EXÉCUTION DE MALET ET DE SES COMPIICES
Typogr. Claye et Taillefer.
avait été mêlé, râlait encore : « Vive l'Empereur ! », la poitrine trouée de balles (1).
. (1) Extrait du Procès-Verbal de l'ex-général de brigade Malet.—
« Arrivés sur le terrain, M. le Juge rapporteur, accompagné du gref-
fier, a donné lecture du jugement, à haute et intelligible voix, en présence de la Garde impériale et des troupes de la garnison de Paris réunies sous les armes et de M. Duncepart, maire.
« Cette lecture terminée, les condamnés Malet, Lahorie, Guidal,
mp 1 À
Toujours devant ce mur tragique tomba, le 19 août 1815, à six heures et demie du soir, le général de Labédoyère, colonel commandant à Grenoble le régi-
ment qui le premier se rallia à Napoléon lors du retour de l’île d’'Elbe. Livré par trahison, Labédoyère — nom-
mé général avant Waterloo — avait été arrêté le 2 août au numéro 5 du faubourg Poissonnière, alors qu'avant de s’expatricr, il venait embrasser sa jeune femme et son enfant. Labédoyère fut condamné à mort ; vainement sa femme s'était jetée aux genoux du Roi; Louis XVIH, qui redoutait les émotions, n’avait rien voulu entendre. Intrépide, Labédoyère vint se placer debout devant le peloton d’exéculion : « On ne me refusera pas, s’écria-
t-il, le plaisir de commander une dernière fois l'exercice
à de braves camarades. Mes amis tirez, et ne me manquez pas... En joue... feu ! » Le même jour le maréchal Ney était écroué à la Conciergerie (1).
Soulicr, Picaquerel, Fessart, Lefebvre, Steenhower, Regnier, Boccheiampe, Beaumont, Bordericux ont été mis à mort à 4 heures du soir par un piquet de la garde tiré des grenadicrs.….
« Les cadavres des susnommés ont été enlevés par les soins de M. Dunepat, maire de la commune de Vaugirard et transportés au
lieu des sépultures de ladite commune pour ÿ être inhumés, confor-.
mément aux lois et coutumes... (Archives du Conseil de guerre. - « Afaire Malet »). ; CAS (4) « Labédoÿère fut lo dernier soldat exécuté dans la plaine de
Grenclle. Par un hasard étrange, la place choisie derrière la caserne
Dupleix sur les murs de laquelle on retrouvait encore au commence-
ment du siècle la trace des balles qui n'avaient pas porté, occupait
l'emplacement de l'ancienne justice de Saint-Germain-des-Prés. n (Histoire de Vaugirard, par Joseph Laparcs, tome 1er, p. 373.)
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C’est l'emplacement de ce mur devant lequel sont venus mourir tant de vaillanis que nous recherchions l’autre matin. A l'endroit où, jusqu’en 1861, passa l'enceinte de Paris, s’incurvent aujourd’hui les arches de pierre supportant le chemin de fer métropolitain, et un immense quartier, sombre et trisle, couvre maintenant la plaine de Grenelle. Que d'usines, que d'industries, que de dépôts de charbon de terre, que de hautes maisons ouvrières, dominés par la tour Eiffel et la Grande Roue, épave immobile de l'Exposition de 1900! On a remblayé les pentes conduisant à la Seine (jadis boulevard de la Cunette) ; parfois, entre deux bâlisses neuves, apparait un champ pelé, jaunâtre, reste de la « plaine » de Grenelle. La caserne Dupleix existe toujours, mais l'intervalle qui, jusqu’à la Restauration, la séparait du mur d'enceinte, est couvert de maisons modernes.
Le mur de la caserne, autrefois longé par les cortèges des condamnés, clôt aujourd'hui les arrière-cours de la rue Clodion. Il commence rue Desaix, près d’une ancienne porte condamnée, émerge au-dessus de palissades grises et, par un coude, s'enfonce à gauche derrière les immeubles précités. L’obligeance du marchand de vin voisin met à notre disposition une échelle qui nous permet de voir par-dessus Îles palissades.… Voici le mur, noir, disloqué, lépreux, devant lequel ont passé tant de malheureux marchant à la mort 0
- brouhaha trouble notre rêverie : une clas:e enfantine
lâchée à l'heure du déjeuner envahit la rue ctse masse,
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curieuse, autour de l’échelle sur laquelle est juché « UD monsieur qui regarde l’herbe »! II faut déguerpir et obtenir de concierges renfrognées et soupçonneuses l'autorisation d’inspecter leurs courettes..…. Quelques mètres plus loin, nous arrivons au viaduc du Métro et nous atteignons l’endroit même où s’adossaient les condamnés, face à la plaine. C’est, à peu près, l'emplacement du guichet de sortie des voyageurs descendant à la « station Dupleix ». Aujourd’hui, devant nous, s'élève,
au numéro 64 du boulevard de Grenelle, un hôtel borgne, l'hôtel de Bourgogne, et à côté, « le Petit Louvre ». Là s'étale une enseigne sur calicot apprenant aux fins gourmets du quartier, que « la Mère la Fraicheur est revenue avec ses huîtres »... Lés voyageurs affairés se précipitent vers les escaliers du Métro et nous bousculent à cette place qui pendant si longtemps fut sinistre et redoutable... Comment s’imaginer que c’est là que tombèrent tant de braves ?
Cependant la boue où nous piélinons, Phumidité froide, le jour blafard, nous poussent à la mélancolie ; les sanglants souvenirs que nous évoquons sont d’accord avec les tristesses ambiantes..… À ce moment passe une sorte de «convoi du pauvre »; les tristes fleurs d'automne sont parcimonieusement disposées sur l’humble corbillard que quelques indifférents accompagnent... Il semble que ce soit l’enterrement de la saison morte!
RUE DE L'ANCIENNE-COMÉDIE | Le Café Procope.
L'Hôtel de la Fautrière,
A rue de l’Ancienne-Comédie est une des rares voies À parisiennes ayant gardé l'aspect pittoresque d’autrefois. Des maisons à pignons, des balcons antiques, de poudreuses boutiques revêtues de leurs grilles de défense, une entrée sur le curieux passage du Commerce, un nom évocateur, « Café Procope », inscrit sur un beau
balcon de fer forgé et enfin cette inscription « Ancien Hôtel des Comédiens Français », gravée au numéro 14 sur une plaque commémorative, en font un but de pro-
menade cher aux amoureux du vieux Paris. Peu de quartiers renferment en moins d'espace plus de précieux souvenirs : souvenirs d'art et de polémique avec la Comé-
die-Française et le café Procope, souvenirs d’émeutes
avec l'hôtel de la Fautrière, témoin de l’un des plus violents préludes de la Révolution.
Le 18 avril 1689, la rue des Fossés-Saint-Germaindes Prés (ainsi se dénommait alors la rue de l’Ancienne-
Comédie) était en ébullition. La Comédie-Française y inaugurait, par une sensationnelle représentation de Phèdre et du Médecin malgré lui, sa nouvelle salle de
spectacle. Exilés de la rue Mazarine, à la suite des
plaintes des jansénistes austères du collège Mazarin,
leurs voisins, les « Comédiens du Roy», avaient longue-
ment cherché un nouvel abri. Repoussés de partout ils avaient dû se rabattre sur la salle de jeu de paume du sieur l'Etoile, rue des Fossés-Saint-Germain. D’après les dessins de F. d’Orbay, ils avaient fait édifier une vaste salle dorée, fort luxueuse avec son triple rang de loges « richement étoffées » et sa brillante « roue de chandelles pendant du milieu du plafond peint par Boullongne ». Les malheureux speclateurs installés sous ces chandelles avaient l’avantage de payer moins cher, mais aussi le désagrément de sortir de là mouchetés de gouttes de suif; on les appelait « les Chevaliers du lustre ». L'inauguralion fut un succès et, chose inouïe pour l’époque, la recette monta à 1.889 livres (4). Le Théâtre- Français étalait sur la rue sa façade de « pierres de taille,
(4) Une curieuse gravure de Charles Coypel donne une idée exacte de l'aspect général de la Comédie avant le lever du rideau. Cette cstampe est de 1726; c’est le frontispice des dessins composés par Coypel pour les pièces de Molière. Le Mercure de France, de juillet 1726, en annonçant cette gravure dit : « Elle représente la salle de la Comédie, la toile et les lustres baissez. On y voit une partie des loges et du parterre, que l’auteur a remplis de caractères variez et comiques : petits-maîtres sur le théâtre ; femmes du bel air dans les loges; au parterre, vieux piliers de spectacles, jeunes gens nouvellement débar-
quez ; grands hommes incommodes à des petits, etc. En vente, chez