LE PETIT PALAIS
L'automne dernier j'avais visité les chantiers du Petit Palais et, au retour de ma promenade, j'avais écrit ceci : « C'est, décidément, une œuvre charmante. Les colonnades extérieures, la colonnade de la petite cour centrale, les rotondes placées aux angles de la construction, tout est d'une merveilleuse élégance, sohre et délicate. Pourvu que les décorateurs n’aillent pas maintenant gâter l'œuvre de l'architecte! »
Comme j’avais raison de me méfier! Il faut toujours se méfier tant qu’une œuvre est inachevée. Ah! les effroyables statues! (11 me semble qu'autour de moi on commence à discuter la légende, — jusqu’ici sacrée, — de notre grande école de sculpture.) Et cette cour intérieure qui promettait tant, quelle disgrâce maintenant! On s’aperçoit que son architecture vient buter, sans raccord, contre l'architecture de la partie intérieure du palais. Celte demirotonde est couronnée de balustrés maigres et informes. Les vases de pierre qui décorent les toitures sont d’une pauvreté pitoyable. Tout cela sent la hâte et la camelotte. 11 reste l’idée
d’un monument élégant gâché, misérablement gâché. Invinciblement, nous pensons à la colonnade de Versailles. Et alors nous comparons, nous comparons. On aurait dû tout faire pour écarter ce désastreux rapprochement de notre esprit. Or, voyez le goût, le goût exquis de nos contemporains. Quelle statue ont-ils placée sur un piédestal au milieu de la cour du Petit Palais? Tout justement une copie de Y Enlèvement de Proserpine , qui occupe le centre de la colonnade de Versailles. De cette façon, il n’y a pas moyen que nous évitions, ayant sous les yeux tant de misère, de songer à la splendeur du vieux parc... Je m’indigne, et j'ai tort. Cet état d’âme n’est point « expositionnel ».
On inaugure le pavillon du Japon. De gentils et courtois Japonais nous font de gentils petits gestes de courtoisie pour nous inviter à entrer dans le pavillon où ils ont exposé des trésors. D’autres nous indiquent avec les memes mines de bon accueil les petites maisons où l’on offre aux barbares du thé exquis, des glaces,