LE BOA
Dans l'Inde, autour des vieux édifices éloignés des habitations humaines, il y a une quantité de serpents de toute sorte, notamment le boa, le gigantesque boa. Ce qu'on raconte de ses dimensions paraît incroyable. Au temps de l'empereur Auguste, dans les jeux publics on vit apparaître un de ces serpents qui avait, dit Suétone, vingtcinq brasses de longueur. Il se déroulait sur un espace de 40 pieds, celui qui effraya l'armée de Regulus et qui fut tué avec une machine de guerre. Sa peau fut envoyée à Rome et déposée dans un temple.
Le corps du boa est couvert de plaques qui le protègent dans son contact avec les branches d'arbres et les pierres rugueuses, mais qui ne résistent pas, comme les écailles du crocodile, à un coup de sabre.
Ce corps est souvent aussi gros que celui d'un homme, et son estomac se dilate au point de con-
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tenir un buffle tout entier. Ses yeux ont un tel éclat que nul animal ne peut les voir sans effroi.
Quand il a saisi sa proie, il l'enlace dans les replis de sa queue, la serre et la broie jusqu'à ce qu'il la réduise à une sorte de pâtée, puis il l'engloutit.
Après ce monstrueux repas il tombe dans une profonde torpeur. Alors on peut aisément le tuer: il n'est pas en état de fuir ni de se défendre.
Sa peau, tachetée de points noirs et rouges, est très belle et se vend fort cher. On en fait dans l'Inde des ornements de toilette.
Ainsi que l'alligalor dans certaines contrées, le boa est un objet de vénération, sans doute à cause de sa puissance terrible. Il est terrible en effet, lorsqu'il est pressé par la faim. Ordinairement il se suspend par la queue à une grosse branche d'arbre et s'élance avec la promptitude de l'éclair sur l'animal qui passe, sur la chèvre et la brebis, sur la vache et le buffle, même sur le tigre. Seulement il n'ose attaquer ni le rhinocéros ni l'éléphant.
L'homme est pour lui une proie facile et de courte digestion. Les cornes du buffle, les bois du cerf l'embarrassent. Il ne peut les avaler, mais peu à peu elles se détachent du corps, qu'il avale en commençant par la queue, et elles tombent.
Quand le boa est irrité, il produit un sifflement qu'on entend à une longue distance, et brise en les secouant de fortes tiges de bambou.
C'est à Dampier, l'habile navigateur du xvir siècle, que nous devons les premières notions sur cet arbre précieux, qu'il découvrit dans une des îles de l'archipel des Larrons.
« Le fruit à pain, dit-il, croît sur un grand arbre aussi haut et aussi gros que nos plus gros pommiers. Sa tête est large et pleine de branches et de feuilles noirâtres. Le fruit croît aux branches comme les pommes. 11 est aussi gros qu'un pain d'un sol, de figure ronde, avec une écorce épaisse et forte. Quand il est vieux, il est jaune et lisse et d'un goût plaisant et agréable. Les naturels de celle île s'en servent au lieu de pain. Ils ne le cueillent que quand il est bien mûr. Alors on le cuit au four, où l'écorce se grille et se noircit. On ôte le grillé, et le dedans est bon, tendre et blanc comme la miette de pain. Le fruit n'a ni pépins, ni noyau, mais tout est substance pure comme le pain. Il faut le manger frais, car si on le garde plus de vingt-quatre heures, il devient sec, de mauvais goût et prend à la gorge. Il dure huit mois de l'année, durant lequel temps les naturels ne mangent point d'autre pain^ n Une description à peu près semblable se retrouve
]. Nouveau Voyage autour du monde, t. I, p. 314.