temps d* Auguste la diphthongue au avait en latin la prononciation aou.
Quant à septembre, octobre, novembre et décembre, ils sont là uniquement pour indiquer la place que ces mois occupaient dans l'ancien calendrier romain, alors que l'année commençait en mars. Depuis que les mois ont été déplacés, ces noms, déjà si insignifiants quand ils étaient justes, n'ont plus môme le mérite d'être des numéros d'ordre.
Il faudrait faire le procès à cette singulière nomenclature, même en se plaçant au point de vue romain. Des noms destinés à se perpétuer, à se répéter sans cesse, auraient pu être choisis
avec un peu plus de logique et présenter dans leur ensemble une idée générale. Les Romains avaiiBnt assez de fêtes, d'usages et de coutumes pour qu'il leur fût facile de donner à tous leurs mois des noms rappelant les cérémonies et les réjouissances que ces mois ramenaient chaque année. Ils auraient pu aussi bien, si tel avait été leur envie, consacrer les mois au souvenir des dieux, des héros ou des rois. Ils pouvaient se contenter enfin d'indiquer simplement Tordre de succession, mais alors il eût été sensé de mettre des numéros partout.
Pour nous, l'inconséquence est manifeste, choquante, et, à l'exception du mois d'avril qui exprime une circonstance de la nature, tous les noms de notre calendrier sont absurdes ou faux, puisque les uns rappellent des souvenirs sans intérêt aujourd'hui, et que les autres donnent comme chiffres des indications inexactes.
Charlemagne est le seul de nos souverains qui ait tenté de donner aux mois des noms empruntés aux circonstances extérieures, à la culture Je la terre, aux solennités de la religion: — uints d'hiver, mois de boue, mois de printemps, mois de Pâques, mois d'amour, mois brillant, mois îles foires, mois des moissons, mois des vents, mois des . vendanges , mois d'automne, mois.
d'enfer. — Mais il s'était introduit, sous les roia
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de la première race, des dénominations demilatines, demi-barbares, qui subsistèrent longtemps encore, et qui n'étaient pas les mêmes par tous pays. D'autres noms vinrent ensuite se substituer à ceux-là sans qu'une nomenclature générale remplaçât définitivement celle des anciens, qui reprit le dessus avec la renaissance des lettres et le retour à l'antiquité.
Notre calendrier ne devait changer complètement et officiellement de physionomie que trois siècles après la réforme grégorienne. La révolution de 89, qui bouleversa ou au moins remania toutes choses, refit le calendrier, comme elle avait refait la carte de* France. Des noms qui dataient de Rome et qui avaient traversé toute la monarchie étaient d'assez vieille noblesse pour paraître suspects aux hommes qui s'étaient promis de ne laisser aucune trace de l'ancien régime. Voici les noms que leur inspira le culte de la nature.
Automne : — Vendémiaire (vendanges), brumaire (mois des brumes), frimaire ('mois des frimas) ;
Hiver : — Nivôse, (du latin nix, nivis, neige), ventôse (mois des vents), pluviôse (mois des pluies) ;
Printemps : — Germinal (mois des germes), floréal (mois des ûenrs), prairial (mois des prairies);
Été : — Messidor (du latin messis, moisson),
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thermidor (mois de la chaleur), fruclidor (mois des fruits).
Le premier mois de Tannée, vendémiaire, se comptait du 22 septembre au 22 octobre, brumaire, le deuxième, du 22 octobre au 22 novembre, et ainsi de suite. L'année avait conservé ses trois cent soixante-cinq jours; mais comme tous les mois étaient de trente jours , il y avait cinq et quelquefois six jours complémeataires.
Les trois mois de chaque saison avaient une même terminaison en quelque sorte imilative : en aire pour l'automne, en ose pour Thiver, en al pour le printemps, et en or pour l'été. Enfin les mois étaient divisés en trois dizaines ou décades, et les noms des jours indiquaient leur ordre : prlmidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi.
L'inventeur de ce calendrier est un auteur comique, poëte à sa manière, qui devint à la Révolution un conventionnel ardent : Fabre d'Églantine. Il se surnomma lui-même d'Èglantine, en souvenir d'un prix de poésie qu'il avait remporté aux jeux Floraux de Toulouse. Mais la Terreur lui fit oublier ce poétique début. Il devint secrétaire de Danton, membre de la commune de Paris, un des organisateurs des massacres de Septembre, et mourut sur l'échafaud,
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condamné par le tribunal révolutionnaire et renié par ses anciens amis.
Le calendrier républicain, établi par la Gon^ vention nationale le 24 novembre 1793, ne dura pas plus longtemps que la république. Napoléon, devenu empereur, l'abolit par un décret du 9 septembre 1805. Indépendamment des considérations puisées dans un ordre d'idées politiques, il était difficile de conserver des dénominations et des divisions qui n'étaient pas adoptées en Europe, et qui, d'autre part, auraient singulièrement contrarié ceux qui, comme Montaigne, n'aiment pas à être troublés dans leurs vieilles habitudes. Pour ma part, je regrette un peu les noms ; ils étaient rationnels, et c*est bien quelque chose.