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LES MONNAIES

mais elles suffisent parfois à décourager les amateurs et elles épouvantent les étrangers. Pourquoi n'avoir pas exposé dans une vitrine à part , — respectons le protocole administratif, — - les médailles qui appartiennent au Service des Beaux-Arts et n'avoir pas donné aux passants toute facilité de se les procurer? Avoir le succès de l'exposition restreinte de la Monnaie, on devine avec quel empressement tes visiteurs auraient acquis soit la Défense de Paris, de M. Chaplain, soit la Jeunesse française à Chevreul, de M. Roty, soit le Claude Bernard, de M. Borrel, soit les Communications aériennes, de Degeorge. Il y a une soixantaine de médailles qui sont ainsi vendues par l’Etat à qui lui en fait la commande. Mais qui le sait? L’Exposition était une bonne occasion d’en informer le public.

Je crains qu’on ne m’objecte les règlements administratifs. Si on me les objecte, je me tairai, parce que, à cela, il n'y a que des fous pour oser répliquer.

6 juillet.

Promenade d’une école primaire à travers l’Exposition. — Le concert des étudiants d’Upsal. — Les nations Scandinaves à l’Exposition. — La Rétrospective de l’Assistance publique. — La vitrine de la « Croix de ma mère ». — Un bureau de poste wagnérien. — La consigne de la Comédie Française en 1760. — L’Exposition des Gobelins.

J’ai rencontré dans l’Exposition un de mes amis suivi des enfants de l’école primaire de son village. Il avait fait venir à Paris bambins et lillettes, sous la conduite de leur instituteur et de leur institutrice, pour leur montrer l’Exposition. Je me suis joint à la petite troupe et, un après-midi durant, j’ai flâné avec elle, très curieux de savoir quelle impression ce spectacle extraordinaire pouvait produire sur de petits paysans de Seine-et-Marne,dont quelquesuns n’avaient jamais vu Paris.

J’ai vite fait connaissance avec mes jeunes

PROMENADE dYtNE ÉCOLE

compagnons de promenade. Ils sont gentils, éveillés et bien élevés. (Pourquoi un élève de l'école primaire a-t-il presque toujours meilleure tenue qu'un potache du même âge?) Je les interroge sur les choses qu'ils ont déjà vues.

Les petits garçons me parlent avec admiration du panorama de la Mission Marchand.

J'apprends qu'une des petites filles débarquant à Paris, où elle n'était point encore venue, a simplement observé que les maisons y étaient bien sales. La blancheur des façades de l Exposition l'a fait revenir un peu sur cette première impression.

Les nègres et les magots du Trocadéro ne leur ont causé aucune surprise. D'ailleurs, au fond, rien ne les surprend. Leur curiosité s’amuse. Mais, pour partager nos grands étonnements, ils manquent de points de comparaison. Puis, ils ont vite fait de découvrir des explications, car dans des cerveaux enfantins tout doit s’expliquer. Voyant la cohue se presser aux guichets de l'Exposition, une des fillettes a déclaré qu’évidemment « c'était le jour du marché », et, dès lors, elle n'en a plus demandé davantage.

Au panorama militaire que l’on voit au premier étage du palais des Armées de terre et de

mer, les groupes de soldats attirent l’attention des garçons ; les fillettes semblent s'intéresser, surtout au blessé que l’on soigne dans l’ambulance. Mais le plus grand plaisir des uns et des autres, c’est de constater qu’ifs ne sont pas dupes du trompe-l’œil et de bien montrer qu’ils savent que ces bonshommes sont de cire.

Tout le long de la terrasse des Nations, ils s’arrêtent devant chaque palais et veulent qu’on leur dise quel peuple l’a construit. Ces enfants sont très forts en géographie. Mais leurs observations esthétiques sont un pe^déconcertantes. Devant le pavillon de l’Angleterre, ils sont pleins de mépris. J’attribue ce sentiment à des préjugés historiques. Mais, devint l’etfrayante construction des Etats-Unis, ils proclament, tout d’une voix, que c’est beaucoup plus beau que l’Angleterre... Après tout, ce sentiment-là est celui de la foule.

D’ailleurs, il faut l’avouer, ce qui les attire et les charme surtout ici, c’est d’entrevoir, entre les pavillons, la plate-forme mobile. Chaque fois qu'ils aperçoivent, à travers le feuillage, la machine roulante, leurs yeux s'allument; ils s’arrêtent et contemplent. Pour les enlever, à leur admiration, il faut leur jurer que tout à l’heure ils rouleront à leur tour.

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