‹ A travers les tropiquesChapitre 42 sur 87 · UNE PEUPLADE SAUVAGE DANS L'ANNAM · texte numérisé non relu

UNE PEUPLADE SAUVAGE DANS L'ANNAM

cris lamentables. Les morts sont enterrés près de leur demeure sous un toit de feuillage. On dépose là quelques cruches d'eau, des arcs et des flèches, et là, chaque jour, quelque membre de la famille va jeter des grains de riz pour nourrir celui qui ne peut plus récolter.

« Dans les habitations, à chaque repas on jette aussi par terre des grains de riz pour les ancêtres. On leur fait la même offrande dans les champs qu'ils ont cultivés et dans les lieux qu'ils ont fréquentés. On plante en divers endroits un bambou auquel sont suspendus plusieurs petits bambous renfermant de l'eau et du vin- Souvent on y joint une flèche à laquelle on attache du tabac.

« Les Stiens croient que chaque animal a une âme qui revient en ce monde quand il a cessé de vivre et peut les tourmenter. Ils s'excusent de l'avoir tué et le prient de leur pardonner. La longueur de leurs excuses est proportionnée à la force de l'animal. Pour un éléphant, ils font une sorte d'expiation. Au son des tambourins, ils promènent pendant sept jours à travers le village sa tête couronnée de fleurs.

« On ne rencontre guère les Stiens sans un arc à la main, un couteau à la ceinture, et un panier qui leur sert à la fois de carquois et de gibecière. Tout le temps où ils ne sont point occupés de la culture de leurs terres, ils l'emploient à chasser et à pêcher. Ils se glissent dans les bois les plus

épais, avec l'agilité du cerf. Ils se servent très habilement de leurs arcs, mais ils tirent rarement à la distance de plus de cinquante pas. Pour la chasse aux gros animaux, ils empoisonnent leurs flèches, et leur poison est tel que, dès qu'il a traversé la peau du tigre, de l'éléphant, du rhinocéros, la mort s'ensuit presque immédiatement.

« Ces sauvages chasseurs ont la passion des ornements, des colliers en grains de verre brillant, des bracelets en fil d'archal. Ces divers objets souvent leur tiennent lieu de monnaie d'argent. Six brassées de fil d'archal représentent la valeur d*un buffle ou d'un bœuf. Avec un petit collier de verre on peut acheter un faisan ou une centaine d'épis de maïs. Les hommes portent généralement un bracelet au coude et un autre au poignet. Les femmes se percent les oreilles et s'y introduisent des morceaux d'ivoire ou des ossements de huit centimètres de longueur. .

« Les notions géographiques des Stiens ne sont pas grandes. Ils croient que certains coins du globe sont habités par des hommes blancs, et comme ils ne connaissent ces hommes blancs que par les missionnaires catholiques, ils pensent que dans cette pauvre race il n'y a point de femmes, ce qui leur semble fort triste, car la polygamie leur plaît, et chaque riche a son harem.

« En d'autres sciences ils ne sont pas plus avancés. Quand ils voient une éclipse du soleil ou de la

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