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PROPOS DE FONCTIONNAIRE

un joli tour de force. Croyez -vous, d’ailleurs, qu’on n'a point encore compliqué leur tâche en les attelant sept à la construction d'un seul édifice? On aurait grand tort de croire que l'Exposition universelle représente le goût des architectes français. Nous sommes des victimes. »

J’ai rencontré un des principaux fonctionnaires de l’Exposition universelle ; je lui ai rapporté les doléances de l’architecte, et il m'a dit : « Votre architecte n'a peut-être pas absolument tort. Je reconnais que nous n’avons pas fait une situation enviable à nos constructeurs. Ma is est-ce notre faute? Chargés d’organiser une Exposition universelle, nous devions, avant tout vivre et durer jusqu'à l’ouverture de cette Exposition. Pour cela, nous n’avions qu’un moyen : ne mécontenter personne. Les ministres se succédaient. Chaque nouveau ministre avait sa clientèle. Nous devions quelque déférence au ministre d'hier : c’était décent, quelque déférence au ministre d’aujourd’hui : c’était inévitable, quelque déférence au ministre de demain : c'était prudent. Puis nous étions obligés de ne nous aliéner ni les sénateurs, ni les députés. Ces. gens-là interpellent, et un ministre est sans pitié pour les fonction-

naires qui sont cause d’une interpellation. D’ailleurs, il faut bien se soumettre aux mœurs de son temps, et les mœurs de notre temps font de tout homme d’Etat un agent de recommandation. Nos hommes d’Etat sont nombreux.

Nous aurions bien voulu donner plus de liberté à nos architectes et leur imposer moins de pâtisseries. Mais, d’une part, nous-memes nous n’étions pas libres; et, d’autre part, beaucoup de pâtisserie fait vivre beaucoup de pâtissiers. Or, chaque député nous arrivait avec un camarade ou un électeur en nous disant : « Prenez mon pâtissier. » Nous le prenions; car, si nous avions fait mine d'hésiter, le ministre nous aurait tout de suite insinué : « Mais prenez donc son pâtissier ! » Et je ne nie pas que ces excès de staff n’aient pas eu aussi pour cause l’économie. On a résolu de faire une Exposition gigantesque ; mais on a reculé devant la dépense qu’eut entraînée une pareille entreprise, si on eût voulu y apporter ce meme goût, ce môme souci de beauté qui avaient marqué l’Exposition de 1889. Nous avons été les valets d'Harpagon. » Cet architecte avait raison et ce fonctionnaire m’a paru judicieux. L'Exposition, si on la regarde bien, est un beau symbole : elle exprime avec force et avec clarté tous les vices du régime

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