‹ A travers les tropiquesChapitre 45 sur 87 · UN JOU[\ A CALCUTTA · texte numérisé non relu

UN JOU[\ A CALCUTTA

masser, puis il déjeunera avec du thé, des tartines et du pilau. Ensuite, s'il y a quelque tâche officielle à remplir, il se rend à son bureau en carriole ou en palanquin, et là, une jaquette blanche sur le dos, un punkat^ sur la tète, il gagne tant bien que mal des roupies. A deux heures est le repas principal, le seul oi^i les hommes et les femmes montrent réellement quelque appétit. On y sert ordinairement un grand nombre de fruits d'Orient, et du pale aie anglais ou du vin de Bordeaux glacé.

En ses heures de loisir, le gentleman s'en va jouer au billard ou examiner les salles de vente, ou faire des visites. 11 n'y a ni sonnette, ni marteau à l'entrée des maisons indiennes, mais un imposant concierge portant à sa ceinture un poignard orné de glands en ivoire. Le visiteur est conduit par lui dans une antichambre dont les volets sont hermétiquement fermés, et par un autre domestique dans une pièce encore plus obscure. La maîtresse du logis est là dans un large fauteuil, éventée par un punkat. Le gentleman cherche dans l'ombre un siège près d'elle, et la conversation s'engage.

Heureux les absents si, par l'arrivée d'un navire, ou par la publication d'un nouveau livre, on a, ce

1. Grande toile adaptée à un léger châssis, suspendue au plafond d'une salle, et mise en mouvement par un domestique pour tempérer la chaleur.

jour-là, quelque innocent sujet d'entretien. Sinon, on s'empare des gens du monde, des voisins, des amis; on examine leur caraclère, leur situation, et on se délecte en toutes sortes de réflexions et suppositions, d'ingénieux commentaires et de gentilles petites médisances.

Vers les six heures, le soleil commence à s'incliner vers l'horizon. Ses rayons s'amortissent, et alors dans les rues de Calcutta retentit un grand bruit, le bruit d'une quantité de voitures et de cavalcades, depuis le pompeux équipage à quatre chevaux jusqu'au léger cabriolet; depuis le magnifique coursier arabe jusqu'à l'humble poney. En voiture ou à cheval, chacun se précipite vers la même promenade pour le bonheur de voir et d'être vu.

Le soir, le champ de courses et le rivage sont déserts. On n'y voit plus que quelques promeneurs isolés, qui préfèrent le clair de lune et la brise fraîche aux clartés et à l'atmosphère des salons. A huit heures est le -dîner, un dîner où, dans les riches maisons, la table plie sous le poids de la vaisselle d'argent et des énormes pièces de viande, et personne n'a le moindre appétit. Ce qu'il y a de plus agréable pour les convives est le vin de Champagne et le vin de Bordeaux, rafraîchis avec de la glace ou du salpêtre. Avant que le dernier service soit enlevé, apparaît le houka/i, cette magnifique pipe indienne avec son vase d'or ou de

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cristal rempli d'eau de rose, son long tube flexible et son embouchure en ivoire ou en ambre. Chacun se livre au plaisir d'aspirer la fumée de tabac attiédie et aromatisée par l'eau à travers laquelle elle passe. Puis on se rend au salon, quelques convives vont jouer au whist; d'autres se grouperont complaisamment autour d'un piano. Vers onze heures, chacun rentre chez soi, et ainsi se passe la journée à Calcutta.

(Capitaine Mundy. Peu and pencil sketchcs.)

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