‹ A travers lÉxposition de 1900Chapitre 33 sur 61 · PROPOS D ARCHITECTE · texte numérisé non relu

PROPOS D ARCHITECTE

sont fixés au mur. Los petites tables sont garnies d’une toile cirée imitant des nappes à carreaux routes.

Dans ce cabaret, on ne voit que des Suisses et des Tyroliens qui trompent leur nostalgie du pays natal en buvant du vin de Santa Magdelena et en mangeant des saucisses grillées. Le linge est inconnu. Les serviettes sont de papier de soie. Des journaux allemands de vingt pages emmanchés sur des bâtons pendent un à un clou et chaque consommateur va les décrocher.

Par les fenêtres étroites le soleil n’enlre pas. On ne distingue même plus le bruit de la foule « expositionnelle ». C’est un dépaysement exquis, et I on s’attend à voir entrer le postillon de la poste autrichienne annonçant, un gros œillet de Nauders entre les lèvres, que le moment est venu de réintégrer landaus et Eimpœnner.

J ai rencontré un architecte et il m’a dit : « Vous avez tort d’.être aussi sévère pour les constructeurs de l’Exposition universelle. Leur

œuvre, je l’accorde, n’est point glorieuse : elle fait peu d’honneur au goût français. Nous avons mis sous les yeux de la foule quelque chose de plat et d’incohérent, de banal et de prétentieux. Mais, est-ce notre faute? En réalité, ce n’est pas nous qui avons dressé les plans et inventé les décorations, c’est la direction de l’Exposition universelle. Nos plans ont été vingt fois corrigés, remaniés par des commissions diverses. Après qu’on les eut enfin adoptés, on nous mesura les crédits et on ne nous laissa aucune liberté. On nous répétait toujours : «Egayez! Egayez ! » Mon Dieu ! nous avons égayé comme nous avons pu. Puis on nous imposait sans cesse de nouveaux collaborateurs, peintres, sculpteurs, ornemanistes. Ceux d'entre nous qui étaient chargés d’exécuter des architectures « passagères » manquèrent d’argent : ces pâtisseries de stalf qui vous exaspèrent n’ont pas été multipliées ainsi parce qu’on les trouvait belles, mais simplement parce qu’elles étaient économiques. Ceux d'entre nous qui étaient chargés d’élever des palais dits « définitifs » manquèrent de temps : on leur imposa de bâtir en deux ans des monuments pour lesquels il eût fallu dix années de réflexion et d’études. Reconnaissez, du moins, qu’ils ont accompli là

Page 1