I.FS DKUX FOURVIKRE
qualité des quarante-huit accusés, déférés aux tribunaux. On connaît leur histoire : une partie d'entre eux mourut au cours de la procédure; vingt-quatre eurent la tétc tranchée ; six périrent dans les supplices, et il se produisit ce fait monstrueux, que Tun des accusés, Attale de Pergaine, fut livré aux bêtes malgré sa qualité de citoyen romain.
Où eurent lieu ces exécutions? C'est ici que recommencent les incertitudes dont fourmille l'histoire de Lyon. Il est peu de villes sur lesquelles on ait plus écrit, et pourtant tout, ou à peu près, est à reprendre en cette matière. Ainsi que me le disait un des hommes qui ont le plus contribué à redresser quelques-unes des erreurs fidèlement reproduites de siècle en siècle, d'ouvrage en ouvrage : « Jusqu'à présent, on a écrit Phistoire de Lyon ad narrandiuHj tandis qu'il faudrait commencer par l'écrire ad probandiiin. » Pendant des siècles, la tradition a placé le martyre des chrétiens lyonnais au théâtre qui s'élevait dans l'ancien enclos des Minimes et dont il reste quelques débris. Mais c'était un théâtre, et des combats de hôtes n'y pouvaient trouver place. Rien d'invraisembable à ce que la mise à la torture et les exécutions capitales aient eu lieu sur le forum; mais il resterait à déterminer où était Tamphithéàtre et où, par conséquent, Blandine et ses compagnons ont été livrés
aux fauves.
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On a proposé na cirque b&ti dans la cité romaine , aax bords de la Saône , à l'endroit occupé par le quartier Saint- Jean. On propose aussi l'amphithéâtre qui existait dans la ville gauloise — ou plutôt dans la ville fédérale — sur le coteau Saint-Sébastien, et dont nous relèverons les traces en dirigeant nos pas à la Croix- Rousse. Enfin, il pouvait y avoir un amphithéâtre sur le plateau où est bâti le Grand-Séminaire. Seulement, rien n'est prouvé, et M. Renan luimême s'est refusé à conclure. Faisons comme lui.
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Trente ans après ces événements éclata^ entre Albin et Sévère, cette lutte qui tint en suspens tout le monde romain, c'est-à-dire les trois quarts de l'univers alors connu. La- rencontre des deux compétiteurs eut lieu aux portes de Lyon — sur le plateau bressan, selon toutes probabilités. Trois cent mille hommes combattirent tout le jour, et la victoire resta à Sévère. Lugdunum avait embrassé le parti d'Albin : aussi les représailles exercées par le vainqueur furent-elles implacables. Tout fut mis à sang et à feu. Des pâturages, disent les historiens, poussèrent sur l'emplacement des palais.
LES DEUX FOURVIKKE 5I
Mais ce ne fut pas tout. Lorsque vint, quelques années plus tard, le dixième anniversaire de l'avènement de Sévère^ une partie de la population refusa « de placer devant ses maisons des guirlandes et des lampes allumées » , et de s'associer aux sacrifices qu'offrait la municipalité , désireuse de regagner la faveur de l'empereur.
Il n'est point aisé de déterminer quelle juste part revient aux sentiments politiques et aux croyances religieuses, dans ce refus de pavoiser et d'illuminer — comme nous dirions maintenant.
En tout cas, leur conscience interdisait aux disciples de la foi nouvelle d'invoquer la divinité de l'empereur, nwnen impcratoris.
Si, de nos jours, il n'en faut pas davantage pour êlre signalé à la vindicte publique, c'était bien autre chose en des temps où les majorités avaient contre les minorités des procédés plus \
expéditifs que les nôtres. Ce fut une \éritablc tuerie, on força les récalcitrants jusque dans leurs maisons, et dix -neuf mille d'entre eux périrent ''^i
dans ce massacre qui précédait de treize siècles celui de la Saint-Barthélémy.
Plusieurs historiens lient les deux faits et pensent qu41 n'y eut qu'un seul massacre, lors de l'entrée de Sévère à Lyon. Mais tous sont d'accord sur le chiffre des victimes et tous estiment que, dans ce carnage, les haines de partis tinrent une grande place.
C'en était fait des beaux jours de Lugdunum.
Née avec l'empire, la cité déclina en même temps que lui. Si ses palais, abattus par Sévère, se rebâtirent, ce ne fut que sous une forme misérable. Et d'ailleurs, la colonie de Plancus était si bien frappée dans ses organes vifs, qu'elle ne devait plus jamais renaître de ses cendres. C'est un nouveau Lyon qui se formera au pied de la colline, sur la rive droite de la Saône, pour envahir plus tard le delta et la rive gauche du Rhône.
Plus harmonieusement disposé que la ville nouvelle, l'antique Lugdunum se développait dans cette sorte de golfe qu'enserrent les crêtes de Loyasse, Fourvière, Saint- Just et Saint- Irénée. Sous un ciel affranchi du brouillard qui étreint la cité moderne, la cité romaine profilait ses gigantesques aqueducs, son théâtre, son forum, ses thermes, ses portiques, et n'ayant pas d'enceinte, n'étant limitée par aucun obstacle naturel, elle pouvait espacer ses maisons dans la verdure des jardins. Aux patriciens désireux de larges résidences, les pentes qui regardent là Saône et les îles du confluent offraient mille emplacements à d'admirables villas.
LES DliUX FOURVIKK'K 53
Malgré ce qu'en ont dit les auteurs latins, il est probable que la destruction prononcée par Sévère ne s'appliqua point aux édifices publics. Le vainqueur d'Albin fit lui-même séjour à Lyon et son fils Bassianus Caracalla paraît y élre né ; il y avait donc encore une résidence impériale- De plus, les aqueducs existaient au temps de l'invasion des Sarrazins, en 7:5, ainsi que de notables parties du forum. à
Après l'édit de pacification de Con^tantin^ un f
des successeurs d'Irénée, saint Patient, érigea en l'honneur des martyrs lyonnais une superbe basilique dont Sidoine Apollinaire nous a laissé une fort belle description. Mais où s'élevait ce temple? C'est encore matière à controverse.
Ce monument occupait-il la place de l'église actuelle de Saint-Just, ou de Saint-Irénée, ou de Saint-Nizier .^ La première version a pour elle l'inscription posée au fronton de Saint-Just. La seconde s'appuie sur l'existence d'une cryjHe, assurément fort anciemie et dont certaines parties sont de construction frallo-romaine. Enfin, les partisans de la dernière invoquent le texte de Sidoine Apollinaire disant que, de l'intérieur de la basilique, on entendait K's cris des niarinicrs. Or, le voisinage du courant, autrefois si fort à raison des roches, et qui^ à défaut tic quais, devait se produire pins près de vSaint Ni/icr, expliquerait seul ces cris qui ont frap[)c le poèlc et que
nos modères poussaient encore, il y a peu d'années.
Quoiqu'il en soit de la basilique décrite par Sidoine Apollinaire, il y eut, plus tard, une église des Macchabées, au point de jonction de la rue de ce nom et de la rue de Trion. Elle fut abattue par les protestants en 1562, et ces fils des persécutés ne surent point respecter les ossements des martyrs, recueillis et conservés dans la crypte.
Saint- Just formait, au moyen-âge, une baronnie ecclésiastique. Le cloître, — il était, soit dit entre parenthèses, à Saint-Irénée et non à Saint- Just — le cloître, flanqué de vingt-deux tours, fut sans contredit la plus forte citadelle élevée sur le territoire lyonnais. Il servit de résidence à plusieurs souverains et à plusieurs papes.
Innocent IV habila Saint- Just pendant six années; c'est de là qu'il convoqua le premier concile œcuménique tenu à Lyon en 1245.
Clément V y fut élu et couronné, soixante ans plus tard. A l'occasion des fêtes de son couronnement il se produisit, à la montée du Gourguillon,
l:^s dm'x fourvkikf 55
ce grave incident emo<4i>lré par tous nos cliro niqueurs.
Le cortège se rendait en {)onij)c à la calbédrale, quand, le nonverai j^t^ntifc arrixant en face du couvent du Verbe-Incarnû, un mur char«.:;é de spectateurs s'écroula. Le pape fut renversé et perdit une des pierres de sa tiare ; douze des seigneurs de son entourage furent écrasés; le duc de Bretagne, qui tenait les rênes de la mule pontificale, violemment contusiunné, mourut deux jours après.
L'histoire a fidèlement enregistré le compte des nobles victimes, mais ne dit pas mot des simples mortels qui étaient sur le mur et qui le suivirent dans sa chute. D'où je conclus que, déjà en ces temps éloignés, la chronique recherchait les noms à effet.
A la suite de la prise d'armes de Pierre de Savoie, ce fougueux prélat qui ne craignit pas de déclarer la guerre à Philippe-le-l>e], Tenceinte fortifiée de Saint-Just fut démantelée. Les calvinistes, plus tard, achèvent de la renverser.
Le cloître guerrier disparu, le calme et le silence reprirent de nou\'eau possession de l'espace où s'élevait la ville des Césars. Rien n'annonce que, de longtemps, il doive en être autrement ; car Lyon s'avance constamment \'ers le levant, se déversant de jour en jour dans les terres dauphinoises.
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Dominant tout ce qui fut et seraLyon, l'église deFourvière se dresse au-dessus de ses verts bosquets. Si l'on peut élever quelques critiques contre l'œuvre de l'architecte, il n'y a qu'une voix pour féliciter la commission administrative. En achetant les jardins qui couronnent la colline, elle assure à la ville la conservation d'une de ses plus belles parures et à l'église la plus magnifique avenue que puisse avoir un monument.
CLOITRE DE St-JEAN ET SES ENTOURS
Deux pans de murs, rue de la Eonibardc cl rue Tramassac, tcinoigucnt tiicore do raiicieiuie puissance temporelle des comtes de Lyon.
Nous sommes ici diuia le I.yon des rois burgondes, devenu plus tard le Lyon des nrctievOqucs. Ce n'est pas que les bords de la rivière n'aient été lie bonne heure couverts d'habitations, m.:iâ la véritable cité fut pendant longteinps sur les hauteurs.
Les mariniers, les trafiquants, tout ce qui forme l'élément spécial des grands centres d'échange : entrepôts, tavernes, logements de gens à la lâche, devait se trouver dans la partie basse de Lugdunum. Les actes des martyrs font mention d'une pauvre veuve nommée Lucine, qui habitait le
faubourg de Pierre-Encise et qui cacha chez elle des chrétiens poursuivis.
Nous avons parlé d'un amphithéâtre que plusieurs auteurs placent dans la partie plus spacieuse où s'élève l'église primatiale de Saint- Jean. On présume qu'il s'y trouvait aussi le temple dédié à Antonin d'abord, puis à Lucius Verus, et qui prit le nom d' a Autel des Césars ». Assez souvent, les églises chrétiennes se sont substituées à des sanctuaires païens .
Mais ce n'est point Saint- Jean la première en date des églises bâties à cet endroit. L'évêque Patient, au cinquième siècle, aurait fondé Saint- Etienne, et Arige, au septième, aurait élevé Sainte-Croix et un baptistère dédié à saint Jean- Baptiste.
Une partie du terrain où l'on construisit le baptistère avait été donné par un pelletier, mû sans doute par une dévotion particulière envers le patron de sa corporation. En souvenir de cette libéralité, le jour de la fête du Précurseur, les deux doyens de la corporation des pelletiers étaient admis à se présenter, montés sur leurs mules, aux portes de l'église où le clergé venait les recevoir.
Le baptistère, agrandi et rebâti par Leydrade, devint l'église principale et la cathédrale. Les trois églises sœurs ont subsisté jusqu'à la Révolution.
CLOITRR DE SAINT- JEAN ET SES ENTOURS fQ
Quand les rois biirgondes s'établirent à Lyon, Saint-Etienne fut l'objet particulier de leur faveur : ce qui autorise à croire qu'ils habitaient un palais qui précéda celui de Roanne et que Saint- Etienne était leur paroisse.
C'étaient de fières natures, ces chefs burt^ondes, et qui ne le cédaient en rien aux rois franks. Venus des bords de la Balticiue, ils paraissent sur le Rhin, dès l'année 370, et jn*enncnt ])ic(l dans la Gaule orientale, sous Honorius. En 463, Ciondicaire mourut à Lyon dont il avait f;iit sa capitale.
Son fils Gondebaud n'est <Tucre mentionné dans l'histoire qu'à l'occasion du maria|;c de sa nièce Clotilde avec Clovis. Il fut poiirlant un prince éminent. Parvenu à régner seul sur ceux de sa nation, comme Clovis sur les Franks — et grâce aux mêmes moyens violents — Gondebaut se montra législateur remarquable.
Après un règne de quarante-quatre ans, il eût sans doute fondé une dynastie sans la haine implacable dont la reine Clotilde poursuivit les fils du meurtrier de son père.
Pendant des siècles et à plusieurs reprises, Lyon s'essaya au rôle de capitale, sans y réussir jamais d'une façon stable. Objets d'une défiance
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particulière de la part de leurs voisins, tous les princes qui établissent leur siège à Lyon succombent bientôt sous une coalition. Mais, en revanche, la cité devient ainsi une sorte d'état neutre et y prend ce caractère sut generis qu'elle conserve encore.
Vous souvient-il d'une musique de régiment poméranien qui visita Lyon, vers 1865 ? De grands gaillards, aux cheveux jaune paille, ;iux pommettes saillantes et rouges, aux yeux d'un bleu incertain, l'allure pesante et solide, les traits empreints d'une brutalité soumise. Ce sont les frères des Burgondes, et -^ ne vous en déplaise, monsieur, et vous surtout, madame — quelques-uns de nous avaient des cousins parmi ces doux lourdauds.
Moins farouches que les autres barbares, les Burgondes étaient chrétiens depuis leur arrivée en Gaule. Ils se présentèrent moins en conquérauts qu'en colons, et, en faisant la différence que comportent les temps et les circonstances, on peut dire qu'ils furent accueillis comme le sont leurs petits neveux d'Allemagne lorsqu'ils se rendent en Amérique.
La Gaule, ruinée par le fisc et par les guerres, était redevenue une sorte de terre manquant d'habitants et de bras ; faute de revenus, le Galloromain ne pouvait plus payer l'impôt; l'agriculture fut sauvée « par ces hordes, aux cheveux
CLOITKK I)K SAINT-.IPAN iri' SI'IS KNTOIJK'S ()l
enduits de beurre liuice, dédaigneuses des vers de six pieds en i)résenee de leurs /guerriers (jui en mesuraient sept, et sentant l'ail et l'oignon. »
Certes, il y avait loin de ees intrus au jeune patricien lyonnais, ^Sidoine Aj)()llin;iirc', qui nous en a laissé ce portrait j^eu engagciuit. r>levé dans tous les ranineniunts intellecluels et toutes les délicatesses de la \'ie romaine, gendre d'un empereur, Sidoine, (pii devait mourir cvêcpic de Clerniont, ressentait déj;\ toutes h s répulsions qu'é[)r();ivera le gentillionnne de Versailles à regard du manant tle 17^9.
Mais c'est longtemps ncuis attarder dans le voisinage de cette église Saint-Iùienne, aujourd'hui disj^arue. Finissons ce que nous avons à dire des barbares, en constatant combien les 1^'ranks, au contraire^ furent j)eu symj)al.bi(pics aux ])opulations plus particulièrement romanisécs du bassin du Rhône. Ils|)urent soumettre c<:s contrées, mais ils ne réussirent point à y j)iendre racine.
Après les burgondes^ les mérovingiens; puis Charieniagne et les princes de sa maison; reconstitution d'un royaume de I)Ourg()gne, dont le chef Boson est couronné dans celte même égHse Saint- Ktienne; enfm le pouvoir, un moment aux mains des comtes de Lyonnais et h'ore/, pas:,e aux archevcquesqui prennent, conjointemt ni av((: les chanoines, le titre de comtes de Lyon. Ce titre, ainsi que le privilège de pcjrter la mitre, ils le garderont aussi longtem[)s ({uc durera la monarchie.
02 A TRAVERS LYOK
Lorsqu'il perdit son autorité temporelle sur la ville, le chapitre de Lyon n'en conserva pas moins une puissance et un prestige considérables. Souverains dans toute l'étendue d'un quartier fermé d'une haute muraille, seigneurs de trente-deux baronnies dans le Lyonnais et le Forez, en possession du droit d'élire l'archevêque auquel l'enceinte du cloître n'était ouverte qu'après que le nouvel élu avait juré d'observer les franchises du chapitre, les chanoines de Saint- Jean se recrutaient parmi les plus hautes familles de la contrée. Ils fournirent plusieurs papes à l'Eglise; quant aux évêques et cardinaux sortis de Saint- Jean, ils sont si nombreux que l'église de Lyon y gagna le surnom de « maison de pourpre ».
La bannière sur laquelle se détâche le lion héraldique et qu'on portait naguère en tête des processions, est le dernier signe historique d'une souveraineté dont le peuple ne paraît pas même avoir gardé la mémoire.
Leur église — celle de Saint- Jean — construite par parties à diverses époques et dont la façade ne fut achevée que sous Louis XI, n'offre point la souplesse de lignes et la richesse de décors que présentent les grandes cathédrales du Centre et du Nord. Le monument est quelque peu raide et froid, d'une expression sobre, d'un style empreint, pour ainsi dire, du caractère lyonnais.
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Vous n'attendez pas que nous la visitions par le menu, que nous fas.sions l'historique de chaque chapelle, que nous montions aux régions aériennes où se balance le bourdon, ni que nous bayions béatement devant cette horloge détraquée qu'admirent de confiance les populations a ossianiques » des montagnes — ainsi que les qualifie un des historiens de notre cathédrale. Vous j^ouvez les voir, ces visiteurs qui ne viennent pas tous de la montagne, entrer par groupes, franchir tout d'une traite la nef septentrionale dans sa longueur, sans souci des fidèles qu'ils bousculent ni de Tofiice qui se dit; puis, se plantant devant l'horloge, se pousser du coude et échanger des regards entendus. Le mécanisme est arrêté depuis longtemps, et fût-il en mouvement que nos gens n'y comprendraient goutte. Ce qui ne les empêche de se retirer aussi satisfaits que s'ils eussent contemplé une des sept merveilles du monde.
Au milieu de la place et aux quatres faces d'un édicule décoré d'un groupe de Honnassieux, coule une des rares fontaines de notre ville, alimentées par une source. C'est de la source dite des Chazaux que sont dérivées presque toutes les prises d'eaux du quartier.
Aller quérir de l'eau à la fontaine fournissait autrefois de charmants tableaux pour les yeux de l'artiste et du promeneur. Permis aux économistes de proclamer qu'à ce manège il se dépen-
sait bien des efforts et se perdait bien du temps. Mais plus d'une fillette, se remémorant l'aventure de Rebecca qui trouve un mari à la fontaine, se murmure qu'après tout celle-là n'avait nullement perdu son temps ni sa peine.
Tout à côté de Saint-Jean, s'élève un très ancien bâtiment, dont l'origine a exercé bien des plumes. C'est la vieille Manécanterie, ainsi nommée parce qu'elle servait de résidence aux enfants de cœur : mane cantare, chanter matin.
Et, de fait, ils chantaient matin, les petits clercs du chapitre, puisque les matines commençaient à trois heures. De plus, ils chantaient sans livres ; car l'usage constant de la primatiale, jusqu'au dernier siècle, fut que tout l'office se chantât par cœur.
C'est au maintien de cette coutume qui nous paraît si singulière, que l'église de Lyon doit en partie la conservation de sa liturgie. Quant M. de Montazet (1779) voulut bouleverser l'antique rituel, il commença par introduire des livres au chœur, et, depuis, tout archevêque de Lyon a "u aisément se donner la joie, à chaque édition ouvelle, de faire quelque amputation partielle U vieux bréviaire lyonnais.
La Manécanterie est-elle la construction élevée ar Leydrade, et dans laquelle il annonçait à Iharlemagne avoir installé l'école des clercs? Ce 'est point impossible ; mais il est une opinion