‹ A travers les tropiquesChapitre 76 sur 87 · B EN ARES · texte numérisé non relu

B EN ARES

Bénarès est rempli de temples. Nous ne pouvions manquer d'en visiter au moins quelquesuns. Le premier que nous allons voir ressemble à une ménagerie. Il est rempli de singes qui jouent, qui sautent, qui crient comme dans une forêt des tropiques. Ils ne sont point là pour amuser les passants, mais pour être contemplés avec une religieuse pensée. Selon le panthéisme des Hindous, le monde est june portion de Dieu. Non seulement il est l'auteur de l'existence, mais il vit dans ses créatures et elles participent à sa divinité. Ainsi tout ce qui se meut sur la terre, quadrupèdes, oiseaux, reptiles, est un objet d'adoration.

Dans la cour de ce temple des singes est un sanctuaire où l'on voit une image hideuse, une statue noire avec des lèvres épaisses, teintes de sang, et des yeux féroces. C'est la déesse Doorgha, gardée par des brahmes qui ne permettent pas (ju'on en approche, et qui tendent la main pour qu'on y mette quelque argent. Dans une autre partie de la ville est le temple d'or consacré à Siva. Nous avons vu là un faquir en extase, avec un bras levé en l'air, immobile et raide comme une barre de fer. Les pieux Hindous le regardaient avec respect et lui faisaient d'abondantes aumônes.

Mais là oi^i éclate surtout l'idée religieuse des Indiens, c'est le long du Gange. Chaque matin des milliers et des milliers d'Indiens, hommes, femmes, enfants descendent dans ce fleuve. Ils ne

270 A TRAVERS LKS TROPIQUES.

s'y plongent point (out à fait et ne se livrent à aucun exercice de natation. Ils se tiennent debout, s'arrosent la tête en murmurant leurs prières, prennent l'eau dans leurs mains, et la jettent vers les quatre points cardinaux pour rendre hommage à la puissance céleste.

En contemplant ce spectacle, je me demandais pourquoi les Hindous attachent tant d'importance à cette immersion dans le Gange. Est-ce pour eux une purification ou une expiation? Croient-ils, en lavant les souillures de leurs corps, laver aussi celles de leur âme? L'attachement des Romains pour le Tibre, des Allemands pour le Rhin, des Magyares et des Slaves du Sud pour le Danube ne peut nous faire comprendre la vénération des Indiens pour le Gange. Le Nil est le seul fleuve au monde qui produise à peu près un sentiment pareil. Le Nil, en descendant des plateaux de l'Afrique centrale, s'épanche dans une vallée dont il fertilise le sol, et donne ainsi la vie à l'Egypte. Le Gange, en descendant des cimes glacées de l'Himalaya, rafraîchit les plaines brûlantes de l'Inde et féconde les champs de riz du Bengale. Par Irî il apparaît aux yeux des Indiens comme le visible emblème de la bonté du Tout-Puissant.

Les anciens Égyptiens adoraient le Nil comme un Dieu. Maintenant les Indiens adorent de même le Gange. Pour eux, ce n'est pas seulement un fleuve sacré en raison de ses bienfaits, c'est une

LES PREMIERS COLONS DE L'AFRIQUE MÉRIDIONALE. i>71

eau céleste descendant de la poitrine du Dieu suprême et portant au loin la vie qu'il lui a luimême donnée.

(H. Field; From Egypt to Japan.)

Page 1