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surtout des noms de chirurgiens. Car si l'ancien Lyon possédait un collège royal de chirurgie, dont les salles confinaient à l'hospice de la Charité, jamais on n'y érigea de « temple au Dieu d'Epidaure », suivant la remarque qui en acte faite, en la langue du temps.
Deux personnages ont laissé grand renom dans nos annales, mais à des titres difTérents de ceux des Pouteau, des Petit, des Bonnet.
François Rabelais, reçu docteur à Montpellier, fut médecin de l'Hôtel-Dieu, et c'est à Lyon qu'il publia la première édition de son Pantagruel (1533), destiné à égayer ses malades. Il estimait que « n'y ayant rien de plus contraire à la santé que la tristesse et la mélancolie, le prudent et sage médecin ne doit pas moins travailler à réjouir Tesprit abattu des malades qu'à guérir les infirmités du corps. ))
Quelques années plus tard (1547), Michel Nostradamus était appelé par les recteurs de l'Aumône pour combattre une épidémie qui décimait la population indigente. S'il n'est pas prouvé que Nostradamus fut un sorcier, c'était, pour sûr, un grand hygiéniste, — ce qui vaut autant. Grâce à ses conseils et à un sage usage des désinfectants,
la contagion diminua rapidement.
Au demeurant, bien avant que l'Etat se décidât à ériger une faculté de médecine de Lyon, le service de nos hôpitaux constituait une école
pratique de premier ordre, dont les travaux étaient fréquemment cités à l'étranger. Le gouvernement français était seul à les ignorer.
Soyons fiers de ces deux grandes institutions, nées l'une et l'autre d'un amour profond de l'humanitéyConçues avec intelligence et sagesse,et — ce qui ne gâte rien — l'une et l'autre restées bien lyonnaises.
Tout monument, à Lyon, ayant son contingent de boutiques, l'Hôtel-Dieu devait ne point échapper à la loi commune. La façade du quai abrite de nombreux marchands, parmi lesquels les bouquinistes tiennent la place la plus marquante.
Que de choses dans ces casiers à quatre sous ! J'ai souvenance d'avoir passé là de bien douces heures en ma jeunesse, et maintenant encore, je ne sais longer les étalages sans m'y arrêter un peu. Au milieu de ces éditions naufragées, parmi ces épaves de la pensée, il s'y trouve de tout — et même ce qui ne se rencontre point ailleurs. Plus d'un gros volume qui se prélasse dans les bibliothèques, sous sa reliure de maroquin rouge, ^ n'a souvent pas le poids intrinsèque de tel de ces
}\ bouquins méconnus !
Cette façade de 325 mètres a fort grand air ; mais, à mon sens, le monument n'a sa physionomie vraie, intime, personnelle, qu'abordé par la
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rue de l'Hôpital. Le petît portail de Ferdinand de la Monce et la cour triangulaire d'entrée, avec ses galeries, ont un aspect discret et recueilli, qui sied bien à un asile charitable.
L'effet devait en être plus sensible encore, lorsque la rue de l'Hôpital et la rue du Bourg-Chaniu étaient la grande route de Lyon vers le Dauphiné. Jetez les yeux sur un vieux plan de Lyon et vous verrez que toutes les voies convergeaient vers ce point : l'Hôtel-Dieu était alors placé sur le chemin de France en Italie, d'Occident en Orient; c'était le xenodochium^ la grande hôtellerie des pèlerins souffreteux et des voyageurs fourbus.
L'ancienne rue Belle-Cordière a perdu à la fois son nom et une rangée de ses maisons. C'est la rue Impériale qui s'est approprié les maisons restées debout, et la rue du Bourg-Chanin qui a hérité du nom. On ne dit pas si, vivante, l'héroïne lyonnaise eût été flattée de ce partage.
Le Bourg-Chanin, comme sonnom l'i ndique , — € chanin » est en dialecte lyonnais l'adjectif formé de « chien », — le Bourg-Chanin n'a jamais été et ne sera pas de longtemps une rue aristocratique. Far suite d'une configuration naturelle, le sol y est facilement humidej et les passants, au temps jadis, ne se faisaient point faute d'aider la nature et d'entretenir cet état boueux par des agissements qui ne sont plus de mise. A la suite du Bourg-Chanin, de l'autre côtç de la rue de la
Barre, il y avait une rue des Basses-Braies dont le nom se passe de commentaires.
A ce quartier se rattache pourtant un souvenir historique. Sous Charles VI, il y eut une « rebeyne » ou émeute populaire. Les gens de métiers réclamaient que la moitié des consuls fût prise parmi les artisans. Comme ils étaient les plus forts, il leur fut donné satisfaction. Et je me plais à remarquer que cette exigence était d'une modération méritoire : depuis, nous avons eu d'autres émeutes, et jamais, au grand jamais, les insurgés ne se sont contentés de partager avec ceux qu'ils appellent encore les bourgeois; ils prennent tout.
Hélas ! le triomphe de la rebeyne de Tan 1403 ne fut pas de durée. Les troupes royales occupèrent Lyon ; dix des meneurs furent décapités et leurs têtes exposées sur des pieux, à l'entrée dû pont de Saône.
Il paraît que les habitants du Bourg-Chanin et ceux d'Ainay — dont l'esprit ultra-conservateur, vous le voyez, ne date pas d'hier, — avaient refusé de s'associer au mouvement. Ils imaginèrent de perpétuer le souvenir de cette malencontreuse aventure, en instituant la fête du < cheval fol. »
Pour tourner en dérision les mutins qui s'étaient comportés comme des chevaux échappés, un homme se promenait par la ville, affublé d'une couronne et portant un sceptre. A sa ceinture
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était fixé un mannequin afTectant la forme d'un cheval, recouvert d'une housse fleurdelisée et traînant à terre. Accompa<;'né de violes et de hautbois, le cheval fol sautait, dansait et caracolait, aux appaudissements delà foule ébaudie. Les chanoines de Saint-Jean accordaient une subvention — comme nous dirions maintenant — de huit écus d'or pour la célébration de cette fête.
Je ne sais ce que vous en pensez, mais je ne puis me défendre de soupçonner qu'il se cachait une pensée malicieuse là-dessous, et cpiece n'él;iit pas précisément de la rebeyne qu'on se moquait. A la place du sire roi régnant, ce bloc fleurdelisé ne m'eût rien dit qui vaille.
De ce divertissement qui avait lieu aux fêtes de Pentecôte, il ne reste que la foire tenue encore chaque année sur le quai du Rhône.
C'est donc sur la rue du Rourg-Chanin que notre édilité a transféré le nom de la Belle- Cordière. La rue qui portait anciennement son nom y avait au moins quelque droit, puisque la maison de Louise Labbé était sise à l'angle de cette rue et de celle de Confort.
Rien ne reflète mieux notre caractère national que cette facilité avec laquelle nous troquons et remanions les appellations de nos voies publiques. En Angleterre, on n'admettrait pas qu'une rue
changeât de nom, pas plus qu'un homme ou une ville. Et, de fait, pourquoi n'a-t-on pas encore modifié l'état civil de tant de gens qui s'appellent Roy, Comte ou Evêque ?
Louise Labbé, qui possédait un de ces noms suspects, eut la bonne fortune de passer à nous sous son gracieux surnom de la Belle Cordière. S'il est rigoureusement vrai que la plus honnête femme est celle dont on parle le moins, la pauvre Louise doit être tenue pour suspecte. Mais les proverbes, justement parce qu'il sont l'expression de la sagesse des nations, sont sujets à révision comme cette même sagesse.
Louise Labbé était belle : elle avait, dit le bon Paradin, ce une face plus angélique qu'humaine 9. Louise avait aussi tous les charmes de l'esprit, puisque Jacques Pelletier déclare que :
La beauté est le moins qui soit en elle ;
Car le savoir qu'elle a *
Et le parler qui suavement distille, Si vivement animé d'un doux style,
Sont trop plus que cela.
Il n'en fallait pas davantage pour que la jeune épouse d'Ennemond Perrin fut courtisée, recherchée — et malmenée par les bonnes langues du temps. Rien de plus implacable qu'un poursuivant déçu, si ce n'est les amies et les rivales de la femme ainsi entourée.
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La postérité a d'autant plus volontiers accueilli ces insinuations perfides que Louise avait ràmc généreuse et le cœur tendre. Or, l'amitié d'une femme e.-t une de ces choses que le monde est toujours enclin à décorer d'une épitliète malsonnante. La seule excuse cà tant de sévérité, c'est que, pour l'homme honoré de l'amitié d'une femme, quelle que soit l'élévation des sentiments, de part et d'autre, quelles que soient même les différences d'âges et de situations, il y aura toujours une minute au moins où l'homme cessera de voir uniquement dans la fcnnne une amie et une sœur. Mais ritn n'autorise à dire que Louise ait failli à ses devoirs d'épouse, et la meilleure preuve en est dans le témoignage suprême d'affection et d^estime que lui donna son mari, Perrin le cordier, en l'instituant son héritière.
Il paraît certain que Louise, comme beaucoup déjeunes filles, avait eu, avant son mariage, un premier amour : celui qui en avait été l'objet faisait partie de l'armée d'Italie. Ennemond connaissait le fait, de même qu'il n'ignora pas ensuite les stances^ parfois brûlantes, qui s'échappaient de la plume de Louise.
Un fait beaucoup moins certain que cet amour
de jeunesse, et peut-être d'enfance, c'est l'équipée
qu^on a prêtée à la jeune fdle, en l'envoyant au
siège de Perpignan, sous le nom de capitaine
Loys. Pour tout esprit non prévenu, il y a fausse
interprétation.
En ce temps de toamois et de passes d'armes, on donnait souvent aux camps rivaux les noms des nations avec lesquelles la France s'était rencontrée sur les champs de bataille. Rien d'étonnant à ce qu'on ait représenté le siège de Perpignan dans un carrousel, à Bellecour. Des jeunes filles furent sans doute admises à figurer dans ces fêtes héroïques, sous le harnais militaire, et les organisateurs étaient trop galants pour les mettre du côté des Espagnols. Le capitaine Loys et ses compagnes étaient donc dans le camp français et firent ainsi le siège de Perpignan — à Bellecour.
Parmi les contemporaines de la Belle Cordière, il faut citer Clémence de Bourges, la perle des damoiselles lyonnaises, poète et musicienne, fiancée à Jean du Peyrat. Le jeune officier fut tué dans un engagement à Beaurepaire, et Clémence en mourut de chagrin.
On voyait aussi Jeanne Gaillarde, dont Clément Marot chanta la beauté et la plume dorée, et qui répondait au poète en la langue des Dieux, Jacqueline Stuard, Pernette du Guillet, les deux sœurs, Claudine et Sibylle Scève, et cette Jeanne Creste qui, pour gagner une gageure, donna dans la rue une baiser à un ramoneur.
Que si quelqu'un s'étonne de rencontrer tant de rimeuses en un même temps, je le prierai d'observer que la poésie était le piano de l'époque et que les accords de toutes ces lyres avaient au moins
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l'avantage de s'adresser à un aiuliloirc restreint et de ne point incommoder les voI-mii^. D'ailleurs, la vie étant alors moins compliquée qu'en notre siècle, les dames disposaient de loisirs qui ne pouvaient avoir de meilleur emi^loi que la culture des lettres et la recherche du hieu dire.
La veuve d'Enneniond Perrin, la Belle C^rdière,se montra digne de la libéralité de son mari, puisqu'elle légua sa maison delà rue Confort aux pauvres de riIôtcl-Dicu. Clémence de Bouroes institua de môme des distributions périodiques à l'Aumône ^j-énérale.
Nous ne pouvons quitter le voisinage de l'Hôtel-Dieu sans consacrer un mot à deux établissements qui vivent à son ombre. Vivre n'est peut être pas le mot propre, car l'un des deux est le théâtre de Bellecour. L'autre est le Casino, où une foule turbulente s'offre, chaque soir, des passe-temps et de la poésie qui ne rappellent en rien ceux de Louise Labbé et de ses contemporains.
Quant au théâtre, je n'aurai pour lui que des paroles compatissantes. Les malades et les infirmes ont droit à nos ménagements, et il est de règle élémentaire de ne point contrister ceux qui s'intéressent encore à leur sort.
Venu au monde sous les plus brillants auspices,