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JUSQU'A VAISE

En formulant le programme de la promenade à laquelle je vous convie aujourd'hui, j'ai dû me tenir à quatre pour ne pas écrire ■ jusqu'en Vaise. » Non pour faire acte de chauvinisme lyonnais en employant une vieille locution locale, mais parce que cette expression, à tort délaissée par la langue française, est plus juste et dit mieux ce qu'elle veut dire. On peut aller jusqu'à Vaise sans y entrer; jusqu'en Vaise ne laisse aucun doute sur les intentions de celui qui parle.

A partir du Change, point de repère de toutes les excursions sur la rive droite, la partie basse de la ville va se rétrécissant entre la montagne et la rivière, pour finir en pointe k Pierre-Scize, Deux rues d'abord se dessinent parallèlement, dam le même sens que le quai — les rues Juîverle et Lainerie; puis une seule — la rue Saint-Paul;

enfin, c'est le quai, trouvant tout juste place pour sa rangée de maisons.

Ainsi qu'en témoigne la présence du Change et de la Juiverie, nous sommes dans l'ancienne cité marchande. Déjà sous Charlemagne, les juifs qui recherchaient les villes frontières et rencontraient une certaine tolérance sur les terres ecclésiastiques, avait une florissante colonie dans ce quartier.

Mais, comme tous les hommes, les fils d'Israël ont les défauts de leurs qualités. Chez eux, l'instinct du commerce est tel qu'ils vendraient n'importe quoi à Dieu le Père en personne — s'il laissait savoir son adresse. Or, en pleine civilisation carlovingîenne, ne s'avisaient-ils pas de trafiquer de la chair humaine I La voix publique les accusaient même d'enlever des enfants pour les vendre aux Maures d'Espagne.

Ce grief fût-il mal fondé, que le seul fait de posséder des esclaves devait indisposer la population lyonnaise. La jouissance, à titre égal, de tous les droits civils dut être, de bonne heure, pour les habitants de Lyon, une doctrine primordiale. De leurs libertés politiques nos pères ont fait plus d'une fois bon marché, mais ils se sont toujours montrés intraitables pour leurs droits civils.

L'archevêque Agobard, le successeur de Leydrade, voulut racheter les esclaves des juifs.

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Le prix oflert était-il un peu chiche ? Les maîtres tenaient-ils à un usat^e, en somme, conforme aux lois mosaïques ? En tous cas. ils se trouvèrent fie puissants protecteurs en haut lieu, les dames de la cour et l'impératrice Judith ayant, paraît-il, des comptes-courants ouverts dans les comptoirs lyonnais, et les banquiers gardèrent leurs esclaves.

Durant cinq siècles encore, les juifs restèrent À

forts et puissants à Lyon. Leur synagogue occupait, à mi-coteau, l'emplacement du château de Bréda. Loin de s'imposer cette contrainte et ces dehors de misère qu'ils empruntent souvent ailleurs, ils vivaient largement, et leurs femmes, par le luxe de leur mise, éclipsaient les plus grandes dames. Ce fut seulement en 1379 qu'on les expulsa, et, dans cette expulsion, la question religieuse ne fut que le prétexte. En réalité, il s'élevait de temps à autre, contre eux, ce mouvement réprobateur auquel nous assistons encore, contre les étrangers.

Beaucoup se fixèrent à Trévoux, d'autres vécurent cachés à Lyon. Mais plusieurs durent se faire baptiser, ainsi que semble l'attester certains noms de famille à forme hébraïque et d'autres appellations dérivées du mot « juif n : Jude, Jutet, Jussieu, Jusset.

A cette colonie succéda celle des Italiens. Ces « Lombards » dont le nom est resté, dans la

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langue couranle, synonyme de Juifs, n'héritèrent pourtant point, à Lyon, de la réprobation attachée à leurs devanciers.

Dans une ville cosmopolite comme le Lyon d'autrefois, l'origine étrangère était vite oubliée, du moment qu'aucun signe ne maintenait à perpétuité la différence de race. Aussi voit-on ces émigraiits Italiens prendre rapidenjent droit de cité et parvenir aux fonctions municipales.

Les premiers étaient venus se fixer à Lyou au douzième siècle ; un Médicis y tenait banque en 1353; le courant ne s'est jamais interrompu, et c'est à la présence de cet élément sans cesse renouvelé qu'il faut peut être attribuer la physionomie de noire cité qui, suivant Michelet, est la plus italienne de toutes les villes de France.

Rue Saônerie, aujourd'hui disparue et absorbée par le quai de Bondy, demeurait Etienne Turchetti ou Turquet, « premier inventeur » du tissage de la soie, ainsi que le qualifient d'anciens actes — indûment, car Turquet n'établit sa fabrique qu'en 1536, et Lyon possédait des « tissotiers » de soie depuis près d'un siècle.

Déjà Louis XI, qui soignait les bourgeois ' onnais comme on si ligne un client de rapport cherchait à leur faciliter leurs affaires, afin de ieux assurer les siennes, avait voulu établir le fabrique de soierie à Lyon (1466). Mais, tte foi», l'affaire ne s'annonçait bonne que pour

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le roi : il s'assurait le monopole et le profit de l'établissement et laissait les charges à la ville. Aussi le Consulat se fit tellement tirer lis deniers nécessaires à Tentreprise que la fabrique fut transférée à Tours.

Des tisseurs continuèrent à travailler pour leur compte, puisque Gilbert, fils de Cristoile, originaire de Crémone, conteste à Turqiiet son titre de promoteur, en prouvant que Tatelier de son père existe depuis 151 7.

Ce Turquet, d'ailleurs, n'était rien moins q:ie tisseur de profession. Venu d'outre-monts, en quête de la fortune — comme viennent enct^re beaucoup de ses compatriotes — il i^/appartenait point au patriciat des grandes Repnbl icônes italiennes, comme les Alamani, les Capponi, les Bonvisi, les Gondi, les Pazzi, les (iadagni. 11 tenait boutique de mercier, c'est-à-dire qu'il vendait des étoiles, des objets de parure, des produits étrangers, et, du même coup, était harenger et marchand de salaison.

C'est sans doute j^ar ce dernier métier c^u'il avait débuté. Quoiqu'il en soit, Tmquet était, en 1528, inscrit comme notable. Peu après, à la suite de la famine de 1531, il prenait }-)art à la fondation de TAumône générale, mais sans négliger le soin de ses petites affaires : car il fit ]\a-ser, par eau, à Lyon, des con\ois ik' blés (pie

le Consulat voulut en vain arrêter, les blés de Turquet étant destinés aux galères du roi.

S'étant assuré le concours de Barthélémy Nariz, un de ses compatriotes, il proposa à la ville d'établir des ateliers pour la teinture, le dévidage et le tissage de la soie (1536). Un prêt d'argent fut consenti par le Consulat, des privilèges furent accordés par François I", alors à Lyon, qui déclara les ouvriers en soie francs de tout impôt et de tout service dans la milice. Les tisseurs de Gênes et de Lucques affluèrent aussitôt, et, en moins de vingt années, leur nombre atteignait douze mille.

Par ce que j'en dis, je ne prétends point diminuer le service rendu par Turquet à sa ville d'adoption. Bien qu'il n'ait pas risqué dans l'affaire un sou de sa poche et que tout le mérite de l'organisation technique paraisse revenir à Nariz seul, Turquet n'en réussit pas moins à doter définitivement Lyon d'une industrie à laquelle notre cité doit sa prospérité^ sa richesse et sa gloire. Les Turquets — subalpins ou autres — ne nous ont pas manqué depuis trois siècles ; mais, s'ils ont fait leurs affaires personnelles, nous n'en avons guère tiré profit.

Pour les Suisses aussi, Lyon a toujours été un de leurs séjours favoris. Les ruelles de l'Arbalète et des Treize- Cantons ont emprunté leurs noms à des auberges où logeaient les compatriotes de Giiillaiime Tell, pendant les grandes foires.

jisou'a vaisk s-;

Ces foires s'ouvraient aux Rois, à Pâques, le 4 août et le 3 novembre. Iinpos.>il)Ie d'en parler sans que nous donnions au moins u!i soiacnir au tribunal de la Conservation, ainsi nommé parce qu'il avait pour objet premier de conserver et garder les privilèges des foires. De ce mandat ilécoula nécessairement la connai-sancc des faits de négoce, en ttmps de foires et hors f )ircs, avec ce caractère particulier que la Coni^ervalion en connaissait au civil comme au criminel, qu'on ne pouvait lui opposer aucun j)rivilège de clergie ou de noblesse et que ses arrêts étaient exécutoires en tous lieux, jours et heures, et nfjn(;bstant appel.

Cette institution est une des plus originales du ,

Lyon de jadis; elle présente un véritable {)héno- 1

mène dans l'ordre légal et judiciaire, et telle était l'autorité morale de cette juridiction qu'en dé[)it de l'opposition inces>ante des parlements et des justiciables, nobles ou gens d'église, ses déciMons recevaient partout leur exécution. A l'étranger même on s'y soumettait et il v a des exemples de jugements exécutés jus(jue dan.- les j)a\s barbare ?qu es.

Nos pères, \'ous le sa\'e/, tei:aieiil à a\('ii- dans leurs mains tous les services administralil > «-u financiers, touchant de j»iès ou de loin a la cité.

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Aussi affermaient-ils les douanes royales et les percevaient ensuite au profit de la caisse municipale.

En raison des foires et de Timportance exceptionnelle du trafic lyonnais, la douane de Lyon représentait de grosses recettes; elle était d'ailleurs Tentrepôt obligé de toutes les étoffes d'or et de soie, en provenance d'Orient, d'Italie ou d'Espagne.

Ua^pect de la place actuelle de l'Ancienne- Douane ne rappelle en rien ce colossal mouvement d'affaires. Seules quelques voitures publiques, desservant les villages de la montagne, déversent une fois ou deux par jour leur modeste contingent de voyageurs ou de colis, sur cette place appelée à disparaître dans les projets de réfection générale de l'ancienne ville.

A ce quartier est encore attaché le souvenir d'une des grandes institutions lyonnaises : nous voulons parler de l'Hôtel-Dieu. C'est là, en effet, queChildebertet Ultrogothe fondèrent, en 548, le premier hôpital connu en France. Il s'y maintint sous le vocable de Notre-Dame de là Saônerie, jusqu'à la fin du douzième siècle, époque où il fut transféré vers le pont du Rhône.

En attendant le jour encore éloigné où le pic des démolisseurs achèvera l'œuvre commencée

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sur quelques points, nous pouvons aisément nous faire une idée du Lyon ancien, par les seules rues Juiverie et Lainerie — cette dernière, autrefois, rue de TAsnerie.

L'aristocratie financière du moyen âge et de la Renaissance avait, en edet, doté ce quartier de belles habitations, aujourd'hui méconnaissables, tantà cause des remaniements qu'elles ont subies, qu'en raison des usages auxquelles elles sont affectées. Pour n'en donner qu'un exemple, les maisons portant les numéros 8 et 10, rue Juiverie, sont, en partie, l'œuvre de Philibert Delorme.

A parcourir ces vieux quartiers et à visiter ces demeures jadis habitées par des citoyens ai^és, ou est surpris de l'étroitesse des rues et de l'exiguïté du plus grand nombre des logements. Il semble que nos anciens fissent à plaisir leurs rues tortes, étroites et sombres.

Le tracé de ces rues, ne l'oublions pas, était celui de chemins existants de toute antiquité. Des cabanes et des entrepôts s'étaient établis le le long de ces chemins ; plus tard les maisons ont remplacé les cabanes, et il existe encore bon nombre d'immeubles, sur les anciens quais et dans certaines rues, dont les façades n'ont qu'une ou deux fenêtres de largeur. Ces maisons occupent certainement des fonds bâtis depuis des siècles et dont les limites n'ont jamais varié.

Sur un terrain à Tétat de nature, le tracé d'un sentier d'abord^ puis d'un chemin, est toujours capricieux. Au surplus, je ne suis point fanatique de la ligne droite, si ce n*est pour quelques grandes voies, et je me demande s'il ne se fera pas, un jour, une réaction pour les rues comme il s'en est faite une pour les allées de jardin. Après les avoir tracées au cordeau, on s'évertue maintenant à leur donner les formes les moins rectilignes et les plus imprévues.

Si les vieilles rues nous semblent étroites, ne perdons pas de vue que la largeur d'une voie est chose relative. Aux époques où les voitures étaient à peu près inconnues et où tous les charrois se faisaient à dos d'ànes, de larges chaussées eussent été un luxe inutile. Ouant à la lumière, elle pénétra suffisamment tant que les maisons furent à un ou deux étages.

Car, pendant fort longtemps, les habitations comportèrent au plus une boutique au rez-dechaussée, un logement au premier étage et un galetas au second. Quand l'introduction du tissage des soies accrut subitement la populj^tion, le nombre des étages fut porté à trois et à quatre ; c'est notre siècle seulement qui créa les cinquièmes, sixièmes et au-dessus, puisqu'il existe des septièmes et huitièmes.

Aussi les propriétaires lyonnais, rougissant de 1a hauteur exagérée de leurs maisons, ont-ils

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imaginé d'en supprimer un — en théorie — en inventant l'cniresol. Ce qu'on appelle un troisième à Lyon est, en bon français, un quatrième — parfois mC'me, un cinquième, car il tst des maisons à deux entresols !

Pour ce qui est de l'exiguïté des logements, il faut tenir compte des mœurs simples et parcimonieuses de nos itères. La même pièce servait souvent de cuisine et de salle à manger. Une « souillarde » était réservée au dépôt des choses et aux manipulations susceptibles de choquer la vue ou l'odorat, et les domestiques du temps — véritables membres de la famille — ne pouvaient, par leur présence, être une gcne pour leurs maîtres. Une chambre pour les parents, une autre pour les enfants, c'était le comble d'un luxe dont la sagesse de nos aïeux savait s'accomoJer.

Et puis, il est peut-être encore une cause au peu de développement que les princes du négoce ont donné à leurs demeures : tous possédaient de belles villas ou des châteaux aux environs, et certains indices prêtent à croire qu'ils habitaient ou que leurs familles au moins habitaient ces maisons des champs pendant la ])lus grande j^artie de l'année. C'est là qu'ils recevaient et donnaient des fêtes, comme le fuit l'aristocratie anglaise, et l'habitation de la ville n'était qu'un pied-à-terre p(^u\' l'hiv. r.

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Un faiCcertain, c'est que l.i plupart des quittances de fermage d'une certaiue époque, sont signées par les femmes des propriétaires et non par les négociants eux-mêmes. Ce qui autorise A. penser que les dames étaient en résidence, à peu près permanente, à la campagne, et qu'elles ne venaient en ville que durant la mauvaise saison ou à l'occasion de quelque chevauchée, tournoi ou fêle populaire.

Il est, dans nos anciennes maisons, un détail d'architecture que vous n'avez pu manquer de remarquer : ce sont les tourelles. Presque toujours, une tourelle — ronde, carrée ou octogone — laquelle n'est ordinairement qu'un prolongement de la cage d'escalier, domine l'ensemble de la construction. De Fourvière, on les compte par centaine.

J'ai interrogé là-dessus les architectes : ils m'ont répondu que c'est un motif décoratif; les archéologues: ils m'ont dit que c'est une particularité toute lyonnaise. Peu satisfait, j'ai cher, ché une autre explication. La voici, je vous la Hnnne pour ce qu'elle vaut.

rs de la réunion — il serait plus juste de ' f union » — lors de la réunion de Lyon à la

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couronne, Philippe le Bel reconnut aux habitants toutes les franclii'-.es et tous les pri\'ilè^cs accordés aux nobles du royaume. Au nouibi<.' de ces privilèges fi((urait celui de j)osséder des colombiers. Ne serait-ce pas, non précisément pour héberger des pigeons — bien que le fait ait dû se produire souvent — mais aussi ]H)ur afïniner leur qualité de bourgeois ayant des droits é^aux à ceux de la noblesse, que les anciens Lyonnais avaient décoré leurs maisons de cet appendice nobiliaire ? Plus tard, la tradition s'eiî e.-t gardée, bien que le motif ait été perdu d^ vue.

Ces tourelles sont toutes habitées ; elles ont même une clientèle spéciale. Je connais de bra\cs gens qui ne peuvent admettre un autre logis, et qui, au fur et à mesure des démolitions, se mettent en quête d'une autre tourelle, anxieux comme vous le seriez, si vous étiez menacé de changer de planète.

Dans l'ancien hôtel Bullioud, au numéro (S tle la rue Juiverie, où Ton admire la belle galerie de Philibert Delorme, il y eut longtemps un théâtre d'amateurs. Plusieurs bons artistes y ont fait leurs premiers débuts, entre autres Frédéric Achard.

Le Conservatoire de musique est maintenaat installé dans une ancienne et belle maison de la rue Lainerie. De tout temps, Lyon a fourni un contingent assez remarquable d'artistes lyriques. On peju néanmoins dire que, si les Lyonnais sont très chanteurs, ils sont aussi peu musiciens que possible. Pris à l'état de nature, ils chantent faux avec un ensemble parfait. A celui qui en douterait, je dirais : a Entrez dans une église. »

Partout ailleurs, un groupe de chantres ayant de la voix et un peu de méthode, interprète correctement les différentes parties de l'office. A Lyon, c'est un déchaînement de sons vocaux qui se chevauchent, s'enchevêtrent, s'escaladent, sans aucune règle; chaque côté du chœur donne l'assaut à l'autre, les fidèles brodent sur le tout, et personne ne paraît souffrir de cette cacophonie. Messieurs nos curés devraient bien fonder un Conservatoire de plain-chant.

En passant devant Saint-Paul, saluons la statue de Gerson, mort à Lyon et inhumé dans l'église Saint-Laurent qui s'élevait tout à côté.

Si peu versé que vous soyez dans la vie ascétique et contemplative, je ne vous ferai pas l'injure de vous demander si vous connaissez, au moins de nom, V Imitation de Jésus- Christ, Le croyant et le penseur trouvent, dans ce livre, la plus haute expression de l'idée religieuse appliquée à la vie intérieure ; le sceptique ne peut se

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refuser à y reconnaître une des œuvres les plus étonnantes qu'ait enfantées l'esprit humain.

L'auteur de ce remarquable travail nes'c^-t point nommé, mais plusieurs indices permettent d'en attribuer la paternité à Jean Gersou.

Saint-Paul avait été d'abord bAti, au sixième siècle, sur l'emplacement d'un ancien temple. Ruinée par les Sarrasins, l'église fut re-taurée par Leydrade, et peut-être certaines parties remontent-elles à l'époque carlovingicnne. La coupole qui surmonte le chœur, est du treizième siècle ; elle donne au vieux sanctuaire une phvsionomiequi n'est point banale.

Nous voici à Tentrée de Bonrgnenf. Ce nom rappelle l'ancienne bande de ce nom, qui tenait une si grande place dans les réjouissances du carnaval. La bande de Bourgneuf était commandée par Exbrayat, que nous avons connu, il \- a quelque vingt ans, en habit noir et chamarré de décorations, remplissant les fonctions déjuge de camp aux luttes épiques de Rossignol-Rollin.

Mais, au temps de sa verte jeunesse, c'était costumé en Hercule, avec la peau de lion et hi massue traditionnelle, qu'Exbrayat apparaissait aux regards des mortels. Sa troupe était com-

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posée de nègres enchaînés, de turcs et de chevaliers. Le dimanche des Brandons, on se joignait aux < Souffleurs », aux « Gagne-petit », aux bandes de Saint-Just, de la Croix-Roussc et autres lieux, et, tambours battants, tous allaient dînera Saint-Fons»

C'est le retour qu'il fallait voir — ou plutôt ne pas voir ! Aux rouges lueurs des torches fumeuses, Timmense cortège, qui à pied, qui à cheval, défilait dans les postures les plus négligées, échangeant avec le public les propos les moins traduisibles. Mais rendons cette justice au bon sens de nos devanciers, qu'ils n'avaient pas même Tidée de mêler le moindre grain de politique à leurs ébats. Us pensaient que la place de la politique est au forum, et ils pensaient juste.

Ces fêtes ont pris fin en 1848. Au bon vieux temps, on mêlait volontiers au cortège les maris battus par leurs femmes. Cette promenade avait nom « Chevauchée des martyrs » et elle se pratiquait avec une mise en scène et une solennité que nous ne connaissons que parles chroniqueurs d'antan.

On y voyait, équipés de la façon la plus fantaisiste, le gentilhomme de la rue Dubois, le capitaine du Plâtre, le duc de la côte Saint-Sébastien, !e comte du Puits-Pelu, le chevalier de Saint-Romain, l'abbé de Saint-Georges, celui du Temple, la princesse de la Lanterne, le grand

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Bâcha de la rue Mercière^ le vicomte du Puitsdu-Sel, le baron de la rue Neuve, le juge du Bourg-Chanin, etc., chacun suivi des martyrs de son quartier, c'est-à-dire des hommes qui s'étaient laissé battre par leurs femmes. « Ce qu'estoit chose bonne et excellente à voir. »

Nos organisateurs de cavalcades de bienfaisance ne pourraient-ils pas ressusciter ces traditions, nous rendre ces personnifications de nos vieux quartiers — en supprimant, comme il va de soi, les maris battus ?

Du reste, cet élément est devenu rare, et il serait difficile de composer une procession de maris battus. Cependant, il m'a été donné, dans mon enfance, de contempler une fois ce spectacle. Le héros — peut-on lui donner ce nom ? — le héros de la fête était représenté par un voisin obligeant, grimé aussi bien que faire se pouvait. Le cortège était modeste et n'avait rien de l'apparat énoncé ci-dessus.

Mais ce n'en était pas moins a chose bonne et excellente à voir », et, de ma vie, je n'oublierai ce grand flandrin, coiffé d'un placide bonnet de coton, monté sur un âne qu'il chevauchait à rebours, et tenant entre ses mains la queue de sa monture qui, vous le pensez bien, ne subissait pas cette prise de possession sans y opposer d'énergiques revendications.

Un spectacle, autre que ceux du carnaval et de la promenade sur l'âne, s'offrait autrefois aux habitants de Bourgneuf : c'était le spectacle des entrées royales et princières/

Entre toutes, la réception faite, le 23 septembre 1548, à Henri II et à Catherine de Médicis, est restée dans nos annales comme une des plus remarquables.

En tête marchaient les trois cent trente-huit arquebusiers de la ville, vêtus de satin blanc rayé d'or, le prévôt des marchands et ses archers à cheval. Que sont^ auprès de ces brillants arquebusiers, nos pauvres urbains, sanglés dans leurs tuniques des dimanches !

Venaient ensuite les soixante corps de métiers, avec leurs bannières, précédés de fifres et tambours, en pourpoints de velours ou de satin, les orfèvres au nombre de deux cent vingt-six, les imprimeurs, de quatre cent treize, les teinturiers, de quatre cent quarante-six.

Puis les cinq nations, Lucquois, Florentins, Génois, Milanais et Allemands, à cheval, en robes de velours et de drap d'or, avec leurs pages habillés « à la romaine » ou costumés en velours noir et blanc. Enfin, l'archevêque et le clergé, le

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