LE LIVRE
et parce qu'un véritable artiste a su choisir et alterner les couleurs de l'illumination. Ce magicien charmant est M. Hénard, architecte du palais de l'Electricité. Il a vraiment beaucoup d'imagination, de goût et d'ingéniosité.
De toutes les sections françaises je crois que nulle n'a été installée avec autant d'intelligence et de goût que celle du livre. Chacune de nos maisons d’édition a pu donner au public une idée de ses publications les plus importantes. Cadres et vitrines sont disposés d’une façon séduisante, et le grand cabinet de lecture organisé par le Syndicat de la presse périodique est un endroit où il fait bon venir se reposer en feuilletant machinalement des Revues, lorqu’on a la tête harassée d’avoir trop regardé et que commence à poindre la migraine, l’inéluctable migraine des expositions.
Pour égayer un peu ces longues suites de livres et de brochures, on a mêlé l’exposition de la reliure à l’exposition du livre. Il y a là quelques vitrines d’une rare beauté et qui dé-
montrent que nos relieurs ont, depuis quelques années, heureusement travaillé à renouveler leur art. Qu’il s’agisse soit de pastiches des anciennes reliures, soit de reliures vraiment modernes, l’exécution est parfaite; et comme le goût est maintenant plus sûr et plus lin! En ces derniers temps, nous avions vu bien des tentatives bizarres et môme extravagantes. Je ne sais s’il fallait les attribuer à l’imagination fatiguée des artisans ou au caprice désordonné des amateurs; mais on avait fait des reliures qui n’étaient plus des reliures, mais de véritables boites, et l’on entassait sur ces énormes couvertures mosaïques, incrustations et reliefs avec une telle abondance et une telle incohérence que le pauvre livre disparaissait, enfoui sous ses ornements, devenu l’accessoire inutile d’un bibelot fastueux et ridicule. Regardez les vitrines de nos grands relieurs : elles renferment des chefs-d’œuvre de sobre élégance et de juste convenance; l’harmonie est parfaite entre le livre et son vêtement.
Si vous voulez connaître le prix de cette harmonie, flânez à la Rétrospective de la reliure. Là, parmi d’admirables volumes, vous découvrirez un amusant spécimen de l’aberration romantique. C’est un Montaigne relié en 1831. Sur la