LA A'ILLE DE PARIS
Traversons rapidement les salles du rez-dechaussée : elles abondent en documents intéressants sur la vie de Paris et sur beaucoup d'autres choses; un salon où sont exposés en effigie tous les préfets de police du siècle est, par exemple, un lieu fait à souhait pour étudier comment, depuis la Révolution se sont lentement transformés les costumes et les âmes des fonctionnaires. Nous reprendrons un autre jour celte méditation morale et administrative... Aujourd'hui, parcourons l’exposition rétrospective de Paris qui occupe une partie du premier étage.
A vrai dire, toutes les œuvres d’art qui sont exposées là ne se rattachent pas directement à l’histoire de Paris et des Parisiens. Les vues du Versailles du xvuic siècle sont exquises à regarder ; mais, enfin, Versailles n’est pas Paris. Le portrait de Mmc Sarah Bernhardt est un bien joli portrait; mais je ne vois pas très bien comment Mmc Sarah Bernhardt peut trouver sa place dans une exposition rétrospective de la ville de Paris ; rétrospective?... Je n’insiste pas. Et on pourrait signaler ainsi quelques autres étrangetés. Mais de telles anomalies ne sont pas seulement excusables. L’inexcusable eût été de les redouter. Une méthode plus rigoureuse
A TRAVERS l’eXPOSTTION
nous eut privés de quelques belles aubaines.
Ce « cabinet » contiontd’inestimables œuvres d’art qui, presque toutes, sont en meme temps de précieux documents. C’est ici comme une annexe temporaire du musée Carnavalet. À l’élégance des aménagements et à l’harmonie de l’ensemble, on reconnaît tout de suite le goût sûr et l’esprit avisé du conservateur de Carnavalet, M. Georges Cain. Cette réunion de toiles, de bustes, de dessins et de bibelots a ce je ne sais quoi de vivant et de séduisant qui sauve une salle d’exposition de la banalité et de la froideur des endroits publics. On est sollicité et retenu par le moindre des objets exposés. Il n’y a ni tumulte ni discordance ; tout parle, mais doucement et clairement.
Ici I on écoute, sans être distrait, les propos charmants des beaux messieurs de Drouais et des belles dames de Portail et de Danloux. On prête l'oreille aux délicieux Saint-Aubin, nous racontant à petits traits menus et exquis comment vivaient les Parisiens et Parisiennes sous Louis le Bien-Aimé. En face du buste de Mirabeau, le plus magnifique exemplaire connu du chef-d’œuvre de Houdon, l’on devine tout l’orateur, comme si l’on avait entendu le monstre lui-même. On suit l’excellent Boilly parles rues