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LU DIAMANT

Scientifiquement parlant, envisagé au point de vue de sa composition chimique, le diamant est du charbon pur. La distance est grande, cependant, entre les idées qu'éveillent communément les deux mots charbon et diamant. Bernardin de

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Saint-Pierre a pu dire philosophiquement : « Un charbon de feu dans son foyer est plus brillant et sans contredit plus utile- que le diamant qui brille sur la tête du Grand Mogol ; » mais il faut bien s'avouer qu'il n'a convaincu personne. Il avait mis en oubli le mot profond d'un autre philosophe : « Le superflu, chose si nécessaire! »

Les anciens en appelant le diamant adamas, indomptable (formé de a privatif, et de damaô, dompter) avaient fait allusion à la dureté de cette pierre, 'qu'ils croyaient ne pouvoir être brisée. C'était une de leurs erreurs. Rien ici bas n'atteint à la perfection. Le diamant raye tous les minéraux et n'est rayé par aucun, cela est vrai; il ne se dissout dans aucun liquide, il n'est ni fusible ni volatil , cela est vrai encore ; mais il a des faiblesses que d'autres matières n'ont pas : il se casse et il brûle ; il ne résiste ni au marteau ni au feu.

Ce qu'on appelle carbonado au Brésil, base du diamant avant sa cristallisation, est une substance minérale que l'on trouve mêlée aux dépôts de diamants, et qui serait le diamant luimême si elle était débarrassée de sa matière noire, reste d'impureté carbonique. La destruction du carbonado par le feu est plus vive et plus prompte que celle du diamant; mais au mar-

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-teau, il oflfre une résistance égale à celle du diamant même.

Rare et précieux sont synonymes» a-t-on dit avec raison. Les objets qui ne sont ni dans toutes les mains, ni pour toutes les fortunes, empruntent à ces circonstances une valeur que le mérite seul ne suffirait pas à leur donner, s'ils étaient en profusion. Or le diamant est rare ; mais il ajoute à ce genre d'avantage celui d'être vraiment beau. C'est la plus brillante et la plus pure production du règne minéral, c'est un point d*oCi jaillit la lumière en faisceaux de mille couleurs, c'est la plus parfaite image de la transparence, de la limpidité; c'est enfin de toutes les matières précieuses celle qui représente au plus haut degré l'éclat de l'opulence.

La plupart des diamants sont limpides et incolores; il s'en trouve cependant de roses, de jaunes, d'orangés, de bleuâtres, de verdâlres, et même de noirs ou de bruns; ces derniers portent dans le commerce le nom de diamants savoyards. Les diamants roses sont rares et tout aussi estimés que les diamants incolores.

De même que toutes les femmes ne sont pas également belles, qu'elles n'ont pas toutes à un degré pareil la fraîcheur, la pureté des lignes et la grâce; de même les diamants n'ont pas tous le même lustre, la même eau ou le même poids.

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De là des différences de qualités et de valeurs. Les diamants ont parfois aussi des glaces (espèces de petits nuages qui empêchent les pierreries de paraître nettes et transparentes), des teintes jaunes ou des points de sable ; ce sont là autant de défauts. Quand ces défauts sont très-saillants, et que la pierre, à cause de sa couleur et de ses taches, est jugée ne pouvoir être taillée, on la broie pour faire la poudre de diamant qu'on nomme égrisée, et qui sert à tailler, à pâlir et à graver les différentes pierres.

Le diamant était connu des anciens ; mais était-ce le connaître que de ne pouvoir ni le tailler ni le polir ? Aussi l'espèce de vénération dont il était l'objet reposait-elle moins sur sa beauté, à peu près ignorée, que sur son extrême rareté. — Quand les diamants bruts avaient une figure pyramidale, formant deux pointes naturelles, on les montait de manière à ce qu'ils présentassent une de ces pointes en avant ; autrement, ils restaient sans emploi.

C'est vers la fin du xv« siècle seulement, en U76, que le diamant s'est révélé dans toute sa beauté. Un jeune homme de Bruges, Louis de Berqueen, imagina d'employer pour la taille du diamant la poussière même de cette pierre, obtenue par un mutuel frottement. Il est probable que le diamant avait été taillé plus ou

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moins régulièrement avant Berqueen ; mais ce que trouva notre Brugeois, c'^st la taille actuelle, c'est-à-dire l'art de coordonner les facettes et de produire ainsi les pi us beaux jeux de lumières. Le premier et le plus remarquable diamant taillé par Berqueen est celui qui est resté connu sous le nom de Sancy. Il a la forme d'une pyramide sphérique et pèse 55 carats, c'est-à-dire 12 grammes environ. Ses fortunes diverses et sa vie aventureuse méritent d'être. racontées.

Charles le Téméraire, dont on connaît le grand goût pour les pierres précieuses S fut le premier possesseur de ce beau diamant. Il devait le perdre presque aussitôt après l'avoir acquis. La soif des conquêtes, cette criminelle injustice qui aveugle tous les grands ambitieux, avait poussé Charles le Téméraire à soumettre la Suisse.

Chacun sait ce qu'il advint. Lorsque le duc de Bourgogne se heurta, dans la plaine de Granson, à ce peuple de montagnards, si petit par le nombre, si grand par la résolution et le patriotisme, son armée fut mise dans une telle déroute qu'il

1. Parmi ceux qui ont eu la passion des pierres précieuses, il faut citer deux de nos contemporains : le duc de Brunswick qui, n'ayant pas comme Bias un grand fonds de sagesse, portait sa fortune avec lui; — et le cardinal Antonelli, qui prenait plaisir à jouer, en causant, avec des diamants ou des émeraudes comme Louis XV avec des petits chats.

dut lui-même prendre la fuite. Tous ses trésors tombèrent au pouvoir des vainqueilrs, et dia^^ mants, perles fines et rubis, y compris les pierres précieuses dont son chapeau était littéralement surchargé, furent partagés entre les alliés. Quant au diamant qui devait plus tard s'appeler le Sancy, il fut ramassé sur le champ de bataille de Granson par un soldat qui le vendit à un prêtre pour un florin. On ignore de quel trafic il fut alors Tobjet, mais il se retrouve un peu plus tard dans les mains du duc de Florence, puis dans celles du roi de Portugal. C'est aux malheurs de ce roi, don Antoine, prieur de Crato, qu'est dû le retour du célèbre diamant. — Lorsque Antoine, après avoir échappé aux Maures, revint à Lisbonne pour réclamer le trône occupé par le' cardinal Henri, son oncle, il fut . banni du royaume. Réfugié en France, il eut besoin d'argent, et engagea pour 100 000 francs à Harlay de Sancy, surintendant des finances, le joyau dont il était resté possesseur. — ^ Henri IV, à son tour, avant d'être reconnu roi, se trouva dans une grande détresse. Sancy voulut, pour le secourir, vendre ce diamant à des juifs de Metz, et alors commence pour le fameux diamant une nouvelle odyssée. Le surintendant charge son domestique, homme de confiance, daller chercher le diamant à Paris, et lui fait les plus

grandes recommandations : les routes étaient infestées de brigands auxquels il fallait échapper. « Ils m'arracheront plutôt la vie que le diamant,» répond ce serviteur dévoué, en faisant entendre qu'il n'hésitera pas à l'avaler, s'il se voit menacé. Le malheureux fut attaqué, comme l'avait prévu son maître. On découvrit, à force de recherches, qu'il avait été assassiné dans la forêt de Dôle, où des paysans l'avaient enterré. On lit exhumer le cadavre, on l'ouvrit, et le diamant fut retrouvé. Le roi d'Angleterre, Jacques II, qui en fut ensuite possesseur, l'ayant vendu à Louis XIV, le Sancy fit partie, pendant de longues années, des joyaux de la couronne. Après avoir été perdu, trouvé, vendu et revendu, puis ' avalé et presque miraculeusement retrouvé, il ne lui restait plus, pour avoir subi toutes les vicissitudes, que d'être volé; c'est sans nul doute ce qui arriva, car il n'est plus en France et fut acquis par la Russie en 1835.

La Russie possède un autre diamant, VOrloff, du poids de 779 carats et, partant, d'une valeur bien autrement considérable que le Sancy. On le dit gros comme un œuf de pigeon. La légende, * celte amie du merveilleux, rapporte que le diajuant auquel on a donné le nom d'Orloflf était uu des yeux de la fameuse statue de Scheringam, dans le temple deBrahma. Un grenadier français

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de Pondichéry déserta, gagna la conflaace des prêtres, devint gardien du temple, et se sauva après avoir dérobé un des beaux yeux de la divinité. Il le céda pour 50 ÔOO francs à un capitaine de vaisseau anglais qui le vendit 500 000 francs à un Juif, lequel le vendit à un marchand grec. C'est à ce dernier que Timpératrice Catherine II le paya 2 250 000 francs, plus iOO 000 francs de rente viagère.

Bien des diamants ont eu d'autres aventures •encore; il y a même plus d'une version sur celles de chacun, car il est rare qu'un diamant considérable soit passé naturellement et sans détours des mines de l'Inde ou du Brésil dans les cours de l'Europe.

Les grandes Indes sont la première patrie du diamant. C'est dans les royaumes de Visapour et de Golconde qu'on découvrit les premières mines en U30 et en 1662. Là aussi sans doute les Grecs et les Romains avaient fait leurs premières extractions. Aujourd'hui c'est surtout du Brésil que viennent la plupart des diamants; les dépôts indiens sont un peu épuisés et moins •exploités. Aussi a-t-on donné à l'ancien diamant de l'Inde le nom de vieille roche; il semble posséder un éclat et une pureté d'eau auxquels atteignent rarement les diamants du Brésil.

Le diamant du Grand Mogol, auquel Bernar-

din de Saint-Pierre fait sans doute allusion, n*est nullement à dédaigner : il pèse 279 carats, il est d'une belle forme et d'une eau parfaite; on ne lui reproche que d'avoir une petite glace à l'arête du tranchant. Ce malheureux défaut est cause, cependant, qu'on n'a pu l'évaluer qu'à 12 millions environ. Le vif éclat dont il brille lui a valu le nom de Koh-i-nour, montagne de lumière. Ce diamant, trouvé en 1550 dans les mines de Calore, près de Visapour, ne fait plus partie du trésor du Grand Mogol : après avoir été conquis par le roi de Lahore, Rundjed-Sing, il fut vendu à la reine Victoria d'Angleterre. — Rundjed-Sing, — puisque j'ai nommé ce fastueux despote, — portait la montagne de lumière au pommeau de sa selle, et avait pour 75 millions de joyaux aux harnais de son cheval. C'est humiliant pour la couronne d'Angleterre, dont les quatre cent quatre-vingt-dix-sept diamants et perles fines ne s'évaluent qu'à trois pauvres millions.

Indépendamment de leurs immenses richesses, les empereurs megols ont assez d'océans de lU'^ mière pour pouvoir se passer de la fameuse montagne. Aurengzèbe, qu'on a vu si puissant et si cruel sur le trône de l'Inde pendant la seconde moitié du xvf siècle, avait arraché au roi de Golconde, par d'horribles tortures, tous ses tré-

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sors cachés, et les diamants, les rubis, les perles des empereurs mogols se comptent par millions. Le plus considérable des diamants d'Aurengzèbe pesait 900 carats; il lui avait été donné par l'émir Djomleb.

Ce chiffre énorme de 900 carats est presque doublé par le diamant que possède l'empereur du Brésil. Si cette pierre, dont le poids est de 1 730 carats, était parfaitement pure, on l'évaluerait à plusieurs centaines de millions. — Le diamant du rajah de Matun, dans les Indes orientales, est de tous les diamants considérables, — il pèse 367 carats, — celui qu'on cite pour être de la plus belle eau.

Et cependant, malgré tant de merveilles, il n'y a peut-être pas, tous comptes faits, de diamant que sa beauté puisse mettre au-dessus du diamant de la couronne de France : il en est de plus gros, de plus lourds; il n'en est pas qui réunisse à un égal degré les qualités de la forme, de la proportion, de la couleur et de la netteté. Le Régent est, dans son admirable ensemble, l'expression la plus haute de la perfection.

Tous les diamants qui se distinguent par leur grosseur, leur beauté et leur prix, sont ceux qu'on appelait autrefois parangons *, mot qui»

i. Altération de Tespagnol para con, double préposition qui signifie en comparaison de.

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on le sait, signifie comparaison. Le diamant paragon est celui dont la beauté peut servir de modèle.

Les beaux diamants, leurs singulières aventures et leurs valeurs fabuleuses m'ont entraîné très-loin. C'est de la taille que je parlais, j'y reviens. Les procédés du jeune Berqueen ont été perfectionnés par les progrès de la mécanique, par Tapplication de la vapeur, et l'art du lapidaire a pris en Europe toute l'importance que mérite la beauté des pierres précieuses. On dit qu'à Amsterdam, sur une population juive de 28 000 mille âmes, 10 000 se livrent exclusivement à la taille des diamants. La compagnie générale des diamantaires de cette ville occupe plus de mille ouvriers et possède plusieurs machines d'une force de cent chevaux qui mettent quatre cent cinquante meules en mouvement.

La Hollande est la patrie des habiles joailliers. L'un d'entre eux, m'a-t-on dit, a un coup d'oeil merveilleux : le diamant qu'il a vu une fois, il le reconnaît toujours, même sous des déguisements, même après avoir subi des transformations. Pour lui, la pierre a quelque chose de plus que la forme, la grosseur, la pureté : elle a une physionomie. Aussi, lorsqu'il retrouve entre des mains suspectes un diamant qu'il

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connaît, fût-ce depuis des années, il prend aussitôt ses précautians. Un bouton de son bureau, sur lequel il appuie sans affectation, ferme toutes les issues, puis voleur et diamant sont remis à la police avec le nom et l'adresse du légitime possesseur.

Le diamant se taille en brillant lorsqu'il est épais, en rose lorsqu'il est mince. — Taillé en brillant, il oflfre à sa partie supérieure une large face nommée (a6Ze, entourée de facettes obliques, formant ce qu'on appelle la dentelle; le dessous ou culasse se compose de facettes allongées et symétriques, appelées pavillons, qui se joignent par la base à la dentelle et se réunissent en un sommet commun. — Taillé en rose, le dessous est plat, et le dessus, facelé comme la culasse du brillant, forme une petite pyramide. — On le voit, la différence entre ces deux tailles est trèsgrande; aussi change-t-elle de beaucoup les valeurs : tel diamant qui, laillé en rose, coûterait 80 fr., je suppose, pourrait très-bien, taillé en brillant, valoir 200 francs.

On ne fait pas de diamants à volonté, parce que la science jusqu'ici n'a pu fondre ou dissoudre le charbon, ni le volatiliser dans un creuset d'une manière satisfaisante; mais les imitateurs ont poussé très-loin l'industrie des pierres fausses, et il y a des strass (nom de l'inventeur) qui, auï

lumières, ont presque entièrement l'éclat adamantin.

Tous les diamants n'étant pas de la plus belle eau, les connaisseurs jugent les dépréciations selon le degré de pureté. Mais en dehors de cette considération, la valeur approximative d'un diamant se juge par son poids. C'est ici qu'il n'est pas vrai de dire que les petits ruisseaux font les grandes rivières ; plusieurs petits diamants n'en valent pas un gros, le poids des petits réunis fût-il triple et quadruple de celui du gros. Je n'çii mis aucun scrupule, par exemple, à dire que le Grand Mogol pesait 279 carats; mais s'il s'était agi de le vendre, je ne me serais vraisemblablement pas contenté de ce chiffre rond. Les fractions, quand on calcule sur un diamant de cette grosseur, ne sont pas insignifiantes. Le poids exact du Grand Mogol est de 279 carats plus 9/16, et il a été évalué 11 723 278 francs. Or, si les 9/16 n'étaient pas là, il ne vaudrait plus que 11 678 150 francs : d'où l'on voit que la petite fraction, si généralement négligée dans la conversation, représente la somme de 47 128 francs.

Pour évaluer un diamant d'après son poids, on multiplie ce poids, élevé au quarré, par le prix que vaut le diamant pour un carat. Si le prix du carat est 50 fr. et que le diamant pèse trois carats, on multiplie le quarré de 3, c'est-à-

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dire 9. par 50, et le diamant vaut 450 francs.

Cela est vrai, au moins, des diamants bruts, non encore taillés. Quand le diamant est travaillé, on admet qu'il a perdu, par la taille, la moitié de son poids, et, pour tenir compte de celte circonstance, on double le poids avant de l'élever au quarré. Si le diamant de tout à l'heure, au lieu d'être brut, avait été taillé, j'eusse multiplié par 2 le chiffre 3 qui représentait son poids, et c'est le nombre 6 .élevé au quarré, c'est-à-dire 36, que j'eusse multiplié par 50 pour avoir sa valeur : 1 800 francs *.

On se demande pourquoi Ton pèse les diamants et autres pierres précieuses avec un poids spécial nommé carat? Pourquoi le système métrique n'at-il pas pénétré chez les joailliers et les lapidaires, puisqu'il a, en France, pénétré partout? — Il est certain qu'on obtiendrait avec les centigrammes et les milligrammes une exactitude aussi parfaite qu'avec les fractions de carats. Mais les idées étaient établies, les habitudes prises, et Ton n'a pas encore pu séparer le diamant dupoidsqui a servi depuis

4. Tout cela est le point de départ des appréciations régulières. J'ai à peine besoin d'ajouter que les gens du métier font entrer beaucoup d'autres considérations en ligne de compte, et qu'il arrive souvent que telle partie de diamant a plus de valeur commerciale que telle autre dont il peut arriver que le poids soit un défaut plutôt qu'une qualité.

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des siècles, comme sur tous les points du monde, à l'évaluer et à rappeler sa grosseur. Ce, qu'il faut regretter toutefois, c'est que la substance la plus précieuse ne soit pas celle dont on puisse déterminer exactement le poids dans tous les pays;,le carat n'a paspartout la même valeur: en France, il équivaut à 206 milligrammes, en Angleterre à 205, en Portugal et au Brésil à 200, à Florence à 155, à Alger à 207, etc.

Le carat est proprement le nom du fruit d'un arbre, le kouara, originaire d'Afrique. Ce petit fruit rouge, marqué de noir en son milieu, est renfermé dans une coque extrêmement dure; et comme il est d'une grosseur presque constante et ne varie guère de poids lorsqu'il est sec, les sauvages s'en semrent pour peser l'or. Le carat passa ensuite dans l'Inde, où il devint l'unité de poids des pierres précieuses et surtout des diamants. Le carat représente k grains ou 21 centigrammes environ.

On chercherait vainement, dans le carat ainsi défini, l'origine de la locution : c* est un sot à vingtquatre carats. Il est fait allusion ici aux vingtquatre parties d'or pur dont on supposait qu'était composée une certaine masse d'or. Quand une pièce de monnaie ne contenait que de Tor pur, on disait qu'elle était au titre de 24 carats. Si, au contraire, elle contenait une partie d'alliage,

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soit un vingt-quatrième, soit un Tingt-troisième, la pièce n'était plus qu'à 23 ou à 22 carals. Par là s'explique clairement notre expression proverbiale : qu'un homme soit un sot dans toute l'acception du terme, un sot en trois lettres, un sot parfaitement pur, sans aucun mélange, et on l'exprimera ironiquement par les mots : c'est un sot à 2k carats. On fait allusion, dans le même ordre d'idées, à la pureté du diamant, lorsqu'on dit : c'est un sot d'une bien belle eau.

On ne joue pas dans le monde un rôle aussi brillant que la plus précieuse des productions de la nature sans être l'objet de préjugés et de croyances superstitieuses. — Pline nous a transmis, de la meilleure foi du monde, toutes les propriétés du diamant : non-seulement le feu ne pouvait l'altérer ni même le chauffer ; mais si Ton tentait de le briser, c'est lui qui faisait voler en éclats Tenchime et le marteau. Le sang de bouc chaud avait seul la puissance de l'amollira Au moyen âge, on lui attribuait les vertus préservatrices d'une amulette de premier ordre :

il Cette croyance subsistait tout entière au xiii* siècle : ¥. Geste pierre est si dure que elle n'est despecée ne par fer ne par feu; ne elle n'est pas échauffée. Toutes foys elle est despecée par le sang du bouc quant il est chault et nouvel, et des pièces qui en saillent on entaille et perce les aultres pierres. » (de Labordb.)

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Bartholomé TAnglais, dans son livre Des propriétés des choses, s'exprime ainsi : « Cette pierre yault moult à celluy qui la porte, contre ses ennemis, contre forcenerie et contre mauvais songes et fantômes, et contre venin et contre diable, etc. » Mais on n'a pas tant de vertus sans être capable aussi de grandes perfidies : quelquesuns virent dans le diamant un poison très-actif. Les disciples de l'alchimiste Paracelse prétendaient que leur maître avait été empoisonné avec de la poussière de diamant ; et ceux qui veulent absolument trouver quelque chose d'extraordinaire dans la mort des princes soupçonnèrent la poudre de diamant d'avoir enlevé à Louis XIV sa nombreuse postérité.

Tous les joyaux qui font partie de la dotation de la couronne de France sont compris sous le nom de diamants de la couronne. Ces joyaux, au nombre de 64 812, pesant 18 751 carats ~, ont été évalués 20 900 260 francs. Le diamant le Régent, le plus célèbre de tous, fut apporté en France, en 1718, par l'Anglais Pithe; le duc d'Orléans , alors régent de France , Tacheta 2 500 000 francs. Il pèse 136 carats J; il en pesait ilO avant la taille, et a coûté deux années de travail. A raison de sa perfection, les connaisseurs l'estiment le double de ce qu'il a coûté.

Ce nombre de 6k 812 était exact sous ïancien

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régime, c'est-à-dire lorsqu'il y avait encore ea France des trônes, des couronnes et des rois. Il est probable que ce chiflFre a subi quelques variations à travers les événements des vingt-cinq dernières années : si quelques pierres ont été volées ou détournées, d'autres sans doute ont été achetées. Dans le temps où ces joyaux occupaient tous leur place traditionnelle, la couronne avait cinq mille quatre cent soixante-quatorze brillants et cinquante-neuf saphirs; Tépée militaire, mille cinq cent soixante-seize brillants, et le glaive du Dauphin, quatre cent dix. Depuis longtemps, ces diamants sont démontés. Sous le second Empire, la plupart ont été remontés en parures à Tusage de l'impératrice.

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