LÉON BONNAT VERS
Ad. Braun, pit.
Lé
places ? — Non, monsieur, mais je suis dispensé de faire ce concours comme second grand prix depuis trois ans.
— Est:il possible ! et vous n'êtes pas remonté en. tr qu'avez-vous donc fait? — Je suis allé travailler à
Rome. J'ai beaucoup étudié d’après les maîtres, et je
viens d'exposer au dernier Salon un tableau, Adam et
Eve devant le corps d'Abel. — Alors, c’est vous qui êtes
Bonnat ? — Oui, Monsieur. » M. Signol se lève, me serre
la main et ajoute : « Permettez-moi de vous féliciter,
monsieur, l’Académie vous à rendu justice et a été
charmée de votre talent; de plus vous donnez aujourd'hui un bel exemple à ces jeunes gens en revenant, après
un tel succès, travailler sur ces bancs. » Vingt ans plus tard, lorsque je devins son confrère à l’Institut, ce brave homme me rappelait sa correction de l'Ecole des Beaux- Arts... Je ne l’ai jamais oubliée! RS
« Ce sont tous ces souvenirs-là et bien d'autres encore qui m'ont fait accepter le poste de directeur, et je n’entre jamais « au cours du soir », dans le vieil hémicycle où travaillent encore les élèves, sans cligner de l’œil vers le coin de droite où pate jadis le sque-
lette, mon voisin cette semaine-là. »
Mieux que personne, le maitre me. peut évoquer avec orgueil le passé, mais il n’y a pas un artiste ayant travaillé dans cette noble maison qui, lorsque le hasard l'y ramène, ne sente son cœur battre d'émotion (1),
(1) Encore un amusant souvenir du Maitre Bonnat :
« Je nai vu M. Ingres qu’une fois. Il traversait la cour de l'École des Beaux-Arts. Jamais je n’oublierai ce petit corps rondelet mal affublé d'un vêtement trop long, court, trapu, terminé par une tète superbe,
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L'histoire de l'École des Beaux-Arts est si intimement liée à l’histoire de l’art français |...
L'École des beaux-arts occupe l'emplacement du couvent des Petits-Augustins fondé en 1613 par Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, fantasque princesse qui avait parlagé sa vie « entre la volupté et la dévotion »..
Plus tard, la reine Anne d'Autriche acheva l’œuvre commencée par « la reine Margot». Jusqu'à la Révolution les « Auguslins » furent fort à la mode ; il convenait d'y venir entendre la messe et de s’y faire enterrer;
forte, nâle, ayant je ne sais quoi d’une tortue. C'était un de nos plus grands peintres qui passait.
«-A l'École j'ai deux fois été corrigé par Horace Vernet, un petit homme sec, vif, n’ayant comme on dit que la peau sur les os. Sa correction vaut la peine d’être notée. Il passait derrière les élèves, disant à chacun son fait. Arrivé à moi, il me dit brusquement, en regardant mon dessin : « Qu'est-ce que c’est que ça ? Les portes de la prison de « Mazas? » et il passa à mon vois'n.
__ « J'étais fort jeune, très dési cux d'apprendre, plein de vénération pour un homme dont le talen a été trop décrié depuis, mais qui, à ce moment-là, rayonnait encore de sa gloire passée. Dès Ie lendemain, au petit jour, je traversai Paris et allai contempler les fameuses portes de Mazas. Au premier coup d'œil je compris ; mon dessin ressemblait à des pierres de taille ; je dessinais trop par carrés.
« J'ai suivi Delacroix par unc belle après-midi, du pont des Arts où je le rencontrai, jusqu'à la ruc Notre-Dame-de-Lorette où était son atelier. Il devait sortir de l’Institut, je le reconnus d'après ses photographies. Il s’arrêtait de temps en temps, inclinait sa tte en arrière tout en clignant les yeux. J'ai compris depuis lors qu'il se rendait compte d'un effet ou aralysait les couleurs. (L. BONNAT. Étude sur Parue, extrait de la Gazette des Beaux-Arts, mai 1889.) »
mais, dès 1790, le couvent désaffecté devint domaine : national et fut désigné pour recevoir et centraliser les objets précieux provenant des édifices religieux. Il le fallait, car les décrets interdisant « de détruire, mutiler ou altérer les monuments des arts » étaient absolument | méconnus ou violés, les vandales révolutionnaires ne connaissant rien de plus agréable que de couper les têtes et de briser les nez des saints de bois et des rois de marbre. CRE |
Au milieu de tant de désastres, un homme admirable — l'architecte Alexandre Lenoir, conservateur du dépôt des Pelits-Augustins — s’employa avec un courage héroïque et une indomptable ténacité à sauver nostrésors artistiques saccagés férocement, méthodiquement, joyeusement. LATTES
Il faut lire, dans les trois volumes consacrés par l'éminent M. Courajod à cette triste période de notre histoire, le récit des luttes effroyables soutenues par A. Lenoir contre l'ignorance, l'envie, la soitise, la barbarie (1). 11 doit même-vaincre « l'opposition multipliée