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LE LYON QUI S KN VA

tond les branches des arbres au ras des troncs qui font l'effet de moignons d'amputés.

Les anciennes berges de nos rivières ne paraissent, d'ailleurs, jamais avoir été dotées d'une riclic végétation, et nos modernes bas- ports n'oiTrent aucune de ces plantations qu'on voit \ Paris, par exemple. Pierres de taille, graviers et remblais, c'est tout ce que rencontre l'ieil de Celui qui traverse Lyon en bateau.

Ils n'en sont pas moins fort beaux, nos quais lyonnais, et ceux de la Saône sont particulièrement typiques le matin, à l'heure du n^.arché. Ces allées à perte de vue, foi-onnant de fruits et de verdures, cette cohue de ménagères allant à la provision, ces restaurants en pKin vent, d'où s'échappe une buée engageante, ces longues rangées de charrette^ à l'attache, tout, jusqu'au braiement des ânes en belle humeur, inspire au promeneur matinal des idées de vie, de santé, d'aisance plantureuse.

Ah! l'âne, chanté par Pieire Dupont, voilà une institution qui s'en va! A peine voyons-nous quelques ânes venir encore à nos marchés, et dans un siècle ces animaux seront aussi rares chez nous que la girafe en Afrique.

Il me souvient avoir fait, sur les quais Saint- Antoine et des Célestins, depuis la place d'Albon jusqu'à Bellecour, une promenade que nul lyonnais ne refera plus — fort heureusement : il s'agit

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d'une promenade en bateau. Cétait en 1854, nos deux fleuves étaient débordés, et, pour se consoler de tant de tristesses, on trouvait plaisant de circuler en bateau, à l'endroit même où passent aujourd'hui les cars de la compagnie des tramways.

Le théâtre des Célestins a été rebâti sur remplacement de Téglise et d'une partie du couvent des religieux de ce nom. Le monastère s'était lui-même établi en 1407, sur un ancien fonds donné par Amédée de Savoie et ayant appartenu à l'ordre des Templiers, dissous en 131 1. Deux rues conservent le souvenir des premiers possesseurs et du donateur.

On raconte que Marie de Médicis, se trouvant à Lyon, alla entendre la messe aux Célestins. Ses yeux furent frappés par une chapelle superbe qui n'était autre que celle des Pazzi, famille florentine, longtemps rivale de la famille des Médicis et forcée de s'expatrier quand celle-ci se fut emparée du pouvoir. A cette vue, le vieux levain de haine italienne se réveilla chez la reine qui ordonna de mutiler l'écusson des Pazzi et d'effacer tout ce qui pouvait rappeler leur nom.

Notre salle actuelle des Célestins est certes plus belle, plus vaste, plus commode que celle qui avait été aménagée dans l'ancienne chapelle. Mais

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OÙ sont les troupes d'antan ? Oui nous rendra les héros du drame, superbe^ et bien disants, les amoureux et les coquettes de la conicdie, sachant scander les vers et faisant sonner Ve muet, ni peu, ni prou, mais juste ce qu'il faut pour que le rythme se sente ?

Parlerde Molière serait trop osé, mais c^t-cetrop encore de réclamer des intcrjMctcs pour \"ictor Hugo, Musset et Scribe, dont les bustes sont placés sur la façade, comme pour faire les honr.eurs de la maison ? Tout au plus nous joue-t-on ce répertoire d'œuvres sans nom avoué et sans clat civil, que leurs auteurs appellent « des pièces ».

Plus sensible encore e^t la déchéance des établissements qu'on qualifiait autrefois de cafés chantants et que nous appelons cafés-concerts. J'en ai connu jurqu'à trois, sur la place des Célestins: le café du Messager des Dieux, celui de Paris, et celui des Mille-Coloimes.

Une simple estrade recevait les artistes, six musiciens faisaient l'accompagnement, on ychantait les œuvres de Béranger et de Pierre Dupont, et les autres gaudrioles que le jeune homme y avait entendues étaient d'assez bonne compagnie pour qu'il pût les répéter dans un salon. Qu'a donc gagné, je ne dirai pas l'art, mais même la gai té française, depuis que d'ineptes farceurs et des chanteuses lubriques viennent déverser sur le public pâmé des pancrces d'ordures !

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Il est plus facile de jeter une poignée de poivre dans un mets que d'y mettre le grain de sel voulu. C'est ce manque de mesure et de tact qui me semble le défaut du temps que nous traversons.

Aussi aimé-jc à faire un retour vers un passé qui nous échappe. Oimme il arrive de chercher, au fonds de quelque vieux tiroir, des objets décolorés et flétris dont la seule vue ressuscite à nos yeux le grand-parent que nous n'avons point connu ou l'aïeule regrettée, ainsi j'ai essayé de retrouver avec vous, dans ces rues et ces demeures qui tombent une à une, un peu des gens et des choses du Lyon qui s'en va.

L'AXCrKNKTLEMODKRXIXllNI-r.rKNT

Et d'abord, il convient di: mm-, tiiiLiuirt; sur l'ancien confluent. Que nos deux fleuves aient |iiiniitivement fait leur jouclion un peu .mdessous de Saint-Nizier, c'est ce qui est clairement indiqué par la dépression du terrain et par J'anciennes fortifications existant entre les ruts Dubois et Grenette. Mais ceci est du doinaîiio de l'archéologie, domaine semé de cliaiii-se-trappcs comme celui de la métaphysique, et je n'aurais garde de vous y fourvoyer en ma compagnie.

Il faut toutefois reconnaître que le tracé, et aussi le niveau, de la rue Mercière et de la rue Confort, indiquent nettement une première digue destinée à refouler la Saône, trop empressée à perdre son nom.

Quittons donc le champ des hypothèses et tenons-nous en au confluent du siècle dernier. Il s'effectuait un peu au delà de l'abbaye d'Ainay, vers laquelle nous nous acheminerons à petits pas, ainsi qn'il sied à des gens en visite sur leurs terres et qui se complaisent à en dénombrer les tenants et aboutissants.

C'est de Bellecour que se comptent les distances kilométriques des routes qui desservent Lyon. I-e bureau central des postes y est installé et dans les plus mauvaises conditions qu'on puisse rêver. Il y a tels services juchés à l'entresol, comme on ne le tolérerait pas dans des villes de sixième classe. Cette manvaise organisation se retrouve dans installation des boîtes aux lettres, mal en vue, et que l'étranger doit chercher sans toujours y réussir.

Vous verrez que nous attendrons, comme pour les tramways, que toutes les villes de France soient pourvues, avant de nous décider à créer un hôtel des Postes et Télégraphes en harmonie avec l'importance de notre ville et avec le développement des correspondances.

Autre grief. Je ne puis traverser la place Bellecour, sans me demander pourquoi notre édilité laisse à l'état de petit Sahara un lieu qui se prêterait si bien à l'établissement d'un magnifique jardin. Mieux avisés, nos aïeux y avaient mis des pelousep et des fontaines, et il n'y a pas fort long-

l'ancien et i.e moderne coneluent 2::;

temps qu'on distinonait sur le sol, quand le temps était humide, l'ovale des anciens bassins.

Feu le maréchal de CasteMane avait fait de Bellecour sa place d'armes; il n'y son lirait même pas ces bandes d'asphalte, hospitalicMcs au promeneuses, mais dangereuses aux cavaliers qui défilent au trot. Ce n'est point, jour ilc Dieu ! qu'il n'aimât pas les promeneuses, h'riand de jolis minois^ il lorgnait les dames de si luès qu'il fallait bien aux lyonnaises, pour ne jx^int lui décocher un soufflet, ce fond intarissable d'indulgence que toute femme porte en s(>i, à l'adresse de ceux dont l'admiration va jusqu'à rin^oknce.

A Bellecour, il était comme chez lui, ce maréchal légendaire. On com[)rend donc, dans une certaine mesure, que la municipaliiù n'ait pas osé lui prendre ce qu'il regardait comme la cour de son quartier. Mais depuis ?

Uusage n'est plus de passer des revues hebdomadaires, et rien, d'ailleurs, n'oblige de procéder à ces exercices^ au centre d'une grande ville. Au suiplus, la désalTectation de Bellecour, au point de vue militaire, a été commencée par la suppression du poste qui ne semblait avoir d'autre utilité que de prendre les armes et de battre aux champs^ à chacune des fréquentes

promenades du maréchal, en grande tenue, le lorgnon à l'œil , et suivi d'une bande de gamins.

Nul général au monde n*a dû consommer plus d'uniformes complets que Castellane. Il avait, pour riiabit militaire, cet amour fanatique qu'on ne trouve d'ordinaire que dans les corps non combattants. Non pas que je veuille mettre en doute sa valeur. Mais somme toute, il est malaisé de le qualifier de stratégiste, vu qu'il n'a jamais conduit d'autre opération que le siège du fort de la Vitriolerie, ni de l'appeler brave, puiqu'il n*a jamais eu d'occasion de montrer sa bravoure.

Je connais un ancien horloger, jadis employé chez le fournisseur du maréchal. Un jour qu'il était à remonter les pendules de l'hôtel de la division, le valet de chambre l'arrête à la porte de la chambre de Castellane, lui disant que son maître garde le lit^ par suite d'un peu d'indisposition. Mais le maréchal a entendu; la bonne discipline veut que les pendules soient remontées au jour dit; une fois qu'on se relâche sur le règlement, tout est perdu. D'autre part, convient-il qu'un haut commandant militaire, sénateur de Tempire, soit vu dans le simple appareil de M. Argan ?

\ Sa résolution est vite prise : « Faîtes entrer, »

crie-t-îl du fond de son lit. Et l'horloger stupéfait se trouve face à face avec le noble comte, assis sur son séant, son épée sur ses genoux, et son chapeau à plume blanche sur la tête.

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1^05 excentricités de Castellane avaient été précédées, à Bellecour, par celles de « la reine des Tilleuls. » Or la mai tresse du café dont la Maison dorée a pris la place, était une de ces personnes à qui leur beauté tient lieu de \'ocation et à qui, d'ailleurs, on ne songe pas k demander autre chose que d'être belles.

Chaque soir, à la lueur des torches, elle parcourait donc l'espace réservé aux consommateurs, à cheval; vêtue en châtelaine de roman ilhistré, escortée par ses deux jeunes fils travestis en papres. Des gens très dignes de foi m'ont assuré que l'on regardait cela sans rire.

Bellecour et un cei tain nombre de rues avoi.>inantes sont, de préférence, habités par la noblesse lyonnaise. Je sais qu'il est des esprits qui traitent sans révérence les descendants de nos échevins anoblis. Une seule chose pourrait donner raison à ces plaisanteries, c'est que nos nobles sont parfois les j^remiers à renier l'aïeul qui a commencé une honnête fortune à vendre des épices, du drap ou même de la vieille ferraille.

En bonne vérité, se réclamer d'une semblable origine vaut bien autant que de sortir de la cuisse d'un Jupiter de rencontre ou de se rattacher par la main gauche à une souche plus ou moins authentique. Mais il est à remarquer que l'homme

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est d'autant plus fier d'un privilège que la concession de ce privilège est moins justifiée.

La rue du Plat à tiré son nom du terrain sur lequel elle fut ouverte et qui portait le nom de « plat d'Ainay » par opposition au puy d'Ainay situé en face, de l'autre côté de la Saône.

La démolition de l'ancien entrepôt des douanes et de l'arsenal a permis la création de tout un quartier neuf. Le nom seul de Saint-Michel perpétue le souvenir d'un monastère de femmes qui eut son temps de célébrité. Il avait été fondé, diton, par Carétène, mère du roi burgonde Gondebaud, et c'est là que la princesse Clotilde, après la mort de son père Chilpéric^ massacré par Gondebaud, aurait été recueillie et élevée par sa grand -mère.

S'il faut en croire certains récits que les mœurs du temps rendent assez vraisemblables, Clotilde dut à son bas âge de n'être point livrée à la brutalité des soldats, comme sa sœur aînée, et, par ainsi^ de pouvoir plus tard épouser le roi frank Clovis.

Une rue voisine, la rue Sainte-Claire, rappelle un autre couvent fondé en 1617, sur l'emplacement d'un jeu de paume. En 1530, le dauphin^ fils de François premier, était dans tout le feu d'une chaude partie. Il demande un verre d'eau qui lui est imcdiatement apporté par le comte de MonteçucuUi. Pris d'un peu de malaise, le

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