LE LYON QUI S*EN VA
tout, dûment breveté, dura ce que durent maints brevets : l'espace d'un terme.
Nos aïeux excellaient à faire beaucoup de choses avec peu déplace. Sous Charles VIII et Louis XII, les tournois se donnaient rue Grenette, et Menestrier assure que les rues Tupin etTupin-Rompu doivent leur nom à la coutume qu'avaient les écuyers et les valets des chevaliers d'aller s*y exercer à casser le pot.
Puisque nous voilà revenus dans le voisinage de la rue du Palais-Grillet, il faut noter les quelques marchands de meubles qui s'y trouvent.
Bien qu'ils aient en partie renié les traditions de leurs ancêtres et qu'ils semblent s'attacher à la vente de mobiliers modernes, ils n'en sont: pas moins les héritiers des « revendeurs de gages » du Puits-Pelu, de la place Grenouille et de la rue Bonnevaux.
Cette industrie fleurit encore rue du Bœuf et cours de la Liberté ; elle n'est pas près de s'éteindre, car le Lyonnais est friand de marchandises d'occasion. Ce n'est pas qu'il soit ladre; non, il est simplement pratique. Ainsi, l'idéal du Parisien, c'est d'acheter pour cent francs un objet qui en représente deux cents. Le Lyonnais, lui, rêve toujours d'avoir pour cent francs un objet qui en vaut réellement deux cents, et qu'il s'agisse de
diamants, de meubles, oa même de propriétés, c'est une bonne occasion qu'il poursuit sans cesse. Aussi les marchands ne se font pas feiute d'en improviser.
C'est dans la rue Tupin, près de l'endroit où la rue du Palais-Grillet la coupe à angle droit, qu'était autrefois l'hôtel Bayard. Il avait, assuret-on, pris ce nom en mémoire du séjour qu'y fit le jeune Dauphinois qui devait être plus tard le chevalier sans peur et sans reproche. Alors simple écuyer, ce serait donc en cette hôtellerie que le jeune Bayard aurait été logé avec son ami Bellabre, lors de leur belle équipée qui a défrayé les chroniques du temps et trop connue pour que nous nous arrêtions à la conter par le menu.
Tout à l'autre bout de la rue Tupin, nous nous retrouvons en pleine rue Mercière. Saluons la maison de VAnge^ qu'habitait Guillaume Rouville, une des illustrations de l'imprimerie lyonnaise, au siècle des Sébastien Gryphe, des Etienne Dolet, des Horace Cardon, des Jean de Tournes. Ce dernier fut le chef d'une dynastie de typographes qui s'est perpétuée à Lyon jusqu'en 1779.
La maison sise à l'angle des rues Mercière et du Petit-David est un des beaux spécimens de l'époque de transition entre le moyen âge et la Renaissance. Elle fut élevée par un bourgeois lyonnais, Hugues de la Porte, sieur de Bertha» sur un tènement dénommé auparavant « la cave d'Ainay ».
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Exposé au nord et à Test, rciulroit utait des plus propices à la conservation des vins, et les religieux y avaient aménagé un cellier reniar. quable. La dureté dus temps, en 1542, obligea l'abbé à se défaire de cette dépendance ; mais ee ne fut pas, paraît-il, sans qu'il rencontrât de vives résistances de la part des religieux. Le terrain et les constructions qui le recouvraient furent vendus 1.500 livres tournois. Il est à remarquer que le sol du rez-de-chaussée est resté sensiblement plus élevé que celui des maisons voisines.
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La rue du Petit-David lonrre rancienne é<'li des Antonins, transformée en une salle de spe tacle, d'une aflectation intermittente. Les religieux de Saint-Antoine, fidèles à la tradition qui donne à leur patron un compagnon de l'ordre des pachydermes, entretenaient un troupeau de ces animaux dont on ne dit guère du bien qu'après leur mort. Ils furent longtemps en possession du privilège de les laisser vaguer par la ville. C'était moins gracieux que les bandes de pigeons qui s'ébattent à présent sur nos quais et se promènent en picorant; mais, comme service de voirie, les anciens pensionnaires des Antonins devaient être des agents autrement actifs.
De l'hôtel de la Monnaie, établi dans la rue de ce nom, on communiquait, avant l'ouxerture de
la rue de la Préfecture, avec le bureau de garantie rue Écorche-Bœuf, et avec TArgue qui occupait l'ancienne chapelle des Templiers et avait son entrée rue de Savoie.
C'était le triomphe des allées de traverse ; on allait à couvert, de Bellecour aux Terreaux, par Ces passages familiers. Une voie de ce genre, transformée plus récemment en un passage « à l'instar de Paris », venait sans solution de continuité, de la grande rue de l'Hôpital, aboutir rue Mercière, vers cet ensemble d'établissements que le populaire désignait sous le nom collectif d'Argué.
Mais c'est de l'histoire un peu ancienne. La Monnaie fut transférée en 1829, dans l'hôtel de Villeroy, aujourd'hui affecté à l'Ecole de commerce. Cet hôtel était la propriété de M. Vingtrinier, père de notre excellent bibliothécaire, et de M. Bonnet, qui offrirent à la ville de faire un échange. L'opération eut lieu et la rue de la Préfecture fut ouverte dans le massif où était installée l'ancienne Monnaie.
L'Argue proprement dite était un atelier où se préparaient et s'étiraient, sous le contrôle de l'administration, les lingots destinés à la passementerie et au tissage des étoffes d'or et d'argent. D'anciens règlements, aujourd'hui tombés en désuétude, imposaient aux fabricants lyonnais l'usage exculsif des matières livrées par l'Argue. 11 y avait là une garantie de titre qui reconi-