COTTIN
Vous n'écrivez que pour écrire ; C'est pour vous un amusement.
Moi, qui vous aime tendrement, Je n'écris que pour vous le dire.
(PRAOOIf.)
A une dame qui se disait colère.
Sans vous défendre la colère
Je vous y ferai renoncer; Il ne vous sera plus permis de l'exercer Que contre ceux à qui vous n'aurez pas su plaire.
Le poëte Théophile dédia un livre au roi d'Angleterre, Jacques I". Il crut que ce prince témoignerait le désir de le voir ; il n'en fut rien. Théophile se consola en s'adressant à lui-même un madrigal :
Si Jacques, roi de grand savoir.
N'a pas trouvé bon de me voir.
En voici la cause infaillible :
C'est que, ravi de mon écrit.
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Il crut que j'étais tout esprit, Et par conséquent, invisible.
Le maître à tous dans l'art du madrigal, c'est Voltaire. Conrart, en sa qualité de secrétaire des Muses, avait donné au S^ de la Sablière des lettres de Madrigalier français. Si Tauteur de la Henriade et du Siècle de Louis XIV n'avait pas eu tant d'autres titres littéraires, on eût pensé peutêtre à l'appeler le charmant madrigalier. Aucun n'a, mieux que lui, su flatter avec grâce. Le jour où M"^ LuUier eut cent ans, Voltaire lui envoya un bouquet avec ce quatrain :
Nos grands-pères vous virent belle ; Par votre esprit vous plaisez à cent ans :
Vous méritiez d'épouser Fontenelle, Et d'être sa veuve longtemps.
Il y avait en Allemagne trois sœurs : la princesse de Wurtemberg, la landgrave de Hesse- Cassel et la princesse de Prusse, qui étaient trois des plus belles femmes de l'Europe. L'une d'elles, dans une réunion, l'ayant appelé papa, — Voltaire alors était vieux, — il s'écria :
Oh! le beau titre quo voilà!
Vous me donnez la première des places :
Quelle famille j'aurai là l Je serai le père des grâces.
vGooQle
LES PETITS POEMBS. 377
Une jcrfie personne l'ayanl charmé par sa voix touchante, il s'adressa ces questions :
Avec tant de beauté, de grâce naturelle, Qu'a-t-elle affaire de talents?
Mais avec des sons si touchants, Qu'a-t-elle affaire d'être belle?
M. de Fleuriot lui reprochait de n'avoir pas répondu à Tune de ses lettres, et d'avoir écrit à son fils, M. de Tourette. Il répondit :
Également à tous je m'intéresse :
Je vois partout les vertus, les talents.
Que l'on écrive au père, à la mère, è l'enfant. C'est au mérite qu'est l'adresse.
Flatter en suppliant, présenter avec courtoisie une humble prière, c'est faire encore un madrigal. La Monnoye, auteur de plusieurs jolies pièces de poésie, dont quelques-unes étaient à la louange de Louis XIV, se fit recevoir, en 1672, correcteur de la chambre des comptes de Dijon. Désirant être exempté de la somme qu'il fallait payer pour l'exercice de cette charge, il adressa au roi le sixain que voici :
Je sais comme il faut encenser, Mais il s'agit de ûnancer ; Grand roi, je n'en sais pas l'usage.
De grâce, exempte-moi de grossir ton trésor,
vGooQle
Et considère que le mage Qui présenta l'encens ne présenta point l'or.
Le madrigal était fort en honneur dans le inonde des précieuses ; il se prêtait merveilleusement au genre faux et maniéré, au langage sophistiquéqu'avaientmisà la mode les réunions de rhôtel de Rambouillet et de M"® de Scudéri. Je citerai, comme échantillon, les vers si gcUam" ment tournés que Tauteur de Clèlie répondît à Gonrart le jour, resté fameux dans les annales du madrigal, où il lui offrit un cachet de cristal accompagné d'un joli compliment :
Pour mériter ce cachet si joli, Si bien gravé, si brillant, si poli, Il faudrait avoir, ce me semble, Quelque joli secret ensemble ; Car enfin les jolis cachets Demandent de jolis secrets, Ou du moins de jolis billets ; Mais comme je n'en sais point faire.
Que je n'ai rien qu'il faille taire, Ou qui mérite aucun mystère, .- Il faut vous dire seulement,
Que vous donnez si galamment Qu'on ne peut se défendre De vous donner son cœur ou de le laisser prendre.
C'est Melin de Saint-Gelais qui introduisit, au
commencement du xvr siècle , le madrigal dans la poésie française. La première petite pièce parue sous ce nom se trouve dans ses œuvres; elle a dix-sept vers, circonstance qui fit étî^blîr comme règle qu'un madrigal ne pouvait pas s'étendre au delà.
Le style madrigalique, pour me servir de l'expression de M°*® de Staël, n'est plus de notre époque. L'épigramme est restée, sinon comme genre de poésie, au moins comme ton, comme tendance ; le madrigal a disparu. « Las ! il est enterré, le pauvre compagnon, dit M. Sayous dans ses Principes de Hitèrature ; on est tenté de le regretter; il entretenait le culte des grâces légères, aujourd'hui négligées jusqu'à l'ingratitude, quelques-uns disent jusqu'à la barbarie. »