LE CABARET TYROLIEN
y a combiné les éléments décoratifs d'un certain nombre de sanctuaires célèbres qu’on énumère, et c'est tout... Désireux d’être mieux renseigné, j'ai acheté un gros volume de trois cents pages que l'on vend dans les pavillons d'indo- Chine et où je pensais trouver quelques explications. Il contient en huit pages une description vague de l'Exposition. Le reste du livre est consacré à des notices géographiques, ethnographiques et commerciales sur nos colonies et à un copieux panégyrique de M. Paul Doumer...
Sur le Champ-de-Mars. Un soleil ardent se réverbère sur le sol blanc et sur les staffs aveuglants des façades. La foule piétine. La banlieue grouille, endimanchée, congestionnée, ahurie. Des troupes de gymnastes fourbus errent à la débandade, n'ayant plus la force de lever le nez vers la tour Eilîel.
Une porte basse au-dessus de laquelle on lit l'enseigne d'un cabaret tyrolien : j’entre, un peu au hasard. Et, soudain, me voici loin, très loin, à trois cents lieues de l’Exposition, dans une salle d’auberge basse et fraîche...
Lo postillon de la poste autrichienne a sonné sa fanfare de sa petite corne de cuivre ; l'allure des six chevaux de la lourde diligence s’est ralentie sur le cailloutis du village [Schritt passo !) , la voiture de la poste, suivie de la file des landaus et des Eimpœnner de suppléments' avance cahotée entre les murailles peintes où l’on voit une Vierge auréolée assise sur des nuages; derrière les grilles des fenêtres on aperçoit une tête blonde entre un pot d’œillets et un pot de géraniums; enfin, on arrive au relai : le bureau de poste est à droite, le cabaret est à gauche. Tout blancs de la terrible poussière des roules tyroliennes, les jambes engourdies par l’interminable trajet, nous pénétrons dans la salle d’auberge silencieuse et où bourdonnent les mouches.
L’illusion est complète. Voici près de la porte? deux affiches fixées à la boiserie : l’horaire des diligences de Méran à Trafoï et l’horaire des bateaux de l’Àchensee. Au plafond pend le lustre formé de figurines en bois peint. Çà et là des guirlandes de feuillage. Les hautes boiseries se terminent par une sorte de console qui court autour de la pièce et forme un dressoir où sont rangés les étains. Au-dessus, on a peint de lourdes grappes de raisin. Les bancs de bois