RÉTROSPECTIVE DU COSTUME
quelque chose au snobisme des badauds. Mais là n'est pas le vrai divertissement de cette délicieuse exposition.
11 est dans ces longues h les de robes et de chapeaux qui. brusquement, font surgir en notre mémoire le souvenir des Parisiennes de 1840, des Parisiennes de Gavarni. Capotes fleuries, écharpes à effilés, petites robes courtes à volants de mousseline imprimée, vous retrouverez là toute la toilette de ces fines mouches qui trompaient avec tant de grâce ces beaux messieurs à longs cheveux bouclés dont les chapeaux avaient de si larges ailes, dont les pantalons avaient de si grands carreaux. A votre fantaisie vous chercherez, — et vous la découvrirez, — la toilette que portait la petite Mmc Marnetfe le jour où, au coin de l'impasse du Doyenné, le baron Hulol la rencontra, pour la première fois, « mise avec une grande élégance, exhalant un parfum choisi ».
Et si, distrait de votre rêverie, vous apercevez la même petite Mm' Marneffc, traversant d'un pas alerte l'exposition des vieilleries, pour se rendre bien vile aux vitrines de Worth et de Doucet, vous vous direz qu’après tout les modes de notre époque ne valent pas les modes du temps du bon roi Louis-Philippe. H y a
deux choses exquises auxquelles la femme a eu lort de renoncer: l’écharpe et les brides du chapeau. L’écharpe flottait autour de la taille; elle l’accusait ou la dissimulait ; lâche ou serrée, elle indiquait l'humeur de celle qui la portait ; et, en jouant avec la frange, une main pouvait montrer toute sa beauté. Quant aux brides, comme elles encadraient bien la ligure et comme leurs nuances, adroitement choisies, pouvaient à volonté éteindre l’éclat d’un visage trop coloré ou rehausser une carnation trop pâle !
Je regrette aussi, — j’aurai le courage de le confesser, — le châle, l’antique châle. Les jaquettes de drap et de fourrure, dans leur raideur inexpressive, n’auront jamais le charme de ce vêtement souple qui, comme l’écharpe, permettait à la femme de révéler, par un pli ou par un froncement d’étoffe, quelque chose de sa fantaisie la plus intime. Je viens de retrouver tout justement dans une page de Théophile Gauthier ces quelques lignes qui me semblent de bonne esthétique : « Les Parisiennes n’ontelles pas aussi leur charme? La sculpture, si elle le voulait, ne trouverait-elle pas les lignes pures de leurs corps élégants sous le cachemir dont le pli dessine une nuque arrondie et