‹ A travers ParisChapitre 20 sur 90 · RUE · texte numérisé non relu

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96 Fa A TRAVERS PARIS

le héros de cent combats, le « Brave des braves de ;

L'œuvre admirable du grand statuaire Rude dut: elle- | 4

même subir un fâcheux déplacement. De récents travaux d’édilité l’ont enlevée de l'endroit où tomba le maréchal

(exactement devant Ie numéro 43 de l'avenue de l'Observa-

toire), — on l’a réédifiée en face : Ney Me SN hui le mur devant lequel il fut fusillé.

Mais en poursuivant notre promenade jusqu'à Ja grille même de l'Observatoire, en longeant, à l'ombre des marronniers déjà jaunissants, les murailles humides des maisonnettes el d2s communautés voisines, il est.

facile de se figurer les entours du Luxembourg le 4

7 décembre 1815, 3

La veille, le maréchal avait été conne par 1 Chambre des pairs, « celte assemblée où régnaient, avec la terreur, la haine et la vengeance ». Cent trente-huit pairs sur cent soixante- -un avaient voté la mort « selon les formes militaires » ; une bête féroce, le comte Lynch, avait rugi : « La LatHobAel » (1).

Ney, ramené au Luxembourg dans la pelite pièce

grillée qui, au second étage, lui servait de prison, après avoir diné de bon appétit et fumé un cigare, s'était

endormi tout habillé, A trois heures et demie du matin

le chevalier Cauchy l'avait réveillé pour lui lire l'interminable arrêt de condamnation. « Au fait, au fait!

(1) H. Houssaye, 1815, 3 volume, p. 579. Cette admirable vide” du maître H. Houssaye est d’ ailleurs à consulter dans son entier. Elle fait revivre cetts effroyable époque avec une impressionnante vérité.

= Le —

les autres condamnés militaires: mais le gouvernement,

Il faisait un temps affreux, sombre, glacial ; l'escorte était nombreuse, nd grenadiers de la Roque- : jaquelein, gardes nationaux (1). Le fiacre suivit la grande allée du Luxembourg et s’arrêta dans l’avenue de l'Observatoire, cinquante mètres plus loin que la grille, devant un mur bas, | .…. « Comment, c’est Ià ? » fit avec ‘élonnement le-maréchal qui croyait être conduit plaine de Grenelle comme

redoutant les manifestations Re avait décidé d'« escamoler » le prince de la Moskowa !

Michel Ney, en deuil de son bcau-ptre, portait une ample redingote gros bleu, chapeau rond, culotte et bas de soie noirs. Il alla de lui-même se placer fièrement devant le Root d'exécution, — douze sous-officiers revêtus de l'uniforme des vétérans : - — Camarades, s'écria-t-il, tirez là... droit au cœur... — Joue... feu ! cria précipitamment l'adjudant-commandant Saint-Bias.

- Le maréchal tomba, frappé de dix balles... les lambours battirent, les bourreaux crièrent « Vive le Roi y puis s'éloignèrent, laissant « le- Brave des braves »

7 « L’officicr de la garde nationale qui a commandé hicrle déta- :hement chargé d'assister à l’exécution du maréchal Ney est Chatillon, surnommé le beau danseur, parce qu’il a succédé à Trénis dans loë bals de la haute société. Il a été mon chef de hurcau au Ministèce des Cultes, sous M. Darbaud, chcet de division. Le royalisme de Chatillon l'a sans doute fait choisir pour cette rude corvée. » (8 décembre 1815, Crarces Maurice, [listoire anecdotique du Thédire, t. 1, p. 214.)

gisant dans la boue, face en avant, en une mare de sang ! (1)

Le ‘sévère bâtiment de l'Observatoire où retentit ce sinistre feu de peloton s’est peu modifié ; de hautes coupoles surmontent aujourd’hui les salles contenant les

(4) Ertrait des rapports des Commissaires de police (7 décembre 1815). — Le jugement rendu contre l'ex-maréchal Ney a été exécuté ce matin vers 9 heures sur le terrain de la demi-lunc extéricure de l'avenue du Luxembourg. Le cadavre est déposé à l'hospice de la Maternité (quartier de l'Observatoire).

… La condamnation du maréchal Ney à la peine capitale n'a sur -pris personne, tout le monde s'y attendait, ct cette nouvelle ne paraît pas avoir produit dans l'esprit du plus grand nombre d'autres sensations que celle de la curiosité satisfaite. Il n’en est pas de même parmi les militaires. (quartier de la Cité), (Archives Nationales), F 7, 38-38.

« .… Ge soir-là, le duc de Berry trouva à propos d’aller à la Comédie-Française. Son entréc fut applaudie et le marquis de P...lui dit en se frottant les mains : « — Encore deux ou trois petits pendus, Monseigneur, ct la France sera à vos pieds ! » (Henry Houssaye, 1815, tome III, la Seconde Abdication, la Terreur Blanche, page 585.)

«.…… La défection de Ney, après sa promesse à Louis XVIII de ramener Napoléon dans une cage de fer, et son cri de sauve qui peut | à la Chambre des pairs le 22 juin, avaient déchainé l'opinion contre lui. Un revirement total se fit aussitôt après sa mort. (Cf. 1815, II, 70-71 et rapports de police, 45 août, 13, 47, 22 nov., 3, 5, 6, 7, 8 et 9 déc., Archives Nationales, F.7, 3775 et F.7. 3199.) Wellington au Czar, 8 déc. (Dispatches, XII. 713). — Étienne Arago m'a redit, ily a vingt ans, ce mot shakespearien d’un homme du peuple devant le cadavre de Ney : « On l’a débarbouillé avec son sang ». (Ienry Hous-

saye, 4815, tome III, la Seconde Abdication, la Terreur Blanche page 565, note 3.) |

-instruments astronomiques nécessaires aux locies locataires du vieil édifice fondé par Colbert, édifié de 1667 à

1672 par CI. Perrault et inauguré par Cassini (4). Notre

ignorance (sans aller jusqu’à ajouter foi à la légende

populaire -qui en fait le cimetière des anciens astronomes ensevelis — en long — dans les lunettes réformées) $ ’ É nous interdit toute compréhension des prodigieux calculs … élaborés en ce docte logis dont les environs sont reslés

délicieusement vieillots et évocateurs.

De grands bâliments religieux, des jardins de couvent “3

enserrent l'Observatoire, et aussi de petites rues où de tout temps ont logé des artistes. De jolies demeures modernes remplacent les maisonneltes qui jadis donnaient sur la campagne, car ce lointain quartier était bien « la campagne » . de grands arbres formant allées couvertes, des lilas, des jardins maraîchers... et la gracicuse stèle Louis XVI autour de laquelle dansent les

nymphes, délaissée aujourd’hui, au numéro 10, en un -

coin du jardin de l'excellent peintre Cottet, dut présider à quelques fêles données vers 1787 en une « maison des

champs », car il s’en trouvait certainement rue Cassini, témoin le vieux porche élevé de quatre marches, épave

charmante oubliée au numéro 6! Une lithographie de Regnier, dans les Æabitations des personnages célèbres, nous montre le modeste logement du grand Balzac en

(4) L'emplacement fut déterminé par les calculs astronomiques de

façon à ce que la méridienne de Paris le diviso en deux parties A Deux coupoles datent de François Arago, !

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