DANS LES COULISSES
(Vignette tirée de l’Aiver à Paris.)
ét le Théâtre de Verdure,.
UEL dommage que la légende à laquelle le « Pré-
() Catelan » doit son nom soit apocryphe... elle est. charmante. Vers l’an 1310 (l'aventure n’est pas d'hier), une princesse de Savoie aurait dépèêché comme ambassadeur auprès de notre regretté Philippe le Bel, « grand amateur de virelais et de romances », un jeune troubadour provençal nommé Arnault de Catelan. Le Roi, évidemment flatté, manda ledit troubadour en son « manoir de Passy ». Pour lui faire honneur autant que pour le préserver des « bandes de mauvais garçons » -infestant la forêt de Rouvray (ainsi s'appelait alors notre joli bois de Boulogne), Philippe le Bel eut l’heureuse idée d’expédier à Catelan une escorte de « gens sûrs » tirés de
sa propre garde, dont le premier soin fut d'égorger celui qu’ils avaient mission de protéger. Ces aimables compagnons comptaient voler à l’envoyé de la princesse lointaine l'or et les bijoux dont il ne pouvait manquer d’être
oo A TRAVERS PARIS
amplement muni. O déception! Méridional poétique,
mais roublard, Catelan n’apportait à Philippe le Bel que
des liqueurs et des parfums de choix... dont la bande
dut se contenter. |
Lorsque l'escorte revint, sans l’escorté, au manoir de Passy, on ne s’aperçut pas que ces hommes d'armes fussentplus ivres que d'habitude ; mais leur odeur par trop suave les trahit... leur parfum violent et vengeur décela le
crime ; on ne sent pas si bon impunément! Justement
vexé, Philippe le Bel traita ses gardes comme de simples chevaliers du Temple, les fit brüler vifs et ordonna
l'érection d’une croix expiatoire commémorant les regrets du roi Capétien et les malheurs de « notre bon-camarade » Catelan, poète provençal et ambassadeur occa--
sionnel. é Telle est la légende; l’hisloire, plus terre à terre, assure simplement que le Pré-Catelan tire son nom d’un
certain Théo phileCatelan, capitaine des chasses du bois de -
Boulogne et propriétaire du château de la Meute, qui plus tard devint château de la Muette, après que le roi Louis XV
l'eût « pris et augmenté », assure Saint-Simon. La croix
légendaire avait été remplacée au xvu siècle par une
pyramide tronquée. Sur l’une des quatre faces de son piédestal, on distinguait encore, en 1861, un écu effrité aux armes de Provence ; sur une autre, une inscription
à peu près effacée ; depuis, ce petit monument fut réparé et mis au goût du jour, car, après bien des années d'abandon, le Pré-Catelan est redevenu à la mode.
Un luxueux restaurant, de merveilleux jardins, un théâtre en plein air en font un des coins exquis du bois