‹ A travers LyonChapitre 13 sur 33 · JUSQU^A VAISE 9S · texte numérisé non relu

JUSQU^A VAISE 9S

Parlement des Dombes, les notables de la ville et le corps consulaire, escorté de ses laquais en livrée de satin cramoisi, et des mandeurs portant les armes de la ville sur la manche.

Tout le long du chemin, ce- n'était que tentures, feuillées et estrades, avec décors et personnages allégoriques. La mythologie, dans ces solennités, tenait toujours un grand rôle, et les plus belles « pucelles » lyonnaises s'y montraient sous de splendides atours, revêtues, ou plutôt, suivant le mot des anciennes chroniques, « dévêtues à l'antique. »

A l'entrée de Henri II, entre autres représentations, il y eut une Diane chasseresse entourée de ses nymphes. Etait-ce une courtisanerie ?

était-ce une épigramme ? Nos vieux Lyonnais étaient des pince-sans-rire avec qui un Valois même n'était pas toujours sûr d'avoir le dessus.

La dernière de ces entrées brillantes fut celle des petits-fils de Louis XIV, en 1701. Dans le programme des réjouissances figure une illumination des hauteurs de Fourvière et des Chartreux ; c'est la première de ce genre dont il soit fait mention.

Sans remonter aussi haut, nous avons eu l'entrée du duc de Nemours et du prince-président ; mais les bateaux à vapeur avaient remplacé les caresses, et c'est en pleine ville que ces visiteurs ont débarqué.

Beaucoup de nous les ont connues, ces Hirondelles faisant le service entre Lyon et Châlon, et nul n'a oublié le fameux cri, aux approches d'un ponton de la route : c Les voyageurs qui débarquent, passez sur Varnier du bateau. »

Un mode de transport, plus ancien, et qui n'est plus qu'à l'état de souvenir, c'étaient les bêches de Serin. De robustes batelières vous conduisaient à la rame, et a ces néréides, dit un écrivain de 1810^ se distinguaient par l'élégance de leur mise, leur prévenance recherchée et les agréments de leur figure. » Voilà qui valait bien nos bateaux-mouches !

Il faut pourtant savoir gré à l'administration des mouches d'avoir donné, sur ses pontons d'abordage, les invalides aux derniers vétérans de l'antique batellerie lyonnaise, aux descendants de ces mariniers qui, des nautes gaulois aux modères contemporains, ont tenu deux mille ans l'empire des eaux.

Souverains caducs et déchus, vous pouvez les voir attacher encore d'une main ferme les amarres, conservant obstinément les boucles d'oreilles de leur lointaine enfance et regardant, rêveurs, s'éloigner ces bateaux mus par un organe invisible.

Leurs sympathies, on le sent, sont toutes pour les canots à rame qui remontent le courant ou filent à la descente. Ils ont un sourire pater-

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nel pour les rameurs novices, s'essayant sur un bateau à l'heure — un de ces bateaux qu'on loue encore chez le père Cornet, à Saint-Paul.

Brave père Cornet^ il n'était déjà plasjeunc, il y aura tantôt quarante ans. Je crois encore l'entendre s'exclamer à la vue d'un de ses « barquots » qu'il ne trouvait pas repeint à sa guise : << Quel est donc le Raphaël qui m'a />///.v// cette embarcation ? »

Nous voici, cependant, vers l'Homme de la Roche. Placée sous une grotte et encadrée de vigne-vierge, une statue est élevée à Jean Kléberg. Originaire de Nuremberg, « le bon Allemand » obtint le droit de cité lyonnaise et fut un des premiers administrateurs de l'Aumône générale.

La tradition veut qu'il dotât les filles pauvres et sages de son quartier. Possible qu'il le fit de son vivant — si toutefois il habita jamais le Bourgneuf — mais il n'a laissé aucune fondation à cet effet. A nos yeux, sa mémoire n'en vaut pas moins ; car ils n*ont pas toujours été impeccables, ceux qui ont institué des prix pour les rosières, et trop souvent cette libéralité ])osthume n'a eu d'autre objet que d'expier deslibé-

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ralitéi moins avouables et pratiquées en sens contraire, au cours d'une existence facile.

La statue que nous voyons a été érigée en 1849. Auparavant, il en existait une autre, placée sur le rocher, habillée en héros romain tel qu'on les concevait alors, et curieusement coloriée. Cette elfigîe qui en avait remplacé plusieurs autres, représentait -elle Jean Klébcrg? La chose

a été fort contestée, et il ne serait pas impossible que, remontant les siècles, on trouvât, à l'origine, une image d'Hercule iaxifragiis ou de Mars, élevée à l'occasion de la tranchée ouverte par les légionnaires d'Agrippa, tout le long du rivage occidental de la Saône.

C'est, du reste, sur la rive opposée, à l'endroit o[i aboutît le passage Gonin, que furent trouvés en 1847, les fragments d'une gigantesque statue

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de bronze, de treize à quatorze mètres de lidul. si l'on en juge par ee qui nous reste. Peut-être 1 i modeste statue de la rive gauche perpcinait-cllc quelque souvenir se rattachant au colosse renversé.

Le quartier que supporte le rocher s'appelait autrefois « Thunes ». Jl s'y trouvait un cabaret où nos pères — ou plutôt nos oncles, allaient godailler et faire carrousse. Comme le château de Ripaille, ce cabaret avait donné naissance au mot : « faire Thunes ». Dans mon enfance, j'ui quelquefois entendu cette expression, njais mi peu de'figurée p^ar des gens qui en a\-aient perdu la version exacte et qui se promettaient de x ^c faire de thunes », lorsqu'ils allaient en partie joyeuse.

Un peu plus loin, se dressait le château de Pierre-Scize, cette citadelle de Tancienne puissauce temporelle des archevêques, dont Louis XI réussit à s'emparer et qui devint })ris()n d'iùat- De tous les captifs enfermés à Pierre-Scize, Cinf}- Mars et de Thon sont restés les ])lus célèbres dans la mémoire populaire.

Après la perte de leur château fort, les archevêques n'en demeurèrent pas moins seigneurs justiciers de Bourgneufet Pierre-Scize. Comme tels, jusqu'en 1789, ils nommaient un juge et un procureur fiscal.

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Peut-êtffe x^ous ètes-v6as demanclé quel était rorîgîhe de ce pl-ocuffciir fiscal qui, dans le répertoîfe de Guighof, tient un rôle si actif et dont les vertueux agisâèfîients ne sont pas toujours récompensés ? C'est, vous le voyez, un personriâge parfaitement historique et authentique. Chargé de dresser les contraventions et d'enfcâîsser les âmetides, il rife pouvait manquer d*étre pour Guignol ce cjtie le commissaire est ailleurs pour Polichinelle.

La démolition de la bastille lyonnaise futcommencée le 19 octobre 1793. Petit à petit le rocher qui la portait a été entamé^ et une redoute d'assez pauvre mine rapt)elle seule Remplacement de la forteresse séculaire d' Agrippa, des rois burgondes et des archevêques. Vers 1848, on voyait encore ia paroi d'une des anciennes citernes soutefraines, demeurée suspendue au faîte du rocher : là voiit publique ne manquait fias d*en faire une oubliette.

Cette disparition complète d'un édifice qui tint une si grande place dans l'histoire de la cité et que nos grands pères ont vu debout, suffit à expliquer que d'autres monuments aient pu disparaître sans laisser de traces, et que les écrivains du moyen âge en âîeht été déjà réduits aux conjectures sur les lieux 6ù s'élevaient les arènes oii l'autel d'Auguste.

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En continuant notre course, nous arrivons en face de l'Observance, dont la chapelle tombée en ruines après la Révolution, puis démolie il y a quarante ans, eût mérité d'être sauvée })ar une restauration intelligente.

L'ancien couvent des Cordeliers, iondé par Charles VIII et Anne de Bretagne est maintenant afTecté à l'Ecole vétérinaire, la première, de ce genre, et créée par Claude Bourgelat. en 1761.

Il existait une Académie royale d'équitation, installée dans le quartier d'Ainay, à IVndroit où a été percée la rue qui porte le nom de Bourgelat: celui-ci en était directeur. Lorsqu'il ouvrit son école, située d'abord à la Guillotière^ le peuple n'y vit qu'un déplacement de l'/Vcadémie d'éqditation et lui en conserva le nom.

Aussi, raconte-t-on qu'un inspecteur de l'Université, il y a peu d'années, prend un fiacre, à son arrivée à Lyon, et dit au cocher de le conduire chez le recteur de l'Académie. L'automédon dont l'oreille a été frappée par le dernier mot seulement et qui flaire dans son client un membre de la confrérie hippique, le conduit tout droit à l'Ecole vétérinaire. Le plus stupéfiit des deux ne fut pas le fonctionnaire, mais bien le cocher. Ce btave homme ne pouvait admettre la co-existence

d*une autre académie, et son voyageur déchut immédiatement de la haute estime qu'il s'était sentie pour lui.

A l'entrée du faubourg de Vaise, on démolit en 1707 un monument antique, le dernier que Lyon ait gardé debout; il était connu sous le nom de tombeau des Deux- Amants, a Sur un vaste socle, dit un contemporain témoin de cet acte barbare, s'élevaient quatre pilastres qui supportaient un entablement, couronné des deux côtés par un fronton. L'entrepilastre d'une des faces était muré; les trois autres faces étaient ouvertes. »

Vous reconnaissez facilement, à cette description, un monument pareil à ceux de Trion, reconstruits place de Choulans, mais avec cette différence qu'il avait conservé le second étage et l'entablement que ceux-ci n'ont plus.

Ce tombeau avait reçu ce nom des Deux- Amants, par suite d'une fausse interprétation de l'inscription suivante : c Amandus frater sorori carissimœ sibique amantissimœ, » Il n'en demeura pas moins, plusieurs siècles durant, une espèce d'autel où amoureux et amis venaient se jurer un attachement éternel.

Sur la partie du quai qui formait la place des Deux-Amants, on peut voir, incrustés dans la façade d'une maison, des fragments de sculpture représentant des signes du Zodiaque; ils pro-

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viennent de rile-Bai"]:)e. CocIkuiI, cics rannée 1S17, exprimait, le regret que ceb débris ne fussent pas dûpost's au M user, i-ci^ict qui serait applicable à bien d'autres souvenirs de l'art lyonnais.

C'est à Vaise que se rej')i|;nent les tkux routes de Paris. I) faut parcourir le \itux cbeniin du Bourbonnais et la montée de Balmnnt j)our se faire une idée de la viabilité jusqn'au temps de Louis XVI. Une pyramide décorait autrefois la place circulaire où les deux routes aboutissent.

Ce quartier, ancien faubourg de Lyon, s'est formé, à une époque reculée, autour d'une église bâtie par l'évèque Arige, en 603. Le monument actuel est l'œuvre de M. Desjardins.

Abordé par V^aisc, Lyon s'offre au promeneur 'ous ses aspects les plus pittoresques, et la courbe ontinue que décrit le quai fait, à cbaqne pas, varier le tableau. Sur les deux pentes presque à pic, entre lesquelles coule la Saône, s'ét agent, dans la verdure, des constructions pour la plupart anciennes et dont })lusienrs ont bien cette physionomie italienne qui frappe Tobseï vateiir.

A gauche, la caserne de Serin, ancien grenier d'abondance, le fort Saint-Jean, la promenade des Chartreux et le dôme que Souffîot plaça comme une tiare au front de la colline. A droite l'Ecole vétérinaire et ses bosquets escarpés, sa petite église d'un style néo-grec qui ne console

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pj^^ l'artiste de rancienoe chapelle détruitCf U fott de Loyasse, avec ses quelques arbresqui, vus de certains endroits, donnent l'illusion d'un bouquet de palmiers, le rideau vert de Moalauban, et, tout au bout, l'ancien couvent des Carmei dont le campanile, la toiture aux lignes rompues pt 1^ terrasse sont d'un ellet décoratif des plus heureiix.

AUTOUK DE j;HOTEL-DK-Vir.LE

Nous allons repasser le pont parcouru lors de notre première promenade et mettre le pied sur cette partie de la rive gauche de la Saône, longtemps appelée a bourg de Lyon » par opposition a « la cité de Lyon. »

C'est là que prit naissance, au commencement du treizième siècle, la » commune et université lyonnaise. » Rechercher comment la tradition des antiques municipes s'était perpétuée à travers les âges, quels vestiges des institutions romaines se retrouvaient dans les corporations lyonnaises, est une tâche bien faite pour tenter

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la plume d'un historien. En l'état, les documents connus laissent subsister plusieurs lacunes, parfois d'un siècle entier, et la reconstitution d'une histoire intégrale exigerait plus qu'une vie d'homme. Renouvelant l'œuvre des Bénédictins, il faudrait qu'une société ou académie se créât uniquement dans ce but et poursuivît, jusqu'à parfait achèvement, cette glorieuse entreprise.

Pour nous, simples promeneurs, qui marchons un peu au hasard, à travers les plates-bandes de l'histoire, nous ne pouvons que nous remémorer d'une façon sommaire les origines d'une organisation municipale successivement entamée par la royauté et supprimée par la Révolution, après une durée de six cents ans.

Constatons d'abord que la question financière se retrouve à l'origine de tous les débats que nos pères ont eus avec le pouvoir régnant. Très coulants sur les rapports politiques, les Lyonnais prennent feu aussitôt qu'on touche à leurs droits civils ou qu'on soulève la question d'impôts.

De par son origine même, Lyon se trouvait, sous l'administration romaine, exempt de la capitation. Cette taxe fut maintenue par les barbares, puis par la féodalité, sous le nom de taille. Les Lyonnais ne s'y étaient jamais soumis que temporairement et sous le coup de la force, et, au moment de la réunion de leur ville à la couronne de France, ils feront de cette exemption une des conditions premières du traité.

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Même pour les impôts indirects, nos aïeux n'acceptaient pas de les payer entre les mains des agents de prince. La cité s'en raclietait, moyennant une somme fixe et débattue, et c'était la communauté qui percevait ensuite les contributions des citoyens.

Ce régime fiscal, qui s'est perpétué jusqu'à la Révolution, s'il ne remonte pas au temps de Tempire romain, est au moins fort ancien, puisque nous voyons, vers la fin du douzième sièck-, une émeute éclater à propos du rachat d'un impôt sur le vin, établi par l'archevêque.

Vous savez le reste : l'émeute prit bientôt ks proportions d'une vraie révolution ; les corps de métiers se réunirent sous leurs bannières ou pennons et formèrent autant de compagnies armées ou pennonages, dont cinquante bourgci.is élus prirent la direction.

Qu'est-ce donc que ces corporations si puissamment organisées.^ Ce ne sont plus de simples communautés industrielles ou marchandes. Il y a, pour sûr, dans leur constitution, un élément politique ; il faut, d'ailleurs, admettre qu'un lien antérieur les rattachait entre elles et que la perception des contributions rachetées se faisait par les soins d'une administration centrale.

Pour qu'une révolution réussisse à asseoir un ordre de choses durable, il importe non-seulement qu'elle ait la force, mais aussi que ses re-

vendications soient justes et sa direction éclairée. Les bourgeois lyonnais avaient tout cela pour eux. Les plus notables familles — c'est-àdire celles où se rencontre la double autorité de l'intelligence et de la fortune — se trouvaient représentées dans la Cinquantaine.

L'archevêque et le Chapitre se sentant impuissants à maîtriser ce mouvement, la commune se constitua, et, en 1208, un traité fut conclu entre les deux puissances : l'Eglise conserva les terres du côté de France et les bourgeois furent reconnus maîtres du côté de Saint-Nizier.

Depuis deux cents ans déjà, Lyon était ville impériale. A la vérité, la suzeraineté des empereurs était toute nominale, et l'on peut s'étonner que Lyon, secouant le joug de l'empire et se gardant de l'autorité /royale, n'ait pas cherché à devenir ville libre et à former une sorte de République municipale.

Mais, en dehors des sympathies que les Lyonnais devaient ressentir pour la France et des circonstances qui les poussèrent à se donner à elle, il faut compter, en ceci encore, avec cette indifférence traditionnelle des Lyonnais pour les choses de pure politique.

Saint Louis, se rendant à la Croisade (127 1) et

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de passage à Lyon, avait eu roccasion de servir de médiateur entre les deux parties restées dans un état permanent d'hostilité. Les rois de France, on le comprend bien, une fois mêlés aux affaires de la ville, n'auront garde de lâcher prise. Leur intervention deviendra de plus en plus marquée, et leur rôle de médiateur perdra bientôt son caractère tout platonique.

De nouveaux conflits éclatent entre Téglise et la commune. Celle-ci en appelle au pape et au roi, garants du traité de 1271. Philippe-le-Bel prend immédiatement la ville sous sa protection et lui nomme un gardiateur, Pons de Montlaur.

En ce temps, comme à présent, les protectorats se traduisaient à bref délai par une prise de possession définitive. Le 10 avril 1312) l'archevêque renonce à ses droits de souveraineté, tout en conservant le droit de battre monnaie et de lever des troupes pour sa défense personnelle, et les habitants de Lyon se donnent librement à la France.

Ce retour de Lyon à la couronne, sanctionné par un traité passé avec Philippe V en 1320 et consacré solennellement en 1336, eut lieu dans des conditions qu'on ne rencontre guère dans nos annales nationales. Ce fut moins un acte de réunion qu'une sorte d'acte d'union ou de fédération conclu inter pares. Par devant deux notaires, comparaissent le représentant du roi, les

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conseillers de la ville et le procureur de l'archevêque, à l'effet d'enregistrer les lettres patentes et chartes relatives aux privilèges et 'immunités de la ville de Lyon.

Par devant notaires, comme nous reconnaissons bien nos lyonnais! Il est bon, savez-vous, de mettre ses affaires en règle, et, surtout lorsqu'on traite avec forte partie, on ne prend jamais trop de précautions. Au surplus, nos pères requéraient volontiers le concours des tabellions, et pendant longtemps, c'était aux minutes de l'un d'eux que le Consulat confiait les procès verbaux de ses délibérations.

Les bourgeois de Lyon étaient déclarés francs de toute taille ou impôt personnel ; ils pouvaient, comme les nobles du royaume, construire à leur usage des colombiers, des fours, des moulins et des pressoirs : ils avaient le droit de se réunir en assemblée, d'élire des conseillers et d'entretenir une milice pour, la garde des portes de la ville.

Et tout cela reconnu par acte notarié. Certes jamais les aspirations d'un Lyonnais n'ont été au delà, et celui qui étudie l'histoire de la cité ne trouve pas une seule revendication qui ait une portée plus étendue ! Mais cette association de la commune avec le pouvoir royal devait avoir le sort de celle que la chèvre avait contractée avec le lion.

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La chapelle Saint-Jaqueme avail abrite les premières réunions de la Cinquantaine; c'est là que les douze consuls continuèrent à siéger dans les circonstances solennelles, après la constitution définitive de la commune, se réunissant pour délibérer des affaires ordinaires, dans l'arrièreboutique d'un de leurs collègues.

Nul n'ignore que les élections se faisaient chaque année, au commencement de décembre, à Saint-Jaqueme, et que les noms des élus étaient proclamés dans l'église Saint-Nizier, le jour de la fête de saint Thomas. L'égli>e était restée pour le peuple la maison commune, le lieu de réunion dans toute l'acception de l'étymologiequi signifie proprement « assemblée », et c'est la cloche de Saint-Nizier qui convoquait aux séances.

Non seulement cet usage, de s'assembler dans les temples, n'offusquait personne^ mais le peuple allait jusqu'à s'y procurer des divertissements d^un caractère assez profane ; plus d'une fois les ornements sacrés servirent à revêtir Dieu le Père et ses anges, lorsqu'on jouait les mystères.

En repoussant de chez elle l'élément laïque et en demandant que la maison de Dieu fût uniquenient une maison de prière, l'Eglise ne pensait pas sans doute qu'elle préparait de ses mains la séparation des deux sociétés, civile et spirituelle.

C'est, pourtant, ce qui devait arriver, et, ^i les choses sont allées plus loin qu'elle ne désirait, l'élan n'en est pas moins venu d'elle et non de l'Etat.

Ceci, toutefois, n'excuse point le singulier sens que l'on donne au mot de séparation. Nous vivons dans un temps où les mots ont changé de valeur, et si l'anarchie dans les termes dénote l'anarchie dans les idées, nous traversons un véritable chaos.

Ainsi, c libre-pensée » après avoir été longtemps une affirmation, devient une négation; nos libres-penseurs, on ne le sait que trop, sont, pour la plupart, de parfaits intolérants. « Conservateurs 9 désignait, en politique, le parti constitutionnel, les défenseurs de Tordre établi ; aujourd'hui les conservateurs sont des gens qui n'ont pas de rêve plus cher ni de visée plus avouée que de renverser le gouvernement. De même^ séparation de l'Église et de l'Etat s'entend d'une mise de l'Eglise hors de la loi et du droit commun.

La municipalité lyonnaise n'eut donc pas d'hôtel de ville avant l'année 1458, époque où elle s'établit dans la maison du Lion, dont le tènement reconstruit se trouve à l'ouest de la rue Centrale, dit M. de Valons, et qui ne doit pas' être confondue avec l'ancienne Grenette, encore debout.

Cette installation dura peu. En 1461, le Con-

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sulal occupa une maison sise à l'an^^lc des deux rues Longue. Puis, eu 1604, il alla .-e lixer à riiôtel de la Couronne « dont Its restes, dit Thistorien des hôlels de ville de Lyu, sl.l)M^t(,nl au numéro 13 de la rue de la Poulaillerie. et sont digues de fixer l'ai lent iou tie> curieux, non .^eulemeuL à titre de iJuioiguai^e uia'érirl, le seul subsistant, d'une deuie:;re inuniup.Je, mais comme spécimen de pl:;s en phi^ raie de l'arehitecture pri\-ée de la lin du quiu/iùnie ^i^cle. »

Ce])endant, la c()P.stitutiun nuinicipiiie s'était profv)ndémeut modifiée. Depuis 1447, les bourgeois, pour être éligibles, doi\-eul juriiiÎLr de douze années de résidence à Lyon et posséder un bien-fonds d'une valeur de lo.ooo livixs — cpielque chose comme 200. coo (rancs aujourd'hui. Ne nous hâtons |)as, toutefois, de condamner celte dernière proscri})tioii : car les consuls en exercise étaient re.-ponsables k de leurs tieuiers et de leurs personnes » pour tous les actes de leur administration. Voilà qui dérangerait toulv^s les idées de nos comités électoraux !

Au siècle sui\-ant (1405), Henri IV réduisit à cinq le nom])re des membres du corps consulaire : un prévôt et quatre échevins. De plus, Lyon dut subir une garnison royale.

Or, de[)uis (piatre cents ans, les habitants avaient la garde absolue de leurs portes. Si des troupes en marche traversaient la ville, c'était le

plus souvent par eaa et avec les formes observées en territoire neutre. Sur les deux rives de la Saône, la milice des pennonnagesen armes s'échelonnait sur les berges ou sur les ports de débarquement.

Des armées royales ou mercenaires n'avaient jamais occupé Lyon qu'en temps de puéril et avec l'agrément du Consulat, qui avait su se débarrasser de la citadelle construite par Charles IX. Sans respect pour nos privilèges, Henri IV met un corps de six cents suisses à Pierre-Scize.

D'autre part, les Lyonnais n'ont pas moins de peine à se défendre du fisc royal. Dès 144S, un édit de Charles VII ayant donné à la taille un caractère d'impôt permanent, les habitants de Lyon, possesseurs de biens rui;aux, ont à lutter contre ceux de la campagne qui veulent les obliger à payer leur part de la taille. La lutte, poursuivie de siècle en siècle, d'appel en appel, se perpétue jusqu'en 1781, où un dernier arrêté donne gain de cause aux bourgeois de Lyon.

Mais si la royauté maintient, en ce point, les franchises inscrites dans l'acte de 1320, c'est parce qu'il n'en coûte rien au trésor. Le chiffre de la taille étant fixé par paroisse, pour être ensuite réparti par habitant, le fisc n'en perçoit pas moins la somme intégrale ; ce sont les autres contribuables de la commune qui supportent la gracieuseté faite aux châtelains lyonnais.

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Ceux-ci, d'ailleurs, n'y perdent rien. S'ils ne payent ni impôt pcr^onncl, ni iinr<""*. f ncier. ils succombent 5:»U5 le puids des tonti ilM:::(.n iniiirectes. A chaque instant, sous le {'iWl- fallaci'.ux de a dons gratuits » le Consulat l^a\e des >()innKs énormes à la couronne. La sonnnc. Kiii^iciMuiit discutée avec la cour, est d'ordinaire ! a\ ûe au comptant, au moyen d'un emprunt. L;i ville >e récupère ensuite en mettant des dr ^its >ur l-.s denrées. On voit que les droits d'entrée sont un mode d'impôt essentiellement lyc^nnais et que pendant des siècles, nos pères ont demandé le meilleur de leur budget à l'octroi.

iMalgré le poids de ces charges financière ^ le Consulat, dès l'époque de son instalkition tlan^ l'hôtel de la rue de la Poulailleiie. se préoccupa de doter la ville d'un monument digne de sa richesse et de son renom, à l'exemple de ce qui s'était fait dans la plupart des grandes cités marchandes d'Europe. Salut donc au Capitole lyonnais !

La place des Terreaux sur laquelle s'éleva notre hôtel de ville, était un terrain vague^ dépendant de l'abbaye Saint-Pierre et traversé par une tranchée : canal de jonction entre le Rhône et la Saône, prétendent les uns; f)ssé de défense, assurent les autres ; peut-être l'un et l'autre à la fois, me permettrai-je d'ajouter.

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En 1562, les réformes avaient élevé un temple aux Terreaux. Ils étaient alors maîtres de la ville, et le baron des Adrets, leur grand inquisiteur, faisait publier cette déclaration que « chacun était libre en sa religion, mais qu'on ne dirait plus la messe. » Tant il est vrai que les prétentions au libéralisme sont de tous les despotes, et que tout parti, arrivé au pouvoir, s'empresse de faire ce qu'il a le plus reproché à ceux qu'il vient de renverser !

Jusqu'aux premières années de notre siècle, la place des Terreaux servit de théâtre aux exécutions capitales. C'est là que tombèrent, en 1642, les têtes de Cinq-Mars et de Thou. Une vieille chronique lyonnaise veut que les fonctions d'exécuteur des hautes-œuvres aient eu pour titulaire, au siècle dernier, une femme déguisée en homme.

La première pierre de l'hôtel de ville fut posée le 5 septembre 1646, par Camille de Neuville, lieutenant du roi, et depuis, archevêque de Lyon. Camille remplit de fait les fonctions de gouverneur, en l'absence de son frère Nicolas, duc de Villeroy, gouverneur de Louis XIV pendant sa minorité, et qui mourut à Paris en 1685.

Simon Maupin, architecte et voyer de la ville, donna tous les dessins de ce grand ouvrage ; il eut pour collaborateur le géomètre Gérard Désargues, auteur d'un Traité sur la coupe des pierres. Il faut croire qu'en ce temps les hommes

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qui avaient riionncur de conduire des travanx publics ne s'alloïKiiciit point les gras cmolunuiits que palpent aujourd'hui les auteurs du nu^iiulre groupe scolaire ; car Simon Mauiùu mourut besoigneux, après avoir dirigé une construction dont la dépense atteignit quin/ecent inille livres, ce qui représente dix millions aujourd'hui. Nous trouvons ses appointements or^linaiics connue architecte de la ville, fixés à 900 livres, d'une part; plus i2oli\'res, de l'autre.

Le monument fut achevé en neuf années, et le jour de Saint-Thomas, en 1655, ks élections consulaires y furent proclamées pour la première fois. Trois ans après, de brillantes fêtes y étaient données au jeune sou\erain, au. cours d'ini séjour de deux mois que la cour fit à Lyon.

Il y avait alors promesse de m:n"iage entre le roi et une princesse de Sa\-oie. Si, pourtant, ce mariage s'était fait, le petit-fils de Louis XI V^ n'eût pas été appelé à perdre sa qualité de prince français^ et Philippe d'Orléans, comme prétendant, devrait aujourd'hui s'eiTacer devant Charles de Bourbon. — Si, si le nez de Cléopàtre eût été un peu moins long, me direz- vous, en me renvoyant à Pascal.

Revenons donc à Alaupin. Poursuivi par la malechance, il eut, dit-on, la fin de sa vie empoisonnée par les critiques qui lui \'alut l'étroitesse du portail principal de son ceuvre. En 1674,

vn incendie détruit la façade, et Mansart, au lieu de restaurer le monument sur les plans primitifs et de relever les pavillons avec leurs toitures à pans coupés, flanqua les deux angles de ces dômes que nous voyons. Enfin, de nos jours, il s'est trouvé des gens pour prétendre que Simon Maupin n'est pas le véritable auteur des plans de l'hôtel de Lyon. Ce qui tendrait à donner quelque raison à ceux qui professent qu'on a tort de travailler uniquement pour la gloire.

Cependant, le Consulat avait dû attendre près de trente années avant d'entreprendre la restauration du monument incendié. Les finances municipales, prospères à l'avènement de Louis XIV, étaient tombées au plus bas, et l'histoire de la ville, pendant tout le dix huitième siècle, est l'histoire de ses embarras financiers.

Aux demandes de subsides et de dons gratuits qui se suivaient — et se ressemblaient, hélas ! — vint encore s'ajouter pour le Consulat la nécessité de racheter une foule d'offices que créaient de trop ingénieux ministres.

Les corps de métiers ne furent pas davantage épargnés. Eux aussi durent racheter, pour garder leur indépendance, des offices héréditaires de maîtres-gardes, jurés et syndics, créés par Pontchartrain en 1692. A chaque avènement de souverain, à chaque révision de statuts, il fallait financer à nouveau, et l'on vit les tireurs d'or

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verser une fois 75.000 livres et les affinenrs 540.000. Multipliez seulement par einq, et jugez!

Le grand règne marque, en sounnc, une époque misérable pour Lyon. 11 ruffit, d'aillturs, de jeter un coup d'œil sur les habitations particulières construites pendant cette péi iode. A ces maisons que nous ont laissées en >i grand nombre la Renaissance et le règne de Louis XIII, dont la plupart révèlent Taisance et sont d'un si noble style, succèdent de pauvres et {)latts constructions.

Ainsi, en pleine place de Bellecour, au débouché de la rue qui perpétuait naguère encore le nom de Louis-le-Grand, s'alignent quek[ues hôtels de ce temps. Rien qu'à voir leurs tristes façades, chichement percées de trois fenêtres chacune, on devine tout ce qu'ont coûté de privations à nos pères les fastes du grand siècle. Comme les légendes le racontent de certains castels mystérieux, dans les fondations de Versailles il y a du sang.

La construction de l'hôtel de ville fut le dernier acte remarquable de ce Sénat oligarchique, qui présida six cents ans aux destinées de la cité. Les temps approchaient où le pouvoir royal allait achever d'absorber l'autorité communale, en s'attribuant la nomination du prévôt des marchands (1764). Puis ce fut la Révolution qui, sous son râteau formidable, emporta les derniers lambeaux de l'autonomie lyonnaise.

En acceptant de me suivre dans cette promenade autour de Thôtel de ville, vous avez compris que mon intention notait point de vous y faire entrer, d'en parcourir les salles et les gale; ries, et de chercher à en pénétrer les arcanes administratives. Au surplus, les occasions n'ont manqué à nul de nous, simples citoyens, de faire ample connaissance avec l'intérieur de l'édifice, de haut en bas. Pour ma part, je l'ai « envahi », et c'est sur ce souvenir, vieux de quinze ans, que je vous demande à clore notre entrelien.

Or donc, je faisais partie d'un bataillon de la garde nationale dont le numéro^ je pense, vous importe peu. Qu'il vous suffise de savoir qu'il était noté comme des mieux pensants. Un matin, avant jour — c'était en mars 1871 — le tambour nous appelle aux armes, et nous voilà partis sous la conduite de nos chefs légitimes. Où ? c'est ce qu'un modeste garde comme votre serviteur n'avait pas le droit de demander.

Ce n'est pas que mon capitaine fût un personnage imposant, ni que ses capacités militaires m'inspirassent une confiance aveugle. Lorsque, au moment des élections, sa candidature avait été discutée, l'enquête avait révélé à mes frères d'armes et à moi les états de service suivants : « Sept ans de service, ex-grenadier au 81* de

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ligne ». Voilà pour le stratégiste. Un jour, en promenade militaire, on nous avait conduits au chemin Saint-Boniface pour nous montrer !c mur crénelé derrière lequel nous devions n< u. faire ensevelir; mais notre capitaine, après la halte et le déjeuner obligés^ s'était trouvé tellement empêché qu'il fallut lui retirer son ^^al)re et le soutenir sous les deux bras, pour le réintégrer dans ses foyers. Voilà pour le personnage.

Cependant, cheminant, musique en tète, nous arrivons place des Terreaux et, en compagnie des deux autres bataillons, on nous fait occuper l'hôtel de ville. Le préfet était prisonnier et la municipalité expulsée.

Mais les mesures étaient mal prises. J'entends les mesures qui concernent le service des vivres, car je ne saurais me prononcer sur les me^^ures stratégiques, vu ma parfaite incompétence. Nos chefs nous avaient consignés dans la grande cour et allaient à tourde rôle déjeuner au café Grand ou ailleurs. Ausii était-ce à qui des subordonnés, s'esquiverait pour aller en faire autant.

Comme je fus des premiers à prendre ce parti héroïque, je ne pliis vous dire au juste comment se termina l'aventure. Alais la débandade s'étant mise dans les rangs — et peut-être aussi l'avis étant parvenu que les bataillons du centre de la ville prenaient les armes — ce qui restait des envahisseurs à jeun jugea sans doute prudent, n'ayant pas déjeûné, d'aller au moins dîner.

laS A TKAVRRS LYON

Qui peut dire le cours qu'auniicnt pu prendre les choses, s'il était intervenu à point une distribution de vin et de charcuterie, cet élément îddispensable d'une rëvolulion / Car vous n'ignorez pas l'action subversive du saucisson dans toute manifestationanti-sociale ou anli-religiease.

Pour mot, mon afiEiire était claire : si je me rebiffais, j'étais fusillé par mes compagnons comme traître ; si je jouais au sérieux mon rôle d'insurgé, j'étais pris dans le tas par les compagnies qui venaient reconquérirl'hfttel de ville — et non moins passé par les armes comme rebelle.

Jamais je n'ai mieux senti que ce jour-lï, une fois dehors, tout le charme d'une promenade autour de l'hôtel de ville.

Di: LA l'LATIERI-: AUX CHAKTKE-UIX

Vous connaisst'/; lcs ajiiiartils d'opLiquij :tu moyen desquels l'on vous donne l'illubioii, il^iiis certains spectacles, soit d'une ville vue in plein midi, puis siibiionient plongOe daus Ifs ituùbru's que ponctuent qiicl(|iies lumière? ; soil d'une campagne sans végétation, endormie sous la neige, se couvrant soudain de verdure et riant au soleil-

Je voudrais pouvoir, par un artifice stniblable, vous montrer, telle qu'elle était en l'an dix avant Jésus-Christ, la partie de la ville qui, du bas du coteau de la Croix-Rousse, va s'étageanc tu niasses bizarres, découpées verticak-tnent par ia Grande-Côte et les deux montées des Carmélites et de Saint-Sébastien.

Le confluent des deux fleuves se faisait un peu au-dessous de l'endroit où s'élyve Saint-Nhîer.

Sur la rive gauche de la Saône, s'échelonnaient les maisons d'une ville marinière, dont l'existence était bien antérieure à celle du Lugdunum fondé par Plancus.

La station de Condate s'était formée comme il s'en forme encore dans les pays neufs. Quelques pêcheurs et quelques mariniers dressent leurs cabanes au bord de l'eau. Des trafiquants lointains prennent l'habitude d'accoster à époque périodique, ouvrent un entrepôt et laissent un personnel à demeure. C'est bientôt un marché où Ton se rend de toute la région, pour échanger les produits de la contrée contre ceux des étrangers.

Dans ses Commentaires^ César ne dit mot de la ville gauloise sise au confluent. Malgré toutes les suppositions ingénieuses qu'on ait faites à cet égard, il faut conclure, du silence de César, que Condate était une bourgade de médiocre importance et qu'il dut son rapide développement au voisinage des établissements romains.

Chaque fois que deux villes se juxtaposent, Tuae guerrière, l'autre marchande, celle-ci finit par absorber celle-là ; le travail et la vie sont des éléments éternels, qui ont toujours raison des causes factices. Il en fut à Lyon suivant cette loi immuable^ et le bourg marchand devint la cité.

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