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UNE BATTERIE À MONTMARTRE (DÉCEMBRE

« Bien pittoresques les grandes barricades des boulevards extérieurs. Canons aux embrasures en pavés, les tambours entassés au milieu, les fusils en faisceaux avec pains embrochés aux baïonnettes. »

« Voilà pour le 148 mars. Le lendemain ou surlendemain, je suis retourné à Montmartre. Je n'ai pu entrer dans la maison de la rue des Rosiers. J'ai pénétré dans la cour pleine de gardes nationaux, mais on m'a fait circuler plus que vivement, et de la rue aussi, quan j'ai bâclé mon croquis.

« Il y avait des cancns dans cette rue, d’ailleurs comme partout où se rencontrait un peu de place sur ce plateau de Montmartre, ayant gardé l'aspect ancien d’un village. (Sur un croquis de la batterie, au

bout de la rue des Rosiers, il y a un réverbère pendant entre deux potences.).

« Sur toute la butte, on travaillait ferme à élever des barricades ou de véritables redoutes en terre, avec embrasures régulières. J'ai un

croquis des pentes de la Butte avec trois étages de travaux Le der-

nier sous la tour Solférino, très important, et comportant un abri casematé pour les munitions, était antérieur au 48 mars.

« Je regrette bien de n’avoir rien sur l'intérieur de la maison de ’assassinat occupée par le Comité central. Outre mes dessins pour Le Monde Illustré et La Chronique Illustrée, j'en préparais d’autres pour un journal que devait lancer un camarade. Quand j'ai apporté mes croquis sur papier autographique, mon brave ami, séduit par les revers rouges, les bottes et le grand sabre que la Commune lui avait octroyés pour occuper très paisiblement un bureau à Saint-Thomas-d’Aquin, avait changé d'opinion, — j'ai repris mes dessins. Le journal a fini par paraître (La Fronde Illusirée), avec une image représentant Thiers et Jules Favre, les mains dans le sang jusqu'au coude, ce qui força plus tard mon ami à s'en aller faire fortune — en Angleterre n». 3

L'hôtel Pontchartrain. — La place Ventadour, Le théâtre de la Renaissance.

Fin 1744, J.-J. Rousseau vint, en compagnie de Thérèse Le Vasseur, loger rue Neuve-des-Pelits-Champs, à l'étage supérieur d'une maison formant l'angle gauche de la rue Ventadour, vis-à-vis de l’hôtel Pontchartrain. Des fenêtres de sa mansarde il distinguait le cadran d'horloge sur lequel pendant plus d’un mois — avoue-

t-il dans ses Confessions — il s’efforça vainement d’initier son ignoranté compagne à la compréhension des heures! (1). |

(1) Je- voulais d’abord former son esprit, jy perdis ma peine. Son espritest ce que l’a fait la nature, la culture et les soins n’y prennent pas. Je nerougis pas d'avouer qu’elle n’a jamais su bien lire,-quoiqu’elle

écrive passablement. Quand j'allai loger dans la rue Neuvr-des-Petits- Champs, j'avais à l'hôtel de Pontchartrain, vis-à-vis de mes fenêtres, un cadran sur lequel je m'efforçai durant plus d'un mois à lui faire connaître les heures.’ A peine les connaît-elle à présent... (J.-J, RoussEAU, les Confessions, partie II, livre vir, p. 278.)

L'hôtel Pontchartrain occupait, place Ventadour, l’emplacement où se trouve aujourd'hui l'annexe de Ja Banque de France, et la rue Méhul s’ouvre exactement à l'endroit où s’élevait le porche monumental, qu'une vaste cour en hémicycle séparait du perron de l’hôtel, de l’autre côté, un immense jardin s’étendait presque jusqu’aux boulevards, <

Cet hôtel Pontchartrain était une des merveilles de Paris. Bâti vers 1660 sur les dessins de Levau pour

Hugues de Lyonne, secrétaire d'État aux affaires. étrangères, il fut acquis en 1703 par L. Phélippeaux de Pontchartrain, chancelier de France. Louis XV en avait fait plus tard l'hôtel des ambassadeurs extraordinaires, puis la demeure du ministre présidant aux finances (1).

Quand éclata la Révolution, l'hôtel était habité par le fastueux Calonne, ministre d'État, qui y avait magnifiquement installé le « Contrôle général des finances ».

(1) L'hôtel de Lyonne occupait presque tout l'espace compris entre la rue Gaillon et la rue Sainte-Anne; cette dernière, sur laquelle donnait une des entrées de l'hôtel, en avait même pris, pour la partie qui va de la rue des Petits-Champs jusqu'à la rue Neuve-Saint- Augustin, le nom de rue de Lyonne qui lui resta longtemps. Il était devenu l'hôtel de Pontchartrain, lorsque, par sa magnificence, il fut trouvé digne d’être la demeure des ambassadeurs extraordinaires en passage à Paris.

Sa principale entrée s'ouvrait à peu près à la hauteur de notre rue Méhul, et ses bâtiments ainsi que ses j:rdins s'étendaient sur les tere rains envahis depuis par le théâtre Ventisour, le passage Choiseul, les rues Monsigny, Marsolier, etc. (E. Fournier, Paris démoli, p. 198-200.) |

On y comptait deux chapelles, des appartements de

réceptions d'hiver et d’été, dix remises, des salons dorés et vernissés, des écuries pour plus de cinquante chevaux.

Devant le solennel perron de cette cour majestueuse, le 24 mars 1792, s'arrêta, cahin-caha, un fiacre de

médiocre élégance... Une jolie femme aux yeux vifs

ouvrit la portière, descendit gracieusement : c'était M° Roland, l’Égérie des Girondins alors triomphants; un vieil homme l'accompagnait, de mine sévère, l'air d'un quaker endimanché, le « vertueux » Roland, son époux, que Dumouriez venait de faire nommer ministre de l'Intérieur (1). Prévenus de « leur » nomination la veille à onze heures du soir — à l’hôtel Britannique, rue Guénégaud, où ils logeaient — Roland et sa femme venaient visiter le ministère où ils ne devaient s'installer que quinze jours plus tard (?). Pendant quelques semaines tout alla bien; les souliers à cordons et le chapeau rond du ministre avaient tout d’abord scandalisé MM. les huissiers du Conseil royal, mais on s’y fit rapidement. Me Roland, en fine Parisienne, que rien ne saurait étonner longtemps, jouait à merveille son rôle officiel. Tout en surveillant la lessive, elle recevait au ministère;

(1) C'est le vendredi 23 mars, à 11 heures du soir, que Brissot et Dumouriez vinrent annoncer à Roland l’acceptation définitive du roi. (Mémoires de Madame Roland. Édition CI. Perroud, p. 476.)

(2) Le dernier Ministre de l’Intérieur n’ayant pas habité l'hôte,

il fallut prendre des dispositions qui ne permirent à Roland de s’y installer que quinze jours après sa nomination. (Id., p. 478.)

les députés palriotes y venaient fêter « l’aube de la Liberté » en des banquets « sans profusion » que dénonçait l'ignoble Hébert. Artistes, politiciens, philosophes « se mettaient à table à cinq heures, et à neuf heures

les convives élaient partis » (f). Mais bientôt les choses

se gâtèrent; le vertueux Roland cessait de plaire, et dans les derniers jours de

tère, les colères populaires grondèrent jusqu’en la cour d'honneur. En janvier 1793, leurs amis pressaient Roland et sa femme de quitter MES DLANr s l'hôtel... M®° Roland D'après le physionotrace Quenedey. s'y refusa, ee lle prit soin-de ne s'endormir qu’ « avec un pistolet sous son chevet, non pour tuer ceux qui viendraient les assassiner, mais pour se soustraire à leurs indignités, s'ils voulaient mettre la main sur elle ? ».. On sait la triste fin de ces rêves de gloire, Manon Roland est guillotinée, Roland se suicide. 3 Les locataires se succèdent à l’hôtel Pontchartrain.

(1) Mémoires de Madame Roland, t. II, p. 11 et 12. (2) Idem. 5

son second minis-

UN VIEUX QUARTIER Pré

L'Empire y installe le ministère des Finances; à côlé, dans l'immeuble voisin, fonctionne la Loterie de France, supprimée comme immorale par la Convention en 1794, rétablie en 1797 comme lucrative par le Directoire, et les gravures de l’époque nous montrent la rue des Petits-Champs envahie les jours de tirage par une foule affairée, modistes, cuisinières, bourgeoises, por-

teurs d’eau, commis et grisettes, anxieuse de déchiffrer

les tableaux portant les numéros gagnants que de jeunes enfants, les yeux bandés, extrayaient publiquement d’une sorte de roue spéciale à ces oracles de la Fortune.

Les bâliments de la Loterie, comme l'hôtel Pontchartrain, furent démolis — par ordonnance royale — en 1826, el sur l'emplacement des constructions, des cours des jardins on ouvre la ruc Méhul, la ruc Monsigny, la rue Dalayrac, la rue Marsollier (f). Sur les ruines de l'hôtel Pontchartrain on construit l'Opéra-Comique el le passage Choiseul, où le physicien Comte installe un pelit

(1) Une ordonnance royale du 8 octobre 1826 porte :

Article 4er. — La nouvelle salle du théâtre royal de l'Opéra- Comique scra placée dans l'axe de la rue Ventadour, à 40 mètres environ de la rue Neuve-des-Petits-Champs, et sera isolée au-devant par une place d'environ 18 mètres de largeur; à droite, derrière et à gauche, par des rues larges environ, les deux premières de 12 mètres ct la dernière de 41 mètres. %

Article 2. — La délibération prise par le Conseil municipal de

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théâtre, qui plus tard deviendra les Bouffes-Parisiens, dont nous conterons quelque jour la plaisante histoire.

L’Opéra-Comique inaugure le 6 Septembre 1828 sa

nouvelle salle de spectacle et s’y maintient péniblement pendant quatre ans. Il émigre en 1832 et vient s'installer

place de la Bourse; la salle Ventadour abrite alors un « Théâtre nautique » qui sombre rapidement, et l’im-

meuble reste inoccupé jusqu’au jour où le bon Alexandre Dumas s’avisa d’aller rendre visite à Victor Hugo. | :

Les deux amis tombèrent d'accord sur ce point que la littérature romantique était sans asile, par le fait des entrepreneurs de spectacles, tenanciers éhontés de maisons suspectes, dépourvus de toute culture intellectuelle... Deux scènes auraient pu et suriout auraient dû accueillir la nouvelle école; mais l’une, « le Théâtre- Français, était vouée aux morts; l’autre, la Porte-Saint- Martin, était vouée aux bêtes... » (on y jouait alors

quelque féerie exhibant des animaux). Il convenait de se

défendre et d’édifier un temple nouveau. Or, Hugo avait déniché le directeur idéal, un nommé Anténor Joly, présentement rédacteur en chef du Vert-Vert, organe des théâtres. « Mais, il n’a pas le sou! », objecta timi-

notre bonne ville de Paris, à l’effet de contribuer pour une somme sic 500.000francs aux abords de la nouvelle salle, est approuvée, etc., etc. La nouvelle salle fut construite sur les dessins de MM. Huvé ct

Guerchy, architectes. (F. ct L. Lazann, Diclionnaire des rues el MmOonu-

ments de Paris.)

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