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LA SALLE DES ILLUSIONS

mauresque, de forme hexagonale. La naissance de chacun des six cintres en fer à cheval repose sur un groupe de trois colonnes et de la voûte d'or pendent des stalactites. Les immenses panneaux de glace qui forment les parois de la salle reflètent à l’infini des voûtes, des ciutres et des colonnes. On se croirait au milieu de la foret de marbre de la mosquée de Cordoue.

Tout à coup, les profondeurs s’illuminent; les arcs se bordent d'une dentelle de feu ; des étoiles bleues, des étoiles rouges s’allument dans les longues avenues ; des girandoles multicolores apparaissent aux voussures ; les colonnes elles-mêmes s'éclairent par transparence et passent du marbre à l'albâtre et de l’albâtre à la malachite. Les dessins se diversifient. Les nuances alternent. C’est une pyrotechnie froide et silencieuse, qui se module avec d’étranges dissonnances de couleur. Jamais on n’a senti avec plus de force et d’évidence que les sensations de l’œil sont gouvernées par des lois pareilles à celles qui gouvernent les sensations de l'oreille. Dans ce jeu des nuances nous percevons des tons majeurs et des tons mineurs; et lorsque, après de longues modulations, une lumière blanche et égale jaillit à la fois de toutes les lampes électriques, à l’unisson, il y a

dans la foule des spectateurs, ce mouvement de soulagement, ce petit frisson de délivrance par lesquels des auditeurs saluent la venue espérée de l’accord parfait. Quelque chose alors s’achève, quelque chose se résout.

Tout rentre dans l'ombre. Les colonnes seules brillent dans le palais mystérieux. De la voûte lentement descendent de grands papillons; des essaims lumineux semblent voleter à l’inlini , puis disparaissent et s’éteignent. Et la féerie des architectures de feu recommence...

On a placé dans cette salle un piano et un harmonium sur lesquels on joue des mélodies connues et l’électricien s’efforce de suivre, sur son clavier le rythme de la musique. Cet accompagnement est inutile. C’est appuyer un peu lourdement sur des affinités de sensations qui ne sont point assez précises : l’éducation de notre œil et celle de notre oreille sont trop imparfaites. Mieux vaudrait nous laisser le plaisir de deviner un peu à tâtons ces concordances vagues et subtiles. Les rapprochements qu’on nous impose sont trop grossiers.

Tel est ce spectacle qui va causer l’ébaubissement de tous les badauds, mais qui n’en est pas moins un joli et délicat divertissement, parce que les lignes de cet édifice de reve sont belles

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