LES BONSHOMMES GUILLAUME
vert clair, naturellement, comme tout le reste de l'Exposition. Le bleu dominait en 1889. Le vert domine en 1900. La raison de cette coloration presque générale est assez plaisante. Un des premiers palais terminés fut celui du Génie civil et des moyens de transport, par M. Herniant. Jamais l'architecture de fer n’avait en celle ductilité, celte souplesse, cette légèreté, et la séduction de cette construction neuve et charmante est encore accrue par le joli ton vert dont sont décorées les charpentes métalliques. Les autres architectes de l’Exposition, jaloux du succès de leur confrère, pensèrent donner quelque grâce à leurs bâtisses en les peinturlurant de la même façon. Le vert gagna de proche en proche et devint en quelque sorte la couleur officielle de l’Exposition. Mais, revenons au théâtre des Bonshommes Guillaume.
Au milieu de toutes les baraques de saltimbanques de la grande foire, celle-ci, c'est Guignol, mais un Guignol d’exposition, fastueux et compliqué. Le spectacle qu’on y voit se compose de six tableaux.
Au milieu du ciel étoilé, deux ballons dirigeables se rencontrent. L’un est monté par un habitant de Mars, l’autre par un habitant de
Vénus. Echange de compliments, de plaisanteries et de couplets grivois. En route pour l’Exposition ! C’est le début fâcheux des plus fâcheuses revues. Et cela continue sur la place de l’Opéra où un officier de paix obligeant fait défiler sous les yeux des deux étrangers les curiosités de la rue de Paris. Les poupées sont gentiment sculptées. Le décor est amusant avec l’Opéra éclairé et le grand va-et-vient des piétons et des omnibus. Mais, pauvre Guignol, que ta postérité est prétentieuse ! et comme elle chante de vilaines chansons ! Heureusement que la Marseillaise y coupe court. C’est l’arrivée du Président de la République. Défilé des cuirassiers et des calèches officielles. M. Loubet salue les passants qui, massés derrière une rangée de sergents de ville, manifestent leur enthousiasme en levant leurs chapeaux en cadence. On dirait la devanture d’un marchand de jouets dans la dernière semaine de décembre. Mais le geste rythmé du peuple est une belle chose. Il exprime, avec une perfection que ne saurait égaler une troupe de figurants, la ferveur rituelle des foules bien disciplinées.
J’aime aussi le tableau suivant : la place d’un village au lever du jour, tandis que le soleil monte à l’horizon (Guignol devrait bien demander au