L'ÉLÉPHANT I) AFRIQUE
Un soir, une troupe d'éléphants sauvages arriva près d'un village ; bientôt s'éleva un grand bruit, et toute la nuit on entendit des beuglements et des piétinements désordonnés. Les habitants du village étaient dans leurs demeures, inquiets, ne pouvant dormir et n'osant sortir. Le lendemain matin, la bande formidable étant partie, ils coururent à l'endroit où elle s'était arrêtée, pour connaître la cause du tapage nocturne.
Là était une tranchée de cinq pieds de largeur et d'environ quinze pieds de profondeur que les paysans avaient creusée pour arroser leurs jardins en y faisant couler l'eau d'une rivière. Ce canal n'était pas encore achevé, et il n'y avait pomt encore d'eau. Un éléphant y étaittombé. On voyait distinctement l'empreinte de son corps au fond du fossé et l'empreinte de ses pieds sur le talus. On comprenait aisément sa chute, la nuit, dans celte fosse toute grande ouverte. Mais comment avait-il pu en sortir? Là était le problème. En examinant les traces de plusieurs longs tâtonnements et de plusieurs fortes pressions, on reconnut à n'en pouvoir douter que c'étaient ses compagnons qui l'avaient retiré de ce fossé en étendant leurs trompes sous son corps et en l'enlevant.
L'autre fait se passe dans l'Inde.
Un matin, à l'entrée d'une ville, un cornac descend de l'éléphant sur lequel il était monté avec son petit garçon. Il devait se rendre au marché et
ne voulait pas y emmener l'enfant. Comment faire pour le laisser seul sans crainte? Il l'assoit par terre, en lui disant : « Reste là bien tranquille jusqu'à ce que je revienne », puis il dit à l'éléphant : « C'est à toi que je le confie », et il part.
Des officiers qui étaient là témoins de cette scène imaginent de mettre à l'épreuve la fidélité de l'éléphant. Pour le détourner de son dépôt, ils lui présentent des cannes à sucre, dont il est très friand : l'honnête animal les voit et reste immobile. Ils lui portent une herbe fraîche et odorante : même immobilité, même indifférence. L'un d'eux enfin s'approche de l'enfant et fait mine de l'enlever : l'éléphant alors lève sa trompe d'un air de menace qui ne permettait pas de continuer la plaisanterie.
Quelques instants après, le cornac revint et reprit son garçon, en remerciant celui qui l'avait si bien gardé.
Alors le brave éléphant, dans la paix de sa conscience, savoura avec joie, comme une récompense de sa vertu, les plantes délicates que les officiers lui avaient données pour l'éloigner de son devoir.