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PROPOS DE FONCTIONNAIRE

sous lequel nous vivons. Elle est abominable, parce qu’elle est, au fond, l’œuvre de nos politiciens. Et, en môme temps, elle est admirable parce qu'en dépit des horreurs collectives qu’on va prodiguées, on y peut découvrir une multitude de belles œuvres individuelles qui attestent la vitalité du goût français. Des architectes, comme M. Formigé ou M. Magne, ont élevé d'exquises constructions parce qu'ils ne travaillaient point pour le compte de l’Etat. Les palais des Invalides sont d'une laideur exaspérante; mais ils abritent les précieux chefs-d’œuvre de nos céramistes, de nos verriers, de nos bijoutiers, de nos orfèvres. Tout cela est caché par de hideuses façades. Supplions nos hôtes de ne pas trop les regarder et de pénétrer dans les galeries

13 juin.

L’exposition des jouets. — Un article de H. Rigault. — Jouets du second Empire et jouets d’aujourd’hui. — Les nostalgiques. — La Rétrospective de la papeterie. — Annonces de décès. — Les tambours de la garde nationale. — Vieilles cartes de restaurants.

Comme je flânais devant les vitrines des fabricants de jouets, je me suis rappelé qu’un charmant écrivain, H. Rigault, avait jadis écrit sur les jouets d’enfant, un article qui, en son temps avait été fort admiré. Rigault écrivait au Journal des Débats. J’ai relu cet article paru le 29 juillet 1855. C’est un joli modèle de chronique; plein d’idées fines et justes, il est d’un style souple, pénétrant. Que nos prédécesseurs avaient donc d’esprit eide talent! Si la fantaisie vous prenait de vous en convaincre, vous retrouveriez ces quelques pages dans le tome quatrième des œuvres complètes de Rigault publiées par Saint-Marc-Girardin. Mais cet article présente encore un autre intérêt. Rédigé, il y a

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quarante-cinq ans, à propos de la première Exposition universelle, il décrit les jouets d'alors et c'est un bon document à placer dans la Rétrospective des joujoux. A la vérité, on nous a montré les jeux et les poupées d’autrefois dans une exposition ordonnée avec beaucoup de goût. Mais ces jeux et ces poupées sont, le plus souvent, jeux et poupées de rois et de princes et ils remontent en général à une époque bien lointaine. Grâce à Rigault, nous faisons connaissance avec les jouets du second Empire. Voyons donc comment on amusait les enfants sous Napoléon III et comment on les amuse un demi-siècle plus tard.

Rigault s'en prend tout d'abord aux hochets; et voici quelques-unes de ses réflexions : « Pourquoi de ce bonhomme de métal, le premier ami de l'enfant,, fait-on presque toujours un être difforme, bossu par devant et par derrière, avec une bouche qui se fend, un nez qui se recourbe et qui va rejoindre le menton?... L’enfant fait connaissance avec l'art par l’entremise du laid. Il semble qu’on se hâte de révéler la laideur à ces yeux étonnés qui viennent de s’ouvrir, comme s’ils n’avaient pas le temps, un jour, de la contempler... Dans le corps de ce bonhomme cagneux et bossu, on pratique un sifflet aigu,

dont le son déchire l’ouïe naissante de l’enfant. C’est, dit-on, pour le divertir. Voilà la première idée qu’on lui donne de la musique. Il débute dans la vie par une fausse note !... Je voudrais que, au lieu de ces affreux visages de magots dont l’argent ou le vermeil font ressortir la difformité, les orfèvres ne fissent plus désormais que de jolies figures aimables et souriantes, qui éveilleraient chez l’enfant l’idée divine de la grâce. Qui empêche qu’à la place de ces sifflets barbares qui faussent l’oreille et qui nous valent tant de mauvaise musique, on n’insère adroitement dans les hochets quelques petits instruments justes et doux qui révèlent à l’enfant les premiers secrets de l’euphonie ? »

Les vœux de Rigault ont été entendus et exaucés. On ne donne plus de hochets aux enfants. Cherchez dans l’exposition des jouets, dans l’exposition de l’orfèvrerie, dans l’exposition de la bijouterie : vous ne découvrirez point un hochet d’argent ou de vermeil. Vous ne trouverez que ces anneaux de nacre ou d’ivoire auxquels est attaché soit un grelot, soit une clochette, soit même un haltère minuscule (!) et que l’on pend au cou des bébés d’aujourd’hui. Ce sont des objets inoffensifs; on ne peut leur reprocher de pervertir le goût. J’aurais été

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curieux de revoir ces hochets somptueux qui excitaient si fort l'indignation de Rigault; mais on a oublié de nous les montrer dans les vitrines des Rétrospectives. C’est une lacune1.

A la vérité, si les magots de métal ont disparu des mains des enfants, ils ont été remplacés par des personnages et des animaux de caoutchouc qui ne sont pas faits non plus pour éveiller le sentiment de la beauté. Sous la pression des petits doigts qui s'en amusent, ces jouets se déforment de mille manières ridicules et enseignent à faire des grimaces.

Aux poupées, Rigault fait à la fois des reproches et des compliments. Il leur reproche de se ressembler toutes comme des sœurs jumelles ; il les félicite d’être devenues souples et flexibles, de posséder des articulations mobiles, de jolies têtes de porcelaine, des yeux d'émail, des cheveux soyeux. Mais il réclame contre elles une loi somptuaire : elles sont toutes vêtues comme des princesses; en les voyant on s’écrie comme dans la Tour de Nesle : ('Ce sont de grandes dames!»; elles ont même vingt-quatre heures d’avance sur la toilette des

1. Depuis j'ai découvert' des hochets dans la Rétrospective de la métallurgie.

femmes; le luxe (le leurs «cachemires)) est insolent; quant à leurs meubles « toute l’histoire de France est dans leurs salons»; elles habitent des palais pour «poupées aux camélias»! «Quel exemple, ô ciel! pour votre fille, Madame, et comme elle sera difficile à marier un jour, s’il ne pleut pas des millionnaires! »

Nos poupées sont pareilles aux poupées du second Empire. Elles continuent de se ressembler toutes comme des sœurs jumelles. Eli es se sont, il est vrai, encore perfectionnées; elles arrivent à donner, d'une façon frappante, l’illusion de petites personnes vivantes. Dans le kiosque de verre où les industriels parisiens ont groupé leurs chefs-d’œuvre, vous verrez une pauvre petite poupée qui s’est jetée par terre, sa pelle à la main, tandis que sa bonne écoute les propos d’un galant fantassin ; son visage exprime avec tant de vérité le désespoir de l’enfant qui s’est laissé choir, qu’on croirait l’entendre crier. Mais on voit bien que Caton a toujours tort, et <[iie la loi somptuaire n’a pas été votée.

Peut-être, à la vérité, la poupée d’aujourd’hui a-t-elle une allure plus enfantine que la poupée d’autrefois. ^Celle-ci avait souvent le visage et la toilette d’une dame. Maintenant, on semble tenir compte davantage de la philoso-

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pliie des petites filles qui, entre elles, aiment bien jouer « à la dame », mais préfèrent que leurs poupées aient l’âge et la tournure d'être grondées ou cajolées.

Nos poupées sont donc plus jeunes que les poupées du second Empire. Mais le luxe de ces infantes continue d'être désordonné. Leurs toilettes sont des chefs-d’œuvre. Leurs grands chapeaux sortent des mains des modistes les plus adroites. Et cela n'est point vrai seulement pour les poupées parisiennes, lesquelles, chacun le sait, ont été et seront toujours les personnes du monde les plus précieusement nippées. Mais allez voir les poupées berlinoises, leurs attifements ne sont point toujours d’un goût exquis; mais elles copient, comme elles peuvent, l’art charmant et ruineux de la rue de la Paix. Et Rigault, en 1855, opposait aux mobiliers «de style »> des poupées de chez nous « les chambres à vingt-cinq sous que nous envoie le Wurtemberg avec de petits meubles de noyers mal faits, mal rembourrés, couverts d’une indienne qui joue la perse, avec des lits sans couvrepieds, des rideaux de calicot blancs et une cheminée qui doit fumer bien sûr! » Tout cela paraît-il, avait l'air « chaste et candide». Ah! elle est loin, l’Allemagne de 1855! par toute

l’Europe, les poupées suivent les rites du luxe international. Et, comme c’est aujourd’hui la mode, jusqu’en Islande, de vivre parmi des meubles sans ligne et sans forme, décorés de paraphes, de coups de fouet, et de zigzags incohérents, tel est le mobilier des poupées. Elles ont des armoires à glace « modem style ».

S'arrêtant longtemps devant les jouets allemands, le visiteur de l’Exposition universelle de 1855 observait qu’ils coûtaient moins cher que les jouets français : l'écart des prix s’est maintenu. Il ajoutait que la fabrication en était plus grossière : cette différence-là est devenue moins sensible. Puis il louait les Allemands d’appliquer aux jouets d’enfant les découvertes de la science, de construire de petits chemins de fer et de petits bateaux à vapeur. Ils ont continué. Mais, depuis longtemps, nous avons suivi leur exemple, et le jouet scientifique ileurit chez nous comme chez eux. Leurs petites machines sont-elles supérieures aux noires? Ce n’est pas moi qui le dirai. Mais assurément, si les Français ne deviennent point, tous, d'excellents ingénieurs ou de grands savants, ce n’est point faute qu’on leur inculque dès le plus jeune âge, le goût de la physique et de la mécanique. Il n’y a pas une découverte nouvelle

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dont on no tire les éléments d’un jouet, et il n'y a pas une famille où, pour divertir les enfants, on ne fasse nasiller l'inévitable phonographe.

Il paraît aussi qu’ autrefois l’Allemagne était seule à fabriquer de petites roulettes et qu’elle élevait ainsi « à la brochette de petits joueurs jusque dans nos maisons ». Elle n'a plus ce privilège. L'industrie française, comme on peut s’en assurer à l’Exposition de 1900, s’est chargée de faire elle-même l’éducation des petits joueurs. Nous avons, grâce au ciel, des « petits chevaux» qui ne sont point d'importation et des roulettes vraiment nationales.

Sur les soldats de plomb, Rigault écrivait ceci : « Trois ou quatre régiments en papier de M. Silbermann, de Strasbourg, voilà la garnison de la I; rance à l’Exposition universelle. L'Angleterre n'a envoyé ni un cavalier ni un fantassin. M. Cobden et M. Bright y ont tenu la main. (Si, par hasard, l’Exposition de 1900 n’est pas la dernière des Expositions universelles, on verra sans doute un jour, les ombres de MM. Cobden et Bright dussent-elles s’en désoler, des cavaliers et des fantassins delà Reine !) Mais la Bavière, la Saxe et la Prusse ont mis sur pied tous leurs contingents fédéraux. On dirait qu’elles ne se sont pas crues en

sûreté à Paris : elles se sont fait suivre de leur armée; seulement, pour nous faire honneur, elles ont habillé leurs soldats de P uniforme français... Je l’avouerai, au risque de passer pour un membre du Congrès de la paix, je n’aime pas h voir tant de fusils, de sabres, de lances, de casques, de pistolets, de canons, de soldats entre les mains des enfants. Ils prennent à ces jeux des habitudes de commandement qu’ils conservent et qu’ils portent plus tard, sans le savoir, dans les relations du monde. Ils restent pour ainsi dire officiers dans la vie civile... »

L’histoire s’est chargée de donner une teinte assez mélancolique à ces réflexions judicieuses d’un homme de lettres de 1855.

La Bavière, la Saxe et la Prusse se sont de nouveau fait suivre de leur armée; et, aussi de nouveau, elles out habillé leurs soldats de l’uniforme français. Simple artifice de commerçants qui désirent placer en France la marchandise que demandent les Français. Et cependant, malgré tout, l'illusion n’est point complète. Il y a, dans l’exposition des jouets allemands, une petite scène dont le décor représente une cuisine et où l’on voit « Madame » surprenant sa cuisinière qui reçoit Dumanet.

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Le travestissement est consciencieux. Mais les gestes et la tournure des petits personnages évoquent invinciblement le souvenir d'une image des Fliegende Blætter : la jeune Hausfrau trouvant Alinnae n conversation avec un blond fantassin bavarois amoureux et affamé.

D'ailleurs, la France s’est mise, elle aussi, à fabriquer des soldats de plomb. Et que de casques! Que d'épaulettes! Que de fusils ! Que de clairons !

Pour être aussi complet que le rédacteur des Débats de jadis, je dois dire un mot des automates. Ceux de l'Exposition française sont des merveilles de grâce et de vérité. H y a deux charmants acrobates : l'un qui fait du trapèze, l'autre qui se tient en équilibre la tête en bas, les mains appuyées sur deux chaises. Ce dernier est prodigieux avec ses lents efforts, ses hésitations et le tressaillement de ses muscles. Tout à côté, arrêtez-vous devant la scène intitulée : « Avant le bal ». Elle minaude avec sa glace à la main. Lui , le coude appuyé sur la cheminée, s’ennuie et, pour se distraire, éteint, puis rallume la lampe électrique. Ces deux jolies poupées expriment avec une sincérité effrayante tout le « machinal » de la vie mondaine. C’est du Gervex, mais du Gervex vivant.

Tout en me promenant à la recherche des jouets exposés, j’admirais la belle incohérence qui a présidé à l'organisation de cette Exposition universelle.

On aurait pu grouper ensemble tous les produits et toutes les industries d’un môme peuple. Une exhibition ainsi comprise eût intéressé les philosophes, les hommes d’Etat et les économistes ; elle nous eut donné, à nous passants, quelques idées générales sur l’état de la science, du goût et de la civilisation chez les diverses nations du monde. On ne l’a point voulu. On aurait pu imaginer une classification par industrie et par produits et rapprocher ainsi les échantillons exposés par chaque peuple. Cela eût permis aux professionnels et meme aux profanes d’utiles comparaisons. On ne l'a pas voulu davantage. On n’a suivi aucun plan, aucune méthode. Par exemple, pour étudier l’industrie des jouets d’enfant, on est condamné à d'interminables pérégrinations. Les jouets français sont dans l’un des palais de l’esplanade des Invalides; les jouets allemands sont dans l’autre.

LES NOSTALGIQUES

Mais exisle-t-il ailleurs qu'en France el en Allemagne des fabricants de jouets? Pour s’en informer, il faut errer à l'aventure, sans catalogue, sans guide, au premier, puis au second étage d’un immense palais. Je me suis livré à cette recherche : je n'ai rien trouvé; mais je ne jure pas qu’il n'y ait rien. Les « classes » sont si peu rigoureusement déterminées qu’on trouverait peut-être des jouets même au Champ-de- Mars. Et cela n'est point invraisemblable, car, si les vieilles poupées sont exposées près de la rue Constantine, c’est tout près de la porte Rapp qu’on a réuni leurs chaussures et leurs bonnets, dans les vitrines do la Rétrospective du costume.

Qu i! y a de choses belles ou curieuses entassées dans l'Exposition! Mais quel gâchis! On a travaillé pour les simples badauds. On n’a même pas pensé aux curieux.

Ils sont venus des cinq parties du monde pourvoir la tour Eiffel, les vitrines de Félix, les trésors des églises de France, le trottoir rou-

tant, les chansonniers de xMontmartre et les aimées qui dansent du ventre. Mais à peine ont-ils mis le pied dans l’Exposition que chacun d’eux parait se sentir perdu, naufragé au milieu de la houle cosmopolite et chacun se met à la recherche de son exposition nationale, pour y retrouver quelque chose de sa patrie. Là il sent le sol plus solide sous ses pas; il découvre des employés et des gardiens qui parlent sa langue, il voit des visages dont les traits lui sont familiers, il s’attarde devant les vitrines qui lui rappellent les devantures des magasins de sa ville natale.

Les Allemands, respectueux et recueillis, s’empressent autour du mobilier de la chambre de leur empereur et se disent avec admiration le prix du lit, le prix de la table, le prix de la garniture de la cheminée... Les Espagnols s’entassent à la Ferla pour acclamer Anila et à Y Andalousie pour hurler d’enthousiasme quand Pepe, l’incomparable Pepe, riposte par son trémoussement frénétique aux ardentes contorsions de la gitane, tandis que s’accélère jusqu’à la furie le rythme des mains et des talons... Les Anglais se retrouvent chez eux dans leur merveilleux pavillon, tout décoré de chefs-d’œuvre, et ils regardent défiler les barbares, un peu narquois

LES NOSTALGIQUES

quand les barbares ont l’air de découvrir Reaburn ou Hopner, un peu scandalisés quand les mêmes barbares se permettent de bailler devant les nobles chromolithographies de Burne Jones. . . Et, au rez-de-chaussée du simili-hôtel de ville d'Audenarde, j’ai vu des Belges occupés à feuilleter consciencieusement les grands albums qui contiennent des vues photographiques de toute la Belgique...

Mais c'est surtout dans les restaurants qu'on peut remarquer les effets de cette nostalgie, nostalgie charmante pour nous, les spectateurs. Car, à l’exotisme des mets, se joint ainsi l’exotisme des consommateurs, et nous avons, plus complète encore, l'illusion, la délicieuse illusion que nous sommes en voyage. C’est parmi des Busses que nous mangeons letchi; c’est parmi des Allemands que nous buvons le petit Piesporter et le grand Liebfraumilch ; c’est parmi des Roumains que nous goûtons cette admirable pâtisserie au fromage dont j’ai oublié le nom et ce savant feuilleté h la crème de noix qui s’appelle, — on n’a pas le droit de l’oublier, — « baklava ». Et toutes ces choses seraient peut-être d’une saveur moins agréable si l'on n’avait pas autour de soi le fracas des idiomes étrangers.

Les provinciaux de France éprouvent, eux aussi, ce besoin d’échapper à la promiscuité de la cohue et de se retrouver chez soi. Entre les palais de l’Esplanade et la rue de Constantine, on a bâti quelques restaurants bretons, provençaux, berrichons, poitevins, etc. Le lieu est sinistre. Toutes ces petites cours encombrées de cabarets, de kiosques, de water-closets et de fausses ruines sont poussiéreuses quand luit le soleil et se transforment en marécages à la première averse. Les pauvres arbres de l’Esplanade pris dans le plâtre des constructions y font une piteuse ligure... Cependant, vers midi, vous voyez s’acheminer des processions de Bretons vers les cabarets où soufflent les joueurs de binious; de fidèles Poitevins se rendent au manoir de Mélusine; et, dans le mas provençal, je vous assure que les consommateurs ont de l’accent. Seule, la bouillabaisse attire en ces parages désolants quelques amateurs qui ne sont point «du pays». Mais la gloire de la bouillabaisse passe les frontières, passe les mers. Elle est mondiale.

Décidément, les Expositions internationales sont impuissantes à détacher les hommes de leurs traditions et de leurs habitudes! En voici un dernier exemple.

LES NOSTALGIQUES

Dans un restaurant qui dépend d'un pavillon oriental, j'avais été surpris de voir affluer une foule de provinciaux dont la mise et la tournure révélaient assez clairement qu'ils débarquaient, tous, de Normandie. Au premier moment, j'avais peine à comprendre la raison qui avait amené ici tous ces gens de Lisieux et de Pont-Audemcr. Mais je m'aperçus que ce restaurant était tenu par un restaurateur parisien dont la principale maison est située à côté de la gare Saint-Lazare. Sa clientèle iidèle l'avait suivi jusque sur la terrasse d'un pavillon oriental.

Ainsi peut-on philosopher dans les restaurants. La cuisine n'y est pas toujours délicate ; mais c'est là qu'on peut bien observer le plus beau de l'Exposition : la foule. Si seulement on consentait à ne pas couvrir le bruit de ses conversations par d'intolérables musiques î Niais on ne mange plus sans tziganes.

Quand nous donnera-t-on enfin les catalogues de ces diverses rétrospectives, qui sont

le charme et l’originalité de l’Exposition1? Rien d’intéressant comme ces amas de bibelots et de souvenirs. Mais nous ne savons comment nous orienter parmi toutes ces vieilleries dont nous ignorons la date et la provenance, parfois meme l’usage. Certains objets sont, il est vrai, étiquetés ; mais les pancartes sont laconiques. Presque toujours nous en sommes réduits à de hasardeuses conjectures.

Cela, cependant, ne s’applique pas à la Rétrospective du papier : vieilles tentures (je vous en ai déjà parlé), vieilles vignettes, vieilles factures, vieux almanachs, vieux faire-parts, vieilles affiches, vieilles paperasses, etc...

Ici les pièces sont méthodiquement classées. On peut glaner des indications précises et divertissantes sur maints détails de l’existence privée des hommes d’autrefois. Voici ma dernière récolte.

On expose toute une série d’affiches annonçant des décès. Dans certaines provinces de France on emploie encore ces sortes de placards. Souvent les formules ne diffèrent pas beaucoup de celles qui sont aujourd’hui en usage. Néanmoins, à l’intention de ceux qui

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