CLOITRE DE SAINT-JEAN ET SES ENTOUKS
qui, sans rien enlever de son antiquité à la façade, en explique ainsi l'étrange physionomie. Ce qui est aujourd'hui une façade extérieure aurait été une des deux parois intérieures de l'ancien cloître des chanoines. Lors de l'achèvement de Téglise, les parties restées debout de la vieille demeure claustrale furent démolies, et cette paroi conservée seule serait alors devenue la façade d'un bâtiment élevé par derrière.
Ce n^en est pas moins la plus ancienne construction que nous possédions. Si la démolir un jour devenait inévitable, il serait à souhaiter qu'on rétablît, là ou ailleurs, cette vénérable façade, témoin de plus de dix siècles écoulés.
L'école des clercs qui s'y trouvait est devenue, depuis quelques années, le Petit-Séminaire de la Primatiale. Savez-vous qu'il ne doit pas exister beaucoup de collèges ayant une antiquité aussi authentiquement établie, et en mesure de célébrer, avant la fin du siècle présent, le onzième centenaire de leur fondation.
Le mot cloître s'entendait en deux sens. Il y avait le cloître ou clôture monastique des frères de Saint -Etienne devenus chanoines de Saint- Jean, qui datait de l'époque où ces ecclésiastiques vivaient en communauté. La façade de la vieille
Manécanterie serait, comme nous Pavons dit, un reste de Tancien claustral. La chapelle basse, ouvrant sur la nef de droite et où se chantent les offices de la semaine pendant l'hiver, est assurément une des galeries du cloître construit au douzième siècle.
A la même époque, l'église de Lyon étant devenue souveraine, enferma ses trois sanctuaires — Saint- Jean , basilique primatiale , Saint- Etienne , ancienne cathédrale , Sainte-Croix, église paroissiale — le palais archiépiscopal et les diverses résidences des dignitaires et des membres du chapitre, dans un cloître ou enceinte forte. La Saône, au levant, la façade méridionale de l'avenue de l'Archevêché et la rue des Deux-Cousins, au midi, la rue Tramassac, au couchant, la rue de la Bombarde, au nord, dessinent exactement cette clôture seigneuriale.
Les chanoines ne pouvaient sortir du cloître qu'à cheval, les règlements voulant indiquer que, s'ils s'éloignaient temporairement de leur église, c'était pour raison de voyage.
De toutes les maisons affectées au logement des dignitaires, la plus remarquable est celle qu'on voit encore à l'angle de la rue Saint- Jean et de l'ancienne rue Porte-Frau. Bâtie au seizième siècle, elle était la résidence du Chamarier, qui avait dans ses attributions la police du cloître et qui se trouvait ainsi posté à l'entrée principale.