‹ A travers lÉxposition de 1900Chapitre 5 sur 61 · LES BONSHOMMES GUILLAUME · texte numérisé non relu

LES BONSHOMMES GUILLAUME

directeur de l’Opéra comique son secret pour rendre les jeux de la lumière). Un régiment descend de la colline et traverse le village. Les types divers sont finement observés et rendus. Puis ces bonshommes-là sont muets. C’est parfait. L ame guerrière des badauds peut s’exalter en toute liberté.

Voici maintenant que les bonshommes se mettent à parler et à chanter, c’est regrettable. Ils sont si gentils quand ils se taisent et leurs gestes rares et élémentaires suffiraient à une pantomime dont le scénario serait simple et ingénu. Ce tableau représente une « soirée de contrat ». La fiancée propose au fiancé d’aller au bal des Quat-z-arts. Le fiancé résiste, puis cède, tandis que les belles dames valsent dans les bras des beaux messieurs. Et le rideau se relève sur ce bal célèbre où, au milieu des lumières étincelantes, défilent les «ateliers de l'Ecole». Chaque cortège forme une caricature des tableaux les plus célèbres des professeurs de la rue Bonaparte. Les transatlantiques qui vont tout à l’heure envahir Paris goûteront-ils toute la saveur de ces farces de rapins ? J’en doute. C’est un de nos travers nationaux que de croire le monde entier occupé de nos petites histoires parisiennes. Si les allusions doivent rester

A TRAVERS i/eXPOSITION

impénétrables, décors et costumes sont du moins d'une composition agréable.

Ce Guignol n’a ni l’ingéniosité du théâtre de marionnettes de Thomas Holden, ni l’accent populaire du vieux Guignol lyonnais. Les dialogues qu’on y entend et les couplets qu’on y chante ne rappellent en rien les exquises tragi-comédies que jouaient naguère les poupées de M. Bouchor ; mais, malgré tout, c’est encore Guignol. Et puisque nous ne méritons point d’autre Guignol que celui-là, résignons-nous

11 mai.

La porte de Pornopolis et l'allée des Tombeaux. — La plateforme mobile. — Expositions coloniales. — La cour du Petit Palais. — L'inauguration du pavillon du Japon. — Le pavillon de la Grèce. — De Potsdam à Paris. — La collection de Frédéric le Grand.

Somptueuse et stupide, la grande porte s’ouvre à cinquante mètres de cette avenue des Champs-Elysées, à l’extrémité de laquelle se dresse Y Arc de Triomphe. Et la seule pensée d élever cet amas de ferrailles peinturlurées sur une place d’où l’on découvre le grand monument de pierre, qui est l’orgueil de la France, est déjà ce que l’on peut appeler une belle pensée.

Au sommet, pareille à un bilboquet renversé, la statue symbolique de la Parisienne fait aux badauds un geste étrange mais point équivoque, pour les inviter à défiler par les gui-

cliets; et elle semble dire : « Venez voir mes sœurs; il y en a de blanches; il y en a de jaunes; il y en a de noires. Moi, je ne vous la fais pas aux grandes assises du travail. Je suis ce que je suis et vous allez voir ce que vous allez voir. Un a sculpté à mes pieds une armée de travailleurs, de jardiniers et de terrassiers. Simple frime... Entrez dans Pornopolis. »

On entre. Immédiatement, sous la voûte, se dressent deux femmes gigantesques, d’une polychromie terrible. Elles tendent à la foule des feuilles de vigne. La foule répond : « Pas encore » et passe.

Nous voici maintenant dans une allée ombreuse parmi des jardins et des statues mythologiques. La Pornopolis promise est un peu mélancolique. Mais encore quelques pas : les mythologies disparaissent. Une statue de Jésus déjà nous incline à de plus graves pensées. Puis des tombeaux et encore des tombeaux. C’est l'exposition de la statuaire funéraire. Une veuve songe tristement dans un décor médiéval. Une autre pleure sur le corps de son époux. Une mère se tord, désespérée, sur le cercueil de son enfant. Un éveque, les mains jointes, prie sur sa propre tombe...

Une porte de bastringue conduisant aux mo*

LE TROTTOIR ROULAS T

dernes Alyscamps, c'est une trouvaille. Après le discours de la Parisienne, le Memento quia palvic. Ces contrastes-là révoltent les pauvres gens qui croient encore au goût et au bon sens. Mais ceux-là ne comprendront jamais les joies • expositionnelles », et ce sont des joies, pourtant.

Le roulement de la plate-forme mobile est la base, la base continue, de la symphonie de l'Exposition. Sur ce grand bruit égal, d’un rythme régulier, se détachent le tapage des ouvriers qui clouent, le crincrin des tziganes, le sifflet des remorqueurs, la flûte des orchestres orientaux, le tintamarre du train électrique, le fcrraillement des ascenseurs de la tour Eiffel. Mais ce grondement ininterrompu exprime à nos oreilles la vie même de la formidable cité de fer et de carton. Il nous abasourdit, nous ahurit et nous met dans l’état cérébral qui convient pour badauder sans (in au milieu de ces extraordinaires miracles d’incohérence, de folie et de bric-à-brac. Si toute

la partie de l’Exposition située sur la rive droite de la Seine paraît si morne et si morte, c’est qu’il n’y roule aucun trottoir.

Les premiers jours, le spectacle de celle plaie-forme qui précipite la fui le des hommes vers rien, pour rien, puisqu’elle tourne indéfiniment, fut un délicieux divertissement. Le joli joujou dont on nous avait fait cadeau!

On s’apprenait les uns aux autres à marcher sur le trottoir roulant. Une dame trébuchait en passant de la grande à la petite vitesse. Un monsieur s’approchait : «Madame, vous n’avez pas sans doute l’habitude de descendre de l’omnibus. Pourtant, c’est bien simple. Vous mettez la main sur la pomme. Vous faites un demi-tour... » Le monsieur prenait la pomme, descendait, remontait, descendait, puis surveillait les essais de la dame qui bientôt ne trébuchait plus. Cela n’a pas duré longtemps. C’était trop facile. Quelques personnes feignirent encore de trébucher. Aujourd’hui un pareil stratagème paraît suranné.

Au commencement, sur ce trottoir qui chemine le long des maisons, on avait la récréante conviction qu’on «embêtait» les riverains. On se représentait l’affolement de ces pauvres gens, et c’était un aimable sujet de conversation.

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