PERCEMENT DU BOULEVARD PDU PALAIS
Aspect des démolitions 4e la rue de la Barillerie.
Tout disparait, tout se riveile, et, sur les ruines de tant de ruines, s’élèvent lV'ôtel-Dieu et la Préfecture de police... On a répété que la vue seule d'un mur derrière lequel il se passe quelque chose constitue déjà une curiosilé... Nos aimables lectrices, qui viendront au
marché aux Fleurs acheter un paquet de roses de Noël, où une jolie paire de serins hollandais au marché aux Oiseaux, peuvent alors regarder avec un vif inlérêt le so éventré de ce vénérable coin de Paris... Il s’y est passé beaucoup de choses ! (1)
(4) Albertine Marat, sœur de l'ami du peuple, habitait une mansarde, 33, rue de la Barillerie. Elle y mourut en octobre 1841.
Ls sont de plus en plus rares les quarliers de Paris | ayant conservé à peu près intacts les vieux décors où se déroula leur éblouissante histoire; chaque jour la pioche stupide du démolisseur émiette nos souvenirs. « Plâtras! » grommellent dédaigneusement les vandales. « Reliques! » soupirent les amoureux du passé. Hätonsnous donc de promener nos flâneries dans les épaves ménacées, et parcourons aujourd’hui les dédales de petites rues tassées entre le Collège de France, là rue Saint-Jacques et la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève,
qui, si pittoresquement, grimpent en zigzaguant vers
le Panthéon. |
Ce fut, de toute antiquité, le quartier des Écoles. Autour de la Sorbonne — fondée en 1250 par Robert de Sorbon, chapelain de saint Louis, « pour que les esco-
‘liers étudiants à Paris, demeurassent là toujours », — où
s’enseignaient publiquement la théologie, la philosophie, l’hébreu, le grec, le latin, etc., etc., se groupèrent bientôt les collèges qui non seulement étaient maisons d'enseignement, mais eucore maisons de charité, asiles,
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où les éludiants pauvres d'une même province, voire d’une même ville, trouvaient la nourriture et le gile. Ces. collèges pullulaient : collège Montaigu, collèges de Reims, Es. de Laon, de Presles, de la Merci, collège Fortet, collèges 2 de Scez, de Cambrai, de Navarre, des Grassins, hébergeant des milliers d'étudiants ; aussi rencontrons-nous encore aujourd'hui, en des ruelles minables, parmi des masures, des bicoques et des hôtels borgnes, d’ antiques porches de pierre qui, malgré ieur ruine, ont gardé trace d’un glorieux passé et dont la majesté étonne et détonne au milieu des laideurs avoisinantes.
Le Collège de France lui-même s’éleva sur les ruines de deux très vieux collèges : les collèges de Cambrai et de Tréguier, et jusque vers 1855 — date de la percée de la rue des Écoles — la petite place précédant le Collège Le France s'appelait place Cambrai. Là, depuis 1832, u : théâtre, le théâlre du Panthéon, avait installé ses Fe (eaux, sa scène, ses loges ct son parterre dans une des. plus anciennes églises parisiennes, l’église Saint- Benoît, désaffeciée depuis 1790, Cette église avait été célèbre, . | elle contenait un autel consacré à saint Bach, dont le 3 nom rappelant Bacchus fleurait vaguement le paganisme. : Les frères Perrault, Claude, l’archilecte de la Colonnade du Louvre, et Charles, le délicieux auteur des Contes de fées, y furent inhumés, ainsi que l'acteur Baron, l'élève de Molière. Cédé en 1795 à un chasublier, l'édifice avail été revendu en 1812 à un marchand de farine, qui l'avait converti en entrepôt. En 1822, un entrepreneur de spéc-
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tacle y fonda le théâtre du Panthéon. L'ouverture s’en fit le 18 mars; la scène occupait le chœur de l’église et l’on jouait des vaudevilles à flonflons au milieu des arceaux.
Berthoud, sculp, THÉATRE DU PANTHÉON.
des fûts de colonne, des pierres tumulaires, des vitraux, avec au fond la rosace mystique! Le maître Sardou, qui, dans sa prime jeunesse, fréquenta le théâtre du Panthéon, se souvient de la curieuse entrée, comprise entre une
boutique de brosserie et un marchand de parapluies, sur
une petite place, -non loin d’une bouquinerie tenue par le père d'Ilenri Meilhac. Les coulisses, donnant sur la scène, s’ouvraient à peu près exactement où se trouve aujourd’hui — 48, rue Saint-Jacques — une des portes de
la nouvelle Sorbonne. Le théâtre du Panthéon eut Phon- ;
neur de représenter — le 28 août 1838 — la seconde œuvre d'Eugène Labiche l’Avocat Loubet, un drame noir en trois actes, dont la scène se passait à Aix en Provence au commencement du xvII° siècle. Il convient toutefois d’avouer que léléphant Kiouny — un étonnant pachyderme — obtint un succès bien supérieur à lAvocat Loubet... Après avoir vainement lutté contre la mauvaise
fortune, le théâtre du Panthéon — dont le dernier direc-
teur était en même temps marchand de vieux babils - — fermait définitivement ses portes en 1845.
La malheureuse église se vit alors dépouillée du peu
d'architecture qui lui restait, et la chapelle mutilée n’offrait plus aucun intérêt lorsque la percée de la rue des Écoles la supprima définiliv cment comme elle supprima un grand nombre de rues ou de fragments de rues aux noms célèbres. dont un tronçon de la rue La Harpe,
cette rue La Ilarpe où défilèrent les obsèques pom-
peuses des grands hommes conduits triomphalement au Panthéon : Mirabeau, J.-J. Rousseau, Voltaire... et
Marat... La partie de la Sorbonne qui fait face auCollège Fax
de France s’élève sur les débris de l’église Saint-Benoît,
construite elle-même sur d’autres débris gallo-romains,
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témoins les tombes et les dalles de pierre de la « via Romana » que l’éminent architecte Nénot retrouvait naguère sous les substructions de la nouvelle Sorbonne (1).
Remontant la rue Saint-Jacques (qui occupe exactement l'emplacement de la voie romaine), engageonsnous dans la rue du Cimetière-Saint-Benoiît — dont le nom précise l’emplacement, — longeons rapidement cette ruelle lugubre, suivons la rue Fromentel et arrëtons-nous à son débouché, sur la petite place formée par
(1) « ...Les premiers vestiges d'un édifice gallo-romain, situé dans le quartier du Collège de France, ont été découverts, en 1894, par feu M. Théodore Vacquer, sous-conservateur du Musée Carna-
- valet, lors de la construction d’un égout, rues Jean-de-Beauvais et de
Lanneau.
« La suite de ces vestiges furent mis à jour de novembre à décembre 1903, au cours des fouilles exécutées pour la construction d'un autre égout, impasse Charretière.
« C’est à partir de février 1904 jusqu’au mois de février suivant que, dans le but de compléter ces découvertes, la Commission du Vieux Paris entreprit les fouilles nécessaires, au moyen de puits, de petites tranchées à ciel ouvert et de galeries souterraines, sous la direction de M. Georges Villain, assisté de M. Charles Sellier, inspecteur des fouilles archéologiques de la Ville de Paris...
« .. À ce sujet, l'éminent professeur de nos antiquités nationales au Collège de France, M, Camille Jullian, observe qu’on démolira, tôt ou tard, les masures qui avoisinent le Collège de France. « Il faudra, « dit-il, à ce moment faire des fouilles lentes, profondes, complètes. « L'occasion sera unique et nous espérons que la municipalité de « Paris, qui à l'amour de son passé, qui a la passion de ses gloires, « n’hésitera pas à faire les sacrifices nécessaires en faveur d’une « science qui est, après tout, celle de ses destinées propres... » (Rèvue des Études anciennes, mai 1906, Fouilles du quartier du Collège de France, page 170.)
le croisement des rues Charretière, Fromenol En Lan:
neau (percée sur le clos Bruneau) et Jean-de- Beauvais. Comme il est facile, devant ce pittoresque décor parisien, ces maisons lépreuses, disloquées, dont les brunes silhoucttes se découpent bizarrement sur lé ciel, d’évoquer les scènes lragiques ou joycuses qui s'y RE jadis! Un peu d'imagination aidant, on revoit ées ruelles de aux durs pavés, grouillantes d’une foule dansant la Carmagnole ou le (a ira, on perçoit les cris, on entend les
cloches, au loin les tambours ballent.. et ces décors de rêve semblent créés pour sx les drames de l'histoire. $
On pet alors que les chouans de Cadoudal soient venus chercher en cette fourmilière humane | l’asile sûr pouvant soustraire leur chef aimé à toutes
les polices de Bonaparte, de Réal et de Dubois. En 1804, Bonaparte, premier consul, accomplissait sa prodigicuse destinée; son génie, ses victoires l'avaient rendu mailre de la France; mais les royalistes, sentant Îa parlie perdue, a aout résolu sg suppression. Une vaste. conspiration s'était ourdie et l’indomptable Georges Cadoudal, l'âme du complot, réussissait à rentrer dans Paris, avec intention « d'attaquer le premier consul ». Un duel à mort s’engageait entre « l’usurpateur » Bonaparte et Cadoudal ; la France tout entière suivait ‘anxieusement les phases de ce duel. Sur le seul avis que « Georges
était à Paris », on avait fermé les barrières comme aux. jours les plus tragiques de la Terreur, des patrouilles de > | # DES
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