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LES VILLES DE CHIENS

chair et la peau excitent d'ardentes convoitises. Cliaque année on en tue des milliers. Là enfin est le curieux petit animal qu'on appelle le ce chien des prairies ». Il a à peu près la taille du lapin, et par la forme de sa tête et de ses dents il ressemble à l'écureuil. Il est vif, léger, joyeux comme l'écureuil, et il n'aime pas la solitude.

On ne verra pas un de ces gentils animaux vivre à l'écart comme une bête fauve. Là où le sol se revêt d'une certaine herbe qu'ils aiment, herbe tendre et fleurie, ils vont là gaiement s'établir. En creusant leurs terriers, ils soulèvent sur plusieurs lignes régulières des tertres qui donnent à leurs habitations l'apparence d'une masse de tentes, d'un campement en miniature. S'ils sont là trop éloignés d'une rivière, ils creusent des citernes, et plus rien ne leur manque. Ils ont un bon air, une bonne l)àture et ils vivent en bon accord.

« En arrivant, dit M. Gregg, près d'une de ces stations, auxquelles, selon leur étendue, nous donnons le nom de villes ou de villages, on voit des chiens s'en allant d'une demeure à l'autre, en visite, quelques-uns broutant l'herbe fraîche, d'autres réunis sur la place publique comme pour tenir conseil, d'autres rêvant comme des philosophes sur le seuil de leur habitation. Mais, dès que l'un d'eux aperçoit une caravane, il l'annonce par un aboiement aigu, et toute la colonie se précipite aussitôt dans ses réduits souterrains. »

« Dans le cours de mes voyages, dit M. Kendall, j'ai réussi à me glisser près de plusieurs de ces campements sans être aperçu. Dans l'un d'eux, un jour, mes regards s'arrêtèrent sur un chien plus gros que les autres, assis gravement à l'entrée de sa demeure. Il y avait en lui un air de dignité et d'autorité qui attirait mon attention, et je passai une heure à l'observer. Pendant ce temps une douzaine de ses concitoyens vinrent successivement le voir. Ils .s'approchaient respectueusement de lui, causaient quelques instants, puis s'en retournaient, les uns riant, les autres pensifs. Je n'ose affirmer que ce gros dog fût leur chef et que ses visiteurs vinrent l'entretenir des affaires de la communauté. Mais si quelque animal est en état de faire des lois et des règlements, d'organiser une administration, c'est le chien des prairies. »

Par malheur pour ces jolies petites bétes, leur chair est excellente, et les voyageurs ne se contentent pas de les observer: ils les tuent sans miséricorde.

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