PAPIERS PEINTS
veau ». Quittons donc la Rétrospective. Voici « nos » papiers. Ils sont, en général, anémiques et pâles. On y a représenté tantôt des choses anglaises, tantôt des choses soi-disant chavannesques, des pavots décolorés et beaucoup de fleurs de nénuphar. Mais parfois, au milieu de ces panneaux sans accent et comme lavés, éclatent des taches éblouissantes sans forme et sans ligne, pareilles à ces visions indéfinissables qui persistent sur la rétine, lorsqu’on s’est longtemps frotté les yeux. Boticelli etLoïeFuller. Des fantômes de narcisses blancs et des fulgurances de cauchemar, tel est le décor qu’on nous offre pour notre quotidienne existence. Je veux bien qu’il soit en parfaite harmonie avec notre névrose, puisque ce qui caractérise la neurasthénie, ce sont les alternatives de dépression et d’hyperesthésie du système cérébrospinal. Tout de même il est encore des gens à l’imagination sordidement équilibrée pour regretter les trois cents Poniatowski de Mme de Rions.
Les « palais » que l’on a élevés sur l’esplanade des Invalides sont des prodiges de laideur. Vus d’ensemble, lorsqu’on débouche du pont Alexandre 111, ils épouvantent. Si l’on considère la folle décoration de chaque façade, ils stupélient. Architectes, sculpteurs, ornemanistes, peintres, ont paru rivaliser d’incohérence. C’est un tohubohu d’horreurs. Au premier moment, on croit à un simple accès de démence collective. Le rococo allemand exaspéré s’y môle aux plus désolantes et aux plus plates réminiscences des « travaux d’école » : on dirait que des élèves de la rue Bonaparte se sont amusés à faire la caricature de leurs propres élucubrations; ils ont piqué des coqs sur les classiques cassolettes; ils ont couronné les pavillons par des coupoles faites en côtes de melon; ailleurs ils les ont coiffés de fontaines Wallace. On a cette première impression qu’une horde d’artistes a été lâchée sur l’esplanade avec ces seules instructions : « Bâtissez, sculptez et peignez. » Et chacun a bâti, sculpté et peint au gré de sa fantaisie... Mais si l'on insiste, on n’est point longtemps la dupe de cette menteuse apparence. On s’aperçoit vite qu’il y a dans tout ce décor extravagant un certain parti pris, que dis-je? une certaine unité. Oui, une pensée a