DE LA PLATIÈRB AUX CHARTREUX
Mais alors^ il gardait encore son autonomie.
Tout le delta avait été érigé en un territoire indépendant et sacré, où les soixante nations de la Gaule celtique tenaient leurs assises fédérales. C'était le Washington des états gaulois.
Des bois couvraient la colline, et de longues avenues, bordées de monuments, convergeaient vers Tautel d'Auguste. Longtemps on a placé ce sanctuaire vers Ainay, mais de récents travaux ont établi qu'il devait s'élever plus au nord. C'était, selon toutes probabilités, à l'endroit où St-Polycarpe a été bâti.
n existe, derrière le chevet de cette église, des substructions évidemment destinées à soutenir un édifice important. De plus, les Tables de Claude — le plus ancien monument de notre histoire nationale, comme les qualifie justement Michelet — ont été retrouvées dans un tènement aujourd'hui traversé par la rue du Commerce.
Enfin, le nom du saint qu'a longtemps porté la colline Saint*Sébastien, avait certainement été choisi pour substituer une dulie chrétienne au culte d'Auguste. Sébastos est la traduction grecque à^Augustus et demeura le titre des empereurs d'Orient jusqu'à la chute de Byzance.
Quelle place, d'ailleurs, eût été mieux choisie \ Sur ce. point culminant et central du coteau, l'autel s'élève, accompagné de ses hautes colonnes que surmontent des victoires ailées. Des hau*
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teurs de Lngdunuiiiy les citadins poivent contempler ce magnifique témoignage de la puissance de Rome invincible, et les nautes des deux flea>ves, du fond de leurs barques richement diargées, saluent les statues symboliques des srâante nations de la Gaule, couronnant le portique de l'hémicycle et émergeant du bois sacré.
Car il est à supposer que, tout autour, se développe Thémicycle où siègent les députés des Gaules, à l'occasion des fêtes du mois d'août. C'est d'ailleurs, le premier août, de l'an 744 de la fondation de Rome, que le monument a été dédié à Rome et à Auguste, par Fillustre Dmsus, fik adoptif de l'empereur.
A mi-côte comme le temple d'Auguste, sur l'emplacement de Tancien Jardin des Plantes, Tamphith^tre profile sa masse énorme. C'est là que se donnent ces spectacles chers aux Romains et dont ils ont propagé le goût dans le monde entier, spectacles dont le christianisme n'aura raison qu'en abattant les arènes où se tiennent les jeux.
De tant de splendeurs il n'est pas resté pierre sur pierre ! L'autel et ses dépendances ont été renversés sous Constantin ; si quelque chose en avait survécu, Tédit de Childebert qui prescrivait la destruction des derniers vestiges de Tidolàtrie en consomma la ruine; les matériaux, comme cçux des autres temples, comme ceux du
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forum et des arènes, servirent à la construction des églises, des monuments et souvent aussi des habitations particulières.
Peut-être l'amphithéâtre fédéral snbsistait-il encore, dans quelques-unes de ses parties, au huitième siècle. Ce serait alors Charles Martel qui l'aurait détruit, de peur qu'on ne le transformât en forteresse, comme à Nîmes ou à Arles.
Aux conceptions grandioses des Romains, à la poésie des âges antiques, se substituèrent les visées besoigneuses d'une nouvelle société, ignorante et pauvre. Les maisons couvrirent le delta, et l'afflux toujours croissant d'une population resserrée dans d'étroites limites donna naissance à ces milliers d'habitations, à peine séparées par d'étroites ruelles.
Il en reste encore, de ces tronçons de rues, représentant ce que nos pères appelaient « des places » : place de la Platière, place du Plâtre. Au nord de la première, s'élevait l'église du même nom, dont le cimetière était borné par la rue Lanterne. A côté de notre église Saint-Pierre, il en existait une autre, sous le vocable de Saint- Saturnin, avec cimetière longeant la place du Plâtre. On se demande où tout cela trouvait à se tasser.
Jusqu'à la Révolution, l'église Saint-Pierre ne
fut que la chapelle de l'abbaye de ce nom. Le portail^ dont on a longtemps fait un monument carlovingien, date du douzième siècle seulement Quant aux bâtiments de Tabbaye, affectés maintenant à nos musées municipaux, ils furent commencés en 1667, sous la direction d'un Avignonnais, la Valfenière. Mais la fondation du couvent remonte à une haute antiquité. Sans aller jusqu'aux origines légendaires, il est à peu près reconnu qu'un premier monastère existait sous les rois burgondes, au sixième siècle.
La supérieure prenait le titre « d'abbesse par la grâce de Dieu » ; son chapelain portait une crosse devant elle, et elle recevait, en qualité de suzeraine, l'hommage de seigneurs comme ceux de la Tour-du-Pin. Les religieuses devaient faire preuve de noblesse. Elles n'étaient point astreintes à une clôture rigoureuse, et, même dans le monastère, elles se donnaient des passe-temps qui ne laissent pas que de nous étonner, tout chrétiens déchus que nous sommes • Les dames de Saint- Pierre recevaient comme des dames du monde et « donnaient des galas n) d'où les gentilshommes n'étaient pas exclus — au contraire.
Il est de tradition qu'en mémoire du concile tenu à Lyon en 1270 et dans lequel avait été prononcée la réunion des églises grecque et latine, le curé de Saint-Saturnin avait fondé deux processions à l'Ile-Barbe, qui seraient l'origine des
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fêtes baladoires que nous avons connues. Jusqu'en 1730, un bal avait lieu sur la place du Plâtre, au retour de la procession, et c'était le curéde Saint- Saturnin et Tabbcsse de Saint-Pierre qui ouvu'aient la danse par une b )u:rée.
Il n'y a dans les cboses que le mal qu'on y met, et, pour ma part, je ne suis nulkincnt choqué de ces mœurs d'un autre âge. Qu'est-ce donc, après tout, qu'une bourrée qu'on danse en se tapant dans les mains et en se balançant les poings sur les hanches, auprès de la valse cjue nous permettons à nos femmes et à nos fdlvs, et que nous nous permettons avec les fennnes et ks filles des autres ?
En traversant la place Saint-Pierre, je tiuus à vous signaler un curieux vestige d'anciens usages. Si vous passez là un samedi, vous verrez une marchande — il n'en reste plus qu'une — vendant du fil et de la cire. C'est tout ce qui subsiste de l'ancien marché au chanvre, dont cette place porte le nom sur les plans du seizième siècle.
Il s'en fallut de peu qu;' l'abbiu-e Saint- Pitrrc ne fût, comme tant d'autres édifices, vendue et livrée aux spéculations privées. Le défaut d'acheteurs sauv^a le monument, et, grâce aux elforts de Cochard, la ci-devant abbave fut cédée en toute propriété à la ville, par déciet du
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10 avril 1806, pour être affectée à des établissements d'utilité publique.
Déjà le réfectoire avait été ouvert (1795) aux opérations de bourse, qui, depuis la Révolution, se tenaient sur la place des Terreaux. L'installaticn d'une école des Beaux-Arts, des Musées,
de la Faculté des I^ettres et de la Chambre de Commerce dans les diverses parties du monument Justifia amplement le nom officiel qu'il a porté pendant cinquante ans : « Palais du Commerce et des Arts, s Cette appellation bizarre n'a jamais eu cours chez le populaire qui trouve plus simple de dire : a Palais Saint-Pierre, s
réformateurs la piocheàla main, ils se prendraient à hésiter avant de détruire ces portiques majestueux où nos richesses épigraphiques trouvent une hospitalité digne d'elle, où Tartiste et le savant peuvent également promener leurs rêveries, au murmure du filet d*eau qui s'égrène dans son bassin antique.
C'est dans le voisinage du palais Saint-Pierre qu'est né le major Martin dont tout Lyonnais connaît l'étrange histoire ; c'est aussi sur la place de ce nom que devait, aux termes de son testament, être fondée l'école pour laquelle il léguait 200,000 sika rupees à sa ville natale. L'endroit désigné se trouvant insuffisant, on installa l'école dans l'ancien couvent des Augustins, seul édifice des temps passés, demeuré debout, avec l'abbaye Saint-PierrC; dans cette partie de la ville.
En effet, non seulement le Condate gaulois et le bourg de Lyon des burgondes et des carlovingiens n'ont pas laissé la moindre trace, mais, à part quelques noms de rues, il ne reste rien, sur ce littoral, des nombreux établissements du moyen âge : la Pêcherie, la Boucherie des Terreaux, le Bureau de l'Aumône générale, l'Hôpital Sainte-Catherine, le couvent des Carmes, l'abbaye delà Déserte, le prieuré Saint-Benoît.etc, tout a complètement disparu.