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LE SAPHIR

Chez les Grecs, le saphir était consacré à Jupiter; le grand prêtre ne portait pas d'autres pierres précieuses. Il en était autrement du

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grand prêtre des Hébreux dont le rational (morceau d'étoffe quarré qu'il portait sur la poitrine) ^ était garni, nous dit la Bible, de quatre rangs de pierres précieuses : au premier rang, la sardoine, la topaze et l'émeraude; au deuxième, l'escarboucle, le saphir et le jaspe; au troisième, le ligure, l'agate et Tamëthyste; au quatrième, la chrysolithe, l'onyx et le béril. Sur chacune de ces pierres était gravé le nom d'un des douze fils de Jacob. Le pectoral s'appelle en hébreu Hoschen-Hamischpât , ce qui signifie ornement de justice. Il était attaché au mantelet (Ephod) que le grand prêtre avait par-dessus sa tunique, et était fait de la même étoffe. On a dit que les douze pierres du pectoral formaient un oracle ; mais il est resté obscur comme il convient à un oracle. — Le sappir des Hébreux était bien notre saphir; dans l'Exode, on met efa rapport la ti'ansparence du sappir avec l'aspect du ciel. Il est à présumer aussi que cette pierre tenait un rang important parmi toutes les autres, car on la retrouve mentionnée plusieurs fois dans la Bible.

Le nom de saphir a été donné, comme celui de rubis, à beaucoup de substances très-diffé-

1. Le rational (du latin ratio, raison , compte) se nommai': aassi pectoral (de pectus, poitrine).

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rentes dans leurs compositions. Il y a des saphirs blancs, des saphirs du Brésil, qui n'empruntent que son nom à la pierre précieuse des Hébreux. Le seul saphir, dans la riche acception du mot, c'est le corindon bleu, le saphir oriental. Il vient de rile de Ceylan, de Pégu, de Bisnagor, de Calianor, de Calicut et de quelques autres endroits des Indes orientales.

On nomme saphirs mâles ceux qui offrent la nuance bleu indigo, et saphirs femelles ceux qui sont d'un bleu d'azur. On dit ces derniers pré-? férés par les dames : les mâles ont le tort d'être trop noirs, trop ternes à la lumière. Il faut bien le reconnaître, une pierre manque au plus sacré de ses devoirs lorsqu'elle perd son éclat et cesse d'éblouir.

Cependant le saphir le plus apprécié est d'un bleu foncé, velouté. C'est la pierre qui, après le diamant, était plus spécialement portée par les familles souveraines; sa nuance sérieuse lui avait aussi valu le privilège d'être de mise dans le deuil.

On cite comme un des plus beaux saphirs connus celui qui fut donné à M. Weiss par le Muséum de Paris, en échange d'une collection de minéraux. Cette pierre, que l'on a fait lailler depuis, vaut 1 200 000 francs.

Quand le saphir est laiteux, c'est-à-dire lors-

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qu'un nuage ternit sa couleur et diminue sa transparence, il prend le nom de gyrasol (du latin gyrare, tourner, et sol, soleii). On a appelé ainsi celte pierre (tournesol ou soleil qui tourne) parce qu'elle jette un grand feu, surtout au soleil, dont elle semble renvoyer les rayons.

Le plus beau saphir connu figure dans l'inventaire des pierreries de la couronne de France, fait en 1791; il est dit sans défaut, et pèse 132 carats 1/16. Trouvé au Bengale par un pauvre homme qui faisait le commerce de cuillers en bois, il appartint ensuite à un grand seigneur italien, puis à un prince d'Allemagne qui le vendit 170 000 francs à Perret, joaillier français. Il est maintenant au musée de minéralogie.

C'est au riche bleu de son cou et de sa poitrine qu'un oiseau-mouche a dû d'être appelé saphir.

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Émeraude, qui, dans l'ancien français, se disait esmeralde, est sorti, après des changements dont l'étymologie fournit plus d'un exemple, du mot latin smaragdus, lequel doit naissance à un mot sanscrit {acmagarbha) qui signifie littéralement cœur de pierre.

L'émeraude doit cette couleur verte, suave et veloutée qui lui donne son plus grand prix à

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une petite quantité d*oxyde de chrome. On peut se faire une idée de la valeur d'une émeraude parfaite,, en disant qu'elle vaut, quelle que soit sa grandeur, le quart d'un diamant de poids égal.

On a beaucoup agité la question de savoir si les anciens ont connu l'émeraude. Buflfon a dit oui, Tavernier avait dit non. Ce qui reste certain, et ce qui a le plus contribué à faire naître des doutes, c'est qu'ils ont singulièrement abusé du mot. Ils faisaient venir des cristaux verts de Carthage, de TAttique, de Chypre, de TÉthiopie, de la Thébaïde, de F Arménie, de la Perse, etc., et donnaient le nom d'émeraude à toutes ces substances vertes. Il est fort peu probable, en eflfet, que la pierre de quatre coudées de long sur trois de large que le roi de Babylone envoya au roi d'Egypte fût une émeraude. Théophraste parle aussi d'un obélisque de 40 coudées de hauteur composé de quatre émeraudes. Quelques-unes de ces prétendues émeraudes étaient peut-être le péridot, le jade ou la malachite, pierres que leur couleur verte a pu faire désigner sous le nom d' émeraude. On faisait un tel abus de l'émeraude qu'on racontait que Néron s'en servait en guise de lorgnon pour regarder les combats des gladiateurs.

C'était aussi, on l'a prétendu pendant des

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siècles, daiîSfune gigantesque émeraude qu'avait été taillé le saint Graal, vase dans lequel, suivant les légendes, Jésus-Christ mangea le jour de la Cène, et où plus tard Joseph d'Arimathie recueillit le sang qui coula des plaies du Sauveur crucifié.

L'Amérique est, par excellence, le pays des émeraudes; on les tire surtout du Pérou, du Brésil et de la Nouvelle-Grenade ; celles du Pérou, sont d'un beau vert de prairie, celles du Brésil sont plus foncées»

Quand les Espagnols firent la conquête du Mexique et du Pérou, ils trouvèrent des émeraudes à profusion dans les temples. D'après les notes de Tarchevêque de Mexico, les villes considérables de l'empire étaient tenues de fournir des émeraudes parmi les tributs qui leur étaient imposés, et les plus belles de ces pierres étaient réservées pour la parure des divinités sanglantes qu'on adorait dans Tenochlitlan. En parlant de certaines émeraudes gigantesques, on s'est bien un peu laissé aller, au xvi« siècle, à donner ce nom à toutes les pierres brillantes de couleur verte * ;

1. On n'est même pas très-certain de l'authenticité de la pierre, de la grosseur d'un œuf d'autruche, que les Péruviens adoraient comme la déesse mère des émeraudes. On n'a jamais trouvé d'émeraude, même enveloppée de sa gangue, qui atteignit à de telles proportions. La gangue d'une pierre ou d'un minerai est la masse, le dépôt qui les contient Ce mot vient de l'allemand gang, allée, chemin, filon.

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mais on sait de quelle valeur était les cinq merveilleux joyaux de Fernand Cortez. En voici la description d'après Francisco Lopez de Gomara : « Parmi celles qu'il avait rapportées des Indes, Cortez avait cinq émeraudes très-fines, que Ton estimait à 100 000 ducats. L'une était travaillée en forme de rose ; la deuxième représentait un cornet de chasseur; la troisième avait l'aspect d'un poisson avec deux yeux d'or, œuvre merveilleuse des Indiens; la quatrième était en façon de clochette, avec une riche perle pour battant ; la dernière formait une petite coupe avec pied en or; quatre petites chaînes la retenaient et venaient se rattacher à une large perle disposée en bouton. Pour cette seule pièce, la plus gracieuse de toutes, certains Génois qui se trouvaient à la Kabida lui avaient offert 40 000 ducats, afin de la revendre au Grand Turc; mais il n'avait voulu donner ses émeraudes à aucun prix... On l'avertit que Fimpératrice désirait voir ces raretés, et que l'empereur les lui demanderait et les payerait. H les donna à dona Juana (sa jeune fiancée), et ce furent les plus précieux que jamais femme ait portés en Espagne. »

Si mes lectrices ont reconnu, dans leur sa-, gesse, qu'il vaut mieux n'avoir jamais eu certains biens, certaines richesses surtout, que de les

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posséder et dé les perdre, leur sort, à elles qui n'ont pas même vu les fameuses^ émeraudes, est plus enviable que celui de dona Juana. Ces joyaux, désirés par une impératrice, cadeau de fiançailles d'un illustre conquérant, ne restèrent que douze ans entre les mains de Theureuse épouse : en 1541, ils furent perdus peut-être pour jamais. On s'est demandé dans quelle intention Fernand Gortez, lorsqu'il partit pour cette expédition d'Alger, qui devait être si funeste, avait emporté les précieux bijoux. Croyaitil aux talismans, ou voulait-il être sûr de pouvoir se racheter, lui et ses deux fils, dans le cas où les hasards de la guerre les feraient tomber en captivité? Quoi qu'il en soit, la tempête et les désastres furent horribles, on le sait; le vaisseau sur lequel était Gortez fut jeté à la côte, comme tant d'autres, et les émeraudes furent enfouies dans les sables du rivage d'Alger. « Dans la crainte de perdre l'argent et les bijoux qu'il portait, dit Gomara, le compagnon de Gortez, il se ceignit d'un mouchoir renfermant les cinq magnifiques émeraudes que j'ai dit valoir cent mille ducats, lesquelles tombèrent par mégarde ou par fatalité, et se perdirent dans les fanges profondes, parmi cette foule nombreuse. Ge fut ainsi que cette guerre lui coûta plus qu'à nul autre, si l'on excepte toutefois Sa Majesté, mais sans mettre à

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part André Doria, qui y perdit cependant onze galères. »

Quelle idée doit-on se faire de ce mouchoir où Gomara croit que les émeraudes étaient si bien en sûreté ? Pour de tels trésors la précaution semble médiocre. On a dit souvent, non sans raison, que les conquérants sont des fous; il faut remarquer, à propos de diamants et d*émeraudes, qu'à moins d'un siècle de distance Charles le Téméraire et Pernand Gortez ont eu le même genre de folie.

Deux autres pierres que leurs couleurs rapprochent de Fémeraude sont Taigue-marine et le béryl.

Vaigue-^arine est d'un vert pâle, bleuâtre, semblable à Veau de mer; de là son nom. Aiguë est l'ancien nom de l'eau; une aiguière était un vase où l'on mettait de l'eau pour le service de la table; et c'est de leurs eaux mortes, vives, belles, bonnes ou chaudes, que plusieurs villages de France ont reçu leurs noms : Âigues- Mortes et Aigues-Vives dans le Gard, Aigue-Belle en Savoie, Aigues-Bonnes dans l'Aude, Aigues-Caudes (eaux chaudes) dans les Pyrénées, etc.

Les aigues-marines ne sont pas, comme les émeraudes, des pierres de prix; elles sont assez communes et n'ont qu'une très-faible valeur, lors même qu'elles sont d'une belle nuance i

d'une grande pureté et un peu volumineuses.

Un échantillon qui réunit toutes les conditions et pèse vingt-cinq carats ne vaut pas plus de quarante francs.

On cite deux aigues-marines remarquables :

celle qui ornait la tiare du pape Jules II, de 0™,055 de longueur sur 0",036 de largeur; et celle de la bibliothèque de Paris, laquelle est gravée et représente Julia, fille de Titus.

Pline avait dit: «Les plus beaux béryls sont ceux ^ui imitent la couleur de l'eau de mer, » et l'on s'est autorisé de ce passage pour supposer que le heryllus des anciens n'était rien de plus que notre algue-marine ; mais si ces deux pierres se rapprochent par la couleur, elles se séparent par la provenance et la densité; le béryl, auquel les lapidaires donnent la dénomination d'alguemarine orientale, est en outre plus dur, plus éclatant que Taigue-marine occidentale et, par*» tant, beaucoup plus précieux.

Le plus beau béryl que l'on connaisse est celui qui orne le globe surmontant la couronne d'Angleterre; il est de forme ovale, très-limpide et d'une magnifique couleur.

On appelle prime le cristal de roche coloré qui prend le nom de la pierre précieuse dont il se rapproche le plus par sa nuance. Les primes d'émeraude sont la prasei nom grec du poireau, la

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chrysoprase, qui présente un mélange des couleurs de Tor (chrysos) et du poireau, et enfin la smaragdoprase, qui signifie exactement prime d'cmeraude, puisque smaragdus est le nom latin de rémeraude. « Les grands vases ou minéraux d'émeraude que Ton montre encore aujourd'hui dans quelques endroits, nous dit Buffon, tels que la grande jatte du trésor de Gènes, la pierre verte pesant vingt-neuf livres, donnée par Charlemagne au couvent de Reichenau, ne sont que des pierreries ou des prases ou même des verres factices. »

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