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L ARCHIPEL DES FIDJI

Dans l'océan Pacifique, entre les le*" et '^V degrés de latitude sud, et les 176^ et ITS-^ de longitude est. Il fut découvert en 1643 par le célèbre navigateur hollandais Tasman, qui a donné son nom à la Tasmanie, visitée ensuite par Cook, par Bligh, le malheureux capitaine de la Bounfy, et en 1792 par le commandant Wilson, puis par une expédition américaine, et enfin par des bâtiments de commerce qui allaient chercher là du bois de santal et d'autres productions.

Dans ce vaste archipel on ne compte pas moins de deux cent vingt-cinq îles, les unes de formation volcanique, d'autres produites par le prodigieux travail des polypes.

Quatre-vingts de ces îles sont habitées. D'après les derniers recensements, leur population totale est de 110 000 indigènes, 2 300 Européens, 350 métis, 6 000 Indiens, 3 500 Polynésiens.

La race indigène, dont on ne peut positivement déterminer l'origine, est grande et forte. Les hommes et les femmes ont le teint olivâtre, mais les traits réguliers et des cheveux noirs épais, malléables et tenaces comme des lils d'archal. Ils en font toutes sortes de coiffures étranges.

Leur climat est doux, leur sol fécond, et dans cette tiède atmosphère, sur cette terre qui produit une quantité de plantes nutritives, lesFidjiensont eu les appétits les plus monstrueux, les coutumes les plus effroyables.

On raconte qu'un de leurs chefs ayant été transporté à Londres, un jour, des Anglais lui demandèrent si dans son pays il avait connu le missionnaire Wilson : « Je le crois bien, répondit-il d'un air de satisfaction : j'en ai mangé! »

Le cannibalisme a été, en effet, une des joies de ces insulaires. Ils en faisaient môme un acte religieux.

Il n'y a pas trente ans qu'ils étaient encore dans ce sauvage égarement. Ce qu'ils appellent leur religion, dit un missionnaire, n'est qu'une grossière et immorale idolâtrie. Leurs dieux sont les représentants des plus hideuses passions. Le plus puissant d'entre eux emploie son pouvoir suprême à satisfaire sa gloutonnerie; un autre a des ailes armées de longues griffes avec lesquelles il saisit ses victimes ; un autre ne se plaît qu'à enlever les femmes distinguées par leur rang ou leur beauté;

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un autre a un corps d'homme et un corps de femme étroitement liés ensemble; un autre est le dieu des combats. C'est à celui-là principalement que l'on offre des victimes humaines. La plupart des prisonniers de guerre sont réservés pour ces sacrifices. Naguère encore, en 1851, dans la petite île de Nameno, cinquante captifs furent rôtis en un même jour. Souvent les victimes, ayant les bras et les jambes fortement enchaînés, sont jetées vivantes dans le four. Ensuite on les porte au temple, comme pour en faire un précieux hommage à l'idole, puis on les remet toutes chaudes sur des brancards; des roulements de tambour annoncent le festin, et tous les hommes y sont conviés. Les femmes ne peuvent y prendre part. Les pauvres femmes ! elles sont là soumises à la loi de la polygamie, réduites à l'état d'esclaves, exposées aux plus épouvantables caprices. Quand l'une d'elles excite l'appétit de son mari, il la tue et la mange. Quand un chef meurt, on étrangle deux ou trois de ses femmes, et on les enterre avec lui, pour qu'il retrouve leurs services en arrivant dans l'autre monde.

En 1874 le souverain de la plus grande île et le maître en réalité de tout l'archipel des Fidji, le roi Cacoban, fatigué de diverses difficultés avec des négociants européens et d'une affaire d'argent avec les Américains, désireux de vivre en paix et séduit par les raisonnements de quelques habiles

agents, en vint à suivre l'exemple de plusieurs princes indiens. Pour une rente annuelle il céda sa royauté à l'Angleterre. Au mois de juin 1875, sir Gordon prit solennellement possession des Fidji au nom de S. M. la reine Yictoria, et s'installa en qualité de gouverneur dans l'île de Levouka.

Des bandes de Fidjiens s'armèrent pour combattre le gouvernement étranger et l'enseignement du christianisme, pour rétablir dans toute leur étendue les anciennes institutions.

Vaincues en un premier combat par les troupes anglaises, elles se réfugièrent dans les montagnes et s'y fortifièrent. Un vigoureux bataillon les poursuivit et les mit en déroute. Leurs remparts furent démolis, plusieurs de leurs chefs tués ou enchaînés. Quatorze des principaux meneurs furent conduits à Levouka, jugés par une cour martiale et fusillés.

Depuis cette époque il n'y a pas eu d'autre insurrection. Les féroces insulaires ont été subjugués, les temples sanguinaires détruits, le cannibalisme anéanti, grâce à l'action du gouvernement britannique, grâce surtout au courage et au dévouement des missionnaires, qui dans leur religieuse ardeur ont bravé tous les périls pour venir, au milieu de ces peuplades d'anthropophages, prêcher l'Évangile.

« Je ne puis, dit un écrivain anglais, M. H. Coo-

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per, songer sans une profonde admiration aux Frères Maristes qui abandonnent à jamais leur terre natale pour enseigner dans la lointaine Polynésie le dogme de l'Église infaillible. Ils n'ont pas un doux foyer pour se reposer de leurs fatigues. Ils n'ont ni femmes, ni enfants. Durant toute leur vie ils suivent ici-bas le chemin de la croix. Leur force est soutenue par l'espoir d'un autre monde. Humbles et pauvres avec le minime secours que leur donne la petite population européenne, les Maristes français poursuivent résolument leur tache, sans rechercher l'éloge, sans s'inquiéter du mauvais vouloir. La plus belle église des Fidji, une église avec des cloches, est la leur. Elle est dirigée par le vénérable frère Bretheret, qui depuis trente-cinq ans est dans l'archipel. Il a conquis le respect et l'affection de tout le monde. C'est non seulement un excellent prêtre, mais un très bon marin et un très habile constructeur de bateaux. »

Un autre Anglais, M. Litton Forbes, dit que les Frères Maristes sont les meilleurs missionnaires, les plus puissants civilisateurs dans les populations de la mer du Sud.

(James Calvert, Fiji and Ihe Fijiana. — H. Cooper, Coral lands.)

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