LA « CENTEXNALE » DE LA PEINTURE
les vitrines. Ah ! maintenant, je les connais tous, les collectionneurs de céramique moderne !
Que nos peintres ont de tact, de goût et de modestie ! On organise une exposition centcnnale de l’art français. Craignant, sans doute, que certains amateurs nonchalants ou podagres ne gravissent point les escaliers, les artistes vivants ont tenu à loger les toiles de leurs glorieux devanciers au rez-de-chaussée et ils se sont contentés pour eux du premier étage. A la vérité, les salles du rez-de-chaussée sont déplorablement éclairées :1e malin, on n’y voit goutte; le soir, elles sont inondées de soleil : celles du premier étage sont éclairées d’un jour moins inégal. Mais cela est de peu d’importance. L’essentiel est que l’ordre chronologique soit respecté et que la foule puisse aller presque de plainpied contempler les Prudhon, les Ingres, les Delacroix et les Corot, dût-elle n’apercevoir que des miroitements de lumière sur le vernis des toiles. Que nos peintres ont donc de tact, de goût et de modestie !
Malgré tout, en choisissant son heure pour
chacun des tableaux exposés, on peut se faire une idée de l’école de peinture française du xixc siècle. Cette idée, nous l’aurions voulue plus complète, appuyée sur des œuvres plus belles et plus significatives. Car on est parti d’un principe un peu saugrenu en décidant de n’exposer aucune des toiles déjà présentées au public il y a onze ans : c’était exclure des morceaux d’une importance capitale et se résigner à choisir des œuvres secondaires. Comme s’il n’y avait pas aujourd’hui toute une génération qui n’a rien vu de la Cenlennale de 1889 et comme si nous-mêmes, qui hélas! étions en âge de regarder alors des tableaux, nous n’avions pas maintenant besoin de rafraîchir nos souvenirs! Néanmoins, telle qu’elle est, cette exposition présente un vif intérêt. Je ne crois pas qu’elle augmente beaucoup la gloire d’Ingres, de Delacroix ou de Corot. Mais elle met en lumière certains artistes soit dédaignés, soit oubliés et nous offre ainsi le plaisir un peu amer de constater, — et de réparer, — les injustices de la méchante destinée.
Voici deux noms bien obscurs que j’ai recueillis chemin faisant : Lariviôre et Trutat.
Dans l’angle d’une salle près d'une fenêtre, on voit un délicieux portrait de jeune tille vêtue