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LES DEUX FOURVIÈRE

en même temps que les nies Pinuu'sc, CaqticrcUe et de V Enjant qni pisse. Les vocables des rues Misère et i^mr- 7/7//^ avaient disparu précédemment.

Nos pères qui s'entendaient à trouver des noms typiques — pris ailleurs que dans le Dictionnaire de la conversation — appelaient la montée des Chazaux tout bonnement montée du Tire- Cul.

Surtout, n'allez pas vous récrier sur cette aj')pellation. Ces anciens noms avaient le mérite de se passer de commentaires ; nos mères les prononçaient sans fausse vergogne ; on les peignait sur les écriteaux, et la morale ne s'en ]X)rtait pas plus mal. Au demeurant, l'arrêt de l'autorité, dans le cas spécial qui nous occupe, a bien pu suj^primcr le nom mais pas la cbose — ainsi que vous pouviez vous en convaincre en gravissant, tout d'une traite, les deux cent vingt-huit marches de cet escalier.

C'est ii dessein que j'omets la montée des Carmes, laquelle est plutôt un chemin tendant vers ]\lontauban. Il fallut une ingénieuse supercherie de M. Gay pour faire classer parmi les chemins montant à Fourvière, cette voie à mulets, mi-sentier, mi-escalier.

Toutes ces montées ont leurs annales, et il ne s'y trouve, pour ainsi parler, pas une pierre qui n'ait quelque chose à raconter. La plus grande partie des matériaux que nous voyons à nu dans

les murs de soutènement ou de clôture, sans parler des substru étions et des parois cachées, proviennent du forum et d'anciens palais romains.

Ce coteau était fort goûté par la colonie italienne, au temps de la Renaissance. Pilata, gendre d'Ottavio Mey, bâtit la maison qui était en dernier lieu occupée par les Maristes. C'est Pilata qui fit don à Louis XIV du célèbre bouclier d'argent que Ton voit au Louvre et que l'on prétend être celui d'Annibal : cadeau de prince à prince.

Ds l'autre côté de la rue, est l'ancien château Milan qui tire probablement son nom de Claude Paterin, chancelier du Milanais pour Louis XIL

En bas de la montée du Garillan, se trouve le palais du légendaire Gadagne ; en haut, c'est l'hôtel de la famille Gondi, d'où sortirent le duc et le cardinal de Retz. Au souvenir des Gondi se rattache celui du personnage qu'on appelait alors M. Vincent et qui est devenu saint Vincent-de- Paul. Remarquez que ce héros, en admettant les gens du monde à concourir de leurs personnes aux œuvres charitables, a le premier laïcisé la charité dont l'exercice avait été jusqu'alors réservé aux

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seuls gtns rcvcLiis d'iin canictùrc religieux. Aiiinôiii(.r de la maison de Clondi, il fui quelque temps curé deCliàtillon-le.s-I)()nibes,jadi> paioisse du diocèse de Lyon.

Voici; en face, le pensionnat de.-; Frères de la doctrine clnétienne, ancien couvent des Lazaristes bâti sur un tènemenl acheté aux Mascran i.

Enfin au sommet des Cliaz:uix, vous trouvez riiôtel de Bellegrève^ élevé par Pauli Bénedetli. Cette habitation appartint en:^uite à Mandelot, gouverneur de Lyon. Il y reçut Henri III, et aussi Henri IV, pendant le premier séjour que ce roi fit à Lyon, en 1595. La belle Gabrielle logeait à la Bréda, cette gracieu>e résidence qui, de Tautre côté de la montée, s'élève à l'entrée des jardins de Sainte-Philomène, et reconnais.^able à la jolie tour octogone qui flanque la façade.

Bellegrève, après la mort de Alaridelot, fut acquis par une abbaye de Dames, venues du Forez et dites a des Chazaux. » Jean-Jacques Rousseau y rendit visite à M^'^du Cliàtelet, pensionnaire des religieuses pour quelques mois. Les bâtiments étaient naguère affectés au Dépôt de mendicité ; ils sont aujourd'hui une dépendance de l'hospice de l'Antiquaille.

Tout Lyonnais sait que cet hospice occupe remplacement du palais des Césars, que Claude^ Caligula, Germanicus et Caracalla y sont nés,

et que Pierre Sala, bourgeois de Lyon et écuyer

de François P', fit bâtir une résidence au milieu

des vignes qui couvraient cette partie du coteau.

L'histoire de la famille Sala est celle de toutes nos familles * consulaires. Issus d'artisans dont l'un, ayant nom Laurent, était tisserand, dont un autre, Jean premier du nom, faisait des bâts pour les ânes, les Sala deviennent changeurs ; bientôt on les trouve dans les fonctions municipales et dans les offices royaux. Puis, suivant une loi qui souffre peu d'exceptions, une fois parvenue aux plus hauts degrés de l'échelle sociale, celte famille s'éteint dans une oisiveté intelligente — plus favorisée que d'autres qui finissent dans l'imbécillité !

Car c'est une loi fatale que tout homme de labeur, acheminant ses fils vers les professions libérales, voue sa descendance à Textinction. Kt l'infériorité numérique où se traîne la population française tient peut-être, pour beaucoup, à cette tendance innée qu'ont nos nationaux aisés à diriger leurs enfants vers les carrières administratives.

Les religieuses de la Visitation, ayant acheté en 1638 le château de TAntiquaille, le rebâtirent. Il nous est parvenu sous cette dernière forme, jusqu'à ces temps-ci, où le goût barbare du jour est venu lui imposer une de ces toitures en tuiles de Montchanin, qui seront une des hontes de notre architecture.

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Au-dessous de la chapelle est une construction souterraine qui, suivant une tradition con:^tante, serait la prison où furent enfermés les martyrs lyonnais et où mourut saint Pothin.

A la hauteur de l'Antiquaille, nous prenons la vieille montée de Fourvière. C'est une suite de boutiques modestes, vendant qui des objets de dévotion^ qui du café au lait; assez souvent, il y a cumul. Autrefois, les deux côtés de la rue étaient bordés de mendiants auxquels les gens à âme tendre distribuaient des liards. On se procurait même de la monnaie ad iioCj et Dieu sait quelle monnaie! Un numismate eût trouvé là une collection qui vaudrait aujourd'hui son pesant d'or.

La vieille chapelle, appelée sans doute à disparaître après raclîèvement du nouveau sanctuaire, a déjà les allures effacées d'une infante aînée qui s'apprête à céder la place à un jeune frère, sur le point d'être armé chevalier. N'importe! la génération qui s'en va ne ]:)enscra jamais, sans une pointe de regret, à la petite église dont les lignes s'harmonisaient si bien avec celles du coteau, aux toitures plates et au clocheton de physionomie si lyonnaise, qu'on voyait poindre de loin et

se profiler peu à peu sur l'azur.

Personne moins que moi ne trouvera mauvais que de nombreux fidèles aient eu le désir de remplacer le bâtiment actuel par un édifice plus somptueux et d'un style plus monumental. Mais, pour Dieu ! mes frères , ne pouviez-vous pas adopter quelque chose de moins encombrant ? Il fallait au sommet de la colline un idéal diadème de vierge ; vous y avez posé la pesante coiflFure d'un homme d'armes.

Les dimensions de l'ancien temple, objecterezvous, sont tout à fait insuffisantes. J'en demeure d'accord, tout en me disant que nosseigneurs les évêques déclarent chaque année, dans leurs mandements, que la foi s'en va, et combien il est singulier qu'à notre siècle de scepticisme il faille des églises cinq ou six fois plus grandes qu'aux âges où les croyants abondaient. Mais vos constructeurs pouvaient bien, sans réduire à l'intérieur l'espace utile, viser à diminuer l'importance des lignes extérieures au lieu de les accuser.

Le sanctuaire que l'on va déposséder se compose de deux nefs. Celle du nord fut bâtie en II 68 par Olivier de Chavannes, chanoine de Saint- Jean ; elle est dédiée à saint Thomas de Cantorbéry. L'autre, amenée par des remaniements successifs à l'état où nous la voyons, est, pour partie, d'une construction plus ancienne.

Trajan avait doté Lugdunum d'un forum magnifique, élevé sur le point culminant de la

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montagne. Pendant les jours troubles du basempire, la décadence du monument sni\-it naturellement celle de la cllJ. Touttfoi^, il existait encore, lors de rin\-asion des Sarrasii^.s, en 725. Démantelé et calciné par le feu, au pas-age de ces faroucbes dévasiiiieur^, le forum ne présentait plus qu'une ruine su;xrbe dont les dernières colonnes debout et le^ d.riiière- a-^ises s'écroulèrent en 840, à la suite d'un treni' élément de terre.

La colline avait pris son nom du monument :

Podium Fori j'ctcn's , puy de I^'^iir nWZ/'r, d'où l'appellatio/n moderne de Four\-ière. Le sonimet de Saint-Just s'appelait />o^/////7 ^'///\7/.v/r//.v/^ puy d'Ainay ; ce nom est devenu celui d'une des grandes îles situées au pied de la hauteur.

Antérieurement au d'>uzième siècle, un petit oratoire avait été bâti à la VieriTe, a\'ec les débris du forum. Il est à présumer qu.e le.> mur de la chapelle spécialement consacrée à Nutrc-Dame, moins le chœur et le }\'irvis ajc>uîé> de;u:is, ront les mêmes que ceux du sanctuaire priiriiif. Mais c'est à partir du treizième siècle seulement que la dévotion des fidèles s'vst portée à Fnurvière ; auparavant, c'était Notre-Dame de l'Iie-Barbe et la crypte des ]\rart3'rs à Saint-Irénée qui attiraient les pèkrins.

L'église actuelle dédiée, pour moitié à saint Thomas, pour moitié à la Vierge, avait -m ca:ac-

^ère d'originalité et perpétuait une tradition ,doi3Ut U ne sera tenu aucun compte dans le temple jQOuveau. Cette dualité était plus encore accusée j^dis ; car, jusqu'à la Révolution, l'église desservait une petite paroisse, dite de Saint-Thomasde-Fourvière.

Au-dessus de l'autel de Notre-Dame est une vierge noire, comme au Puy, à Embrun, à Chartres et en quelques autres lieux. L'origine de ces vierges à été fort controversée. A mon sens, il y a, dans l'emploi de ces effigies noires ou plutôt bises, une ressouvenance du culte d'Isis, la grande déesse, la déesse mère. Il ne serait même pas impossible que plus d'une fois l'image révérée n'ait fait que changer de nom. Ne sait-on pas, en effet, qu'une dulie chrétienne s'est partout substituée à un culte païen, saint Georges ou saint Michel remplaçant Thésée ou Hercule, saint Jean-Baptiste, Bal ou Apollon, et saint Denys, Bacchus?

Elle est bien à sa place, cette image de Notre- Dame, aux formes archaïques, vénérée par une suite de générations, et je ne suis pas seul à me demander si le cadre nouveau qu'on lui prépare ne sera pas un peu disparate. Il n'est point jusqu'à ces nombreux ex-voto appendus aux murs intérieurs et dans lesquels l'art n'a pas grand'chose à réclamer, qui ne fournissent leur part à cette harmonie, œuvre de sept siècles.

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