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LES ÉTUDIANTS D UPSAL

Lorsque nous sommes sur le point de nous quitter, je demande à mes petits compagnons : « Qu’avez-vous vu de plus beau à l'Exposition? » Un seul articule timidement : « Le panorama de la Mission Marchand. » Les autres répondent sans hésiter : « le Village suisse ! »

Les étudiants de l’Université d’Upsal, qui ont donné deux concerts dans la salle du Trocadéro. forment une admirable compagnie. Les belles têtes blondes, viriles et pensives! Les beaux yeux bleus tendres et volontaires ! Les belles voix sonores et souples! Et avec quel sérieux et quelle noblesse ils chantent leurs chansons ! Ce chœur ardent et puissant exprime les nuances les plus délicates, sans jamais donner dans la mièvrerie, sans jamais chercher ces violents effets de contraste qui font, hélas ! le succès des orphéons allemands, nous en avons eu la preuve, il y a quelques jours, dans cette même salle du Trocadéro. Où ils excellent, c’est dans l’exécution de morceaux d’inspiration ou d’allure populaire. 11 semble alors que ce soit l’âme même de leur

patrie qui chante en eux; ils en traduisent avec une émouvante profondeur les larges rêveries, avec une superbe franchise les saines allégresses.

On les a couverts d’applaudissements. Lorsqu’ils eurent chanté la Marseillaise , la salle présenta le spectacle d’un enthousiasme furieux. C’était magnifique. Car, si l’acoustique du Trocadéro ne vaut pas cher, cet immense amphithéâtre est d’une surprenante beauté, quand il contient une grande foule debout et frémissante. Tandis qu’agitant leurscasquettes blanches au-dessus de leurs têtes, — on eût dit un vol de mouettes, — les étudiants poussaient des hurrahs en l’honneur de la France, le public criait de tous ses poumons : « Vive la Suède ! » et de toutes parts des femmes vêtues de toilettes claires faisaient voleter leurs mouchoirs.

Ce qui déchaînait ainsi les bravos et les cris, c’était sans doute l’émotion de la musique, c’était aussi ce besoin de courtoisie qui, en ces jours d’Exposition et de Congrès, fait oublier aux plus rogues leurs préjugés et leurs défiances. Mais, chez quelques-uns d’entre nous, il y avait encore un autre sentiment. Nous n’étions pas fâchés de faire comprendre à des Scandinaves l’admiration profonde que nous causent leur

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art et leur industrie, et la place nous était bonne pour leur adresser cet hommage, dans cette Exposition universelle, qui consacre d'une façon si saisissante les prodigieux progrès de leurs artistes et de leurs ouvriers.

Je sais qu'on risque de mécontenter les Suédois en leur faisant des compliments qu’on les prie de partager avec les Norvégiens et les Danois. Mais le public n’y regarde pas de si près. D'ailleurs, les étudiants d'Upsal sont venus nous chanter des poèmes de Bjœrnson !

Les applaudissements que nous donnions à ces jeunes Scandinaves signifiaient : « Merci de nous avoir construit votre admirable pavillon revêtu d’écailles de bois et dont les deux piliers trapus et superbes sont comme la promesse d'une architecture nouvelle ; merci de nous avoir montré vos broderies, vos toiles peintes et ces exquises faïences vertes d’un vert d'une douceur si imprévue. En retournant chez vous, lorsque vous passerez à Copenhague, ne manquez point de dire aux Danois que leur maison de bois sculpté, aux petites fenêtres encadrées de tulle brodé, est un chef-d’œuvre dont le charme intime et discret nous a ravis, et dites-leur aussi que, si nous avons à notre tour profité des leçons de leurs céramistes, nous

n’en avons pas moins conservé une grande admiration pour le décor bleu pâle de leurs merveilleuses porcelaines.

« Quant aux compatriotes de ce Bjœrnson dont vous faisiez tout à l’heure sonner les vers avec tant de feu et tant d'éclat, n’oubliez point de leur conter que leur maison rouge est un modèle de grâce et d’harmonie et qu’à travers les filets légers de leurs pécheurs la lumière de France se joue si finement que nos yeux n’ont jamais été à pareille fête; ajoutez encore que nous ne nous lassons pas de contempler leurs précieuses tentures, dont les couleurs tantôt éteintes et pâles, tantôt vigoureuses et éclatantes, semblent exprimer tour à tour la tristesse des hivers Scandinaves et la nostalgie impérieuse qui ramène les imaginations du Nord vers la forte lumière de cet Orient où jadis abordèrent les barques des Vykings. »

Les diverses Rétrospectives ont été organisées au hasard; elles se répètent; elles contiennent des objets précieux et des bibelots qui n’ont de valeur ni artistique ni documentaire et

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