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ART RELIGIEUX

point sans passer quelquefois dans la rue Saint- Sulpice ou dans la rue Bonaparte : je n’insiste pas.

Là encore, on voit des chaires de bois sculpté l'une d'elles, destinée à l’église de Saint- Cloud, est lamentable) et des autels (celui de l'église de Saint-Germain, style Louis XIV, est d'un travail banal et vulgaire, celui de la cathédrale de Sens a de beaux émaux; mais quelle exécution pauvre et hâtive!). On s’arrête, cependant, avec intérêt devant un charmant autel de chapelle en grès vert où sont encastrés quelques lins bas-reliefs de cuivre.

Lorsque ce mobilier doit prendre place dans upe église neuve, il serait imprudent de le juger à l'Exposition. Par exemple, on nous montre l’autel et les vases de marbre énormes et chargés de bronze qui doivent garnir la chapelle commémorative du Bazar de la Charité : si l'exécution en est remarquable, les formes en paraissent d’une lourdeur peu commune; mais, peut-être, une fois mis en place vases et autel nous choqueront-ils moins, étant en harmonie avec la construction tout entière.

Ce qui est intolérable, c’est la pensée que les statues sans nom qui sont ici réunies vont émigrer à travers toute la France et déshonorer

par leur présence les chefs-d’œuvre de l’architecture d’autrefois. G’esl la pensée qu’audessous d’un vitrail du xme siècle, dans une de ces délicates chapelles qui flanquent le chevet de nos cathédrales gothiques, sur un beau fût de pierre que surmonta peut-être jadis une émouvante image de la Madone couronnée, on va installer l’un de ces saint Antoine de Padoue ou bien l une de ces Vierges de Lourdes ! Ces choses-là sont la honte du clergé, des dévots et des fabricants de statues.

9 novembre.

On va fermer. — Les derniers visiteurs de l’Exposition. — Les chrysanthèmes japonais.

L'automne sourit aux derniers jours de l’Exposition. Le ciel est souvent voilé, mais la température est clémente. La surprise de ne point patauger dans un marécage et de n’être point persécutée par l’aigre bise de novembre réjouit la foule et lui fait oublier la mélancolie du brouillard. La Grande Foire qui avait eu de lugubres débuts sous le radieux soleil d’avril finit gaiement en ce charmant été de la Saint- Martin.

Des houles de paysans, venus de toutes les provinces de France, continuent de déferler sur le Champ-de-Mars, et le flot se répand dans les galeries à demi obscures. Leur panier à la main, les paysans, un peu ahuris, arpentent l’Exposition, sans s’arrêter, sans regarder, les

yeux tantôt à la voûte, tantôt au plancher; leur seule préoccupation est de ne jamais revenir sur leurs pas; ils ne connaîtront guère que des vélums et des parquets, et le souvenir le plus persistant qu’ils rapporteront de leur voyage sera celui du banc où ils auront pris leur repas.

Au milieu de ces promeneurs sans hâte passent des visiteurs affairés. Ce sont les « expositionnistcs », les enragés « expositionnistcs » qui, une dernière fois, traversent et retraversent les galeries de leur exposition. Ils ont la prétention de n’avoir rien oublié, d’avoir tout vu ; car il y a des Parisiens naïfs qui s’imaginent avoir tout vu ! Ils entraînent avec eux quelques amis pour leur révéler un bibelot dédaigné dans la vitrine d’une rétrospective ou dans le fond d’un bazar oriental. Puis il y a les acheteurs de la dernière heure : c’est le moment des « bonnes occasions ». Depuis l’ouverture de l’Exposition, ils ont jeté leur dévolu sur un objet exposé. Mais ils sont convaincus que le marchand finira par consentir d’extraordinaires rabais et les voici maintenant qui viennent rôder autour de leur meuble ou de leur potiche pour les suprêmes marchandages... Hélas! un autre chaland a passé parla. « Vendu », dit l’écriteau qui pend à la clef du meuble ou au col de la potiche.

LES CIIRYSANTÈMES JAPONAIS

Cependant, peu à peu, les vitrines se vident; les palais de la rue des Nations se ferment; les grandes collections reprennent le chemin de l’étranger; les restaurateurs servent les derniers déjeuners dans des vaisselles ébréchées et dans des services dépareillés. On liquide; on ferme...

Remercions les Japonais. Ce sont eux qui, durant ces sept mois, nous auront donné les plaisirs les plus délicats et les plus rares. Une fête charmante inaugura leur joli jardin du Trocadéro ; et, pour nous faire leurs adieux, ils viennent de nous initiera la beauté du chrysanthème japonais.

J’ai rencontré quelques personnes déçues par le spectacle de ces fleurs. « Nos jardiniers, disent-elles, obtiennent communément des fleurs plus grosses et plus compliquées. Quant a la façon artificielle dont a été dirigée la croissance de ces plantes, est-ce que chez nous, on n’a point imposé soit aux ifs de nos parcs, soit aux pommiers de nos vergers des déviations semblables? Et, d’ailleurs, quel plaisir

peut-on prendre à contempler ces végétations torturées par le caprice d’un horticulteur? »

J’aperçois le demi -sourire d'un Japonais écoutant ces propos de barbares ; car dans ces chrysanthèmes robustes et puissants, mais disciplinés, civilisés par le goût le plus exquis et le plus rafliné qui soit au monde, éclate bien mieux encore que dans les broderies de soie les plus éblouissantes l’admirable ingéniosité du Japon.

D’abord, observez la mesure avec laquelle ont été développées ces fleurs. Chacune d’elles n’a rien d’énorme, rien d’excessif. On n'a point fait des monstres; on n’a point sacrifié à la curiosité. Ce sont de belles créatures vivantes; il y a une proportion vraiment divine entre la tige et la fleur.

Quant à l’arrangement, disons mieux, à l’architecture, de ces pieds de chrysanthèmes, c’est un chef-d’œuvre. Rien n’est plus simple que de prendre une serpe et de tailler brutalement une charmille suivant les indications d’un dessinateur. Le premier jardinier venu est capable de bâtir un éventail en treillage et d’y appliquer les branches d’un arbre fruitier. Mais, ici, le miracle, c’est d’avoir, sans tourmenter les branches de la plante, sans lui enlever le

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