LA CROIX CATELAN VERS
Tirée du « Bois de Boulogne »,
glissant sous les branches! » On admirait encore des rochers, des arbres, un pont, une grolie encombrant la
petite scène du théâtre des Fleurs, et, les grands jours,
la musique de {a garde impériale y donnait des concerts militaires. D'autres attractions embellissaient le Pré-
Catelan : un théâtre de marionnettes, un antre de sor-
cier, un atelier de photographe, des brasseries et une.
tente-orchestre. Tout cela était dû à un M. Ernest
Beer, qui avait assumé la ‘charg ge de metlre en valeur une enclave de quatre ‘hectares, prise dans le bois de
Boulogne, concédée en 1856 par Napoléon III à Nestor
Roqueplan, Parisien irréductible, spirituel et paradoxal,
se vantant de n’avoir jamais dépassé les fortifications et
définissant la campagne « un endroit Ruarde où piaillent des oiseaux crus ».
Telle fut l’origine de ce sefratonnel Pré-Catelan,
qui, après avoir. péniblement végété, disparut dans la
tourmente de 1870, époque de malheur où notre pauvre Bois, ravagé, coupé, massacré, servit à chauffer Paris affamé et glacé... Cette création du « Pré-Uatelan », à laquelle s'étaient intéressés l'Empereur et l’Impératrice Eugénie, ne faisait que renouer une tradition du xvir' siècle. Le bois de Boulogne comportait alors de multiples attractions, sans compter le Ranelagh, bal champètre,
situé aux environs de la Muette, célèbre par ses crincrins,
ses tonnelles fleuries, ses feux d’artifice, ses quadrilles, où la reine Marie-Antoinette, logeant au château de la
Muette, avec M“ de Polignac, n'avait pas dédaigné de
venir « s’encanailler », le 21 avril 1780, — et, ce pe
la recette fut de 627 livres! (1) Un certificat du prince de Soubise, daté de j janvier
(4) Lord Ranelagh, pair d'Irlande, grand amateur de musique, : avait fait construire dans son parc de Chelsea, près de Londres, une
1789, nous apprend que la dame Dauvilliers, « directrice des Petits Comédiens de bois », possédait, « sur la pelouse de Boulogne », une salle de spectacle, dont ledit prince de Soubise lui avait concédé le privilège, « salle parfaitement construite et très bien décorée où la Cour allait habituellement pendant la belle saison », assure en 1803 un second certificat signé Dussault, maire de Passy, déclarant qu'en 1790, « par suite des malheurs de la Révolution, cette salle de spectacles et ses dépendances avaient été démolies par ordre du gouverne-
rotonde où, chaque jour, un orchestre venait jouer. La haute société anglaise fréquentait ses concerts. ;
- À la mort de lord Ranelagh, vers le milieu du xvrue siècle, une Compagnié acheta son parc et y continua la musique, faisant payer aux spectateurs 3 schellimgs d'entrée. On installa, dans la suite, des fêtes publiques et des bals dans ce jardin qui conserva longtemps le nom de son ancien propriétaire, et qui a été remplacé par Cremorn- Gardens.
En 1772, Morisan, garde de la porte de Passy, et Tardé, l'un et l'autre artificiors du roi, qui avaient été donner des fêtes en Angleserre et y avaient vu Ie Ranelagh anglais, conçurent l’idée de fonder un établissement semblable aux portes de Paris.
Ils obtinrent du maréchal prince de Soubise, gouverneur du chàteau de la Muette et grand écuyer du Bois de Boulogne, la concession de la grande pelouse située dans Île Bois de Boulogne, sur l'emplacement qu’occupe aujourd'hui le café du Ranelagh,
La première salle fut ouverte le lundi 25 juillet 1774, sous le nom de Petit Ranelagh.
L'entrée coûtait 24 sous.
A droite de la grande allée, éclairée par des lanternes accrochées au tronc même des arbres, se trouvaient de petits” salons couverts €} fermés de trois côtés. On y servait à souper.
A gauche, au milieu des statues, une rotonde reposait sur des
Ve
ment (!)». Beer et Roqueplan n'avaient donc rien inventé en 1856, et ce que nous admirons aujourd’hui n'est que la suite naturel!e d’une série PARenE largement
espacés...
Hicr, la Société de l’histoire du théâtre nous conviait au théâtre des Fleurs (aujourd'hui « Théâtre de ver-
colonnes de picrre. Les musiciens étaient au premier étage do la rotonde. On circulait au- “dessous des guüirlandes de fleurs qui reliaient entre elles les colonnes.
Les premiers soirs, les recettes ne farent pas brillantes, Certains soirs, elles descendirent à 30 livres, à 7 livres 10 sous et même à à livres 12 sous ,.
Avec le Directoire revinrent les beaux jours du Ranelagh, qui fut entièrement reconstruit. En 1793, le célèbre Trenitz y amona ses muscadins et ses merveilleuses, qui refirent, en un tour de danse; la lortune de Morisan. Les muscadins y avaient véritablement établi leur quartier général, à ce point même qu’ils furent accusés d’ ÿ conspirer, Un soir, la garde directoriale envahit la salle de bal. « Ce fut, dit un auteur anonyme, un sauve-qui-pcut général; les uns sautèrent pardessus les barrières, les autres montèrent dans les ar bres; ceux-ci se réfugièrent dans les caves; ceux-là furent faits prisonniers : ; puis on ramassa les blessés et on emmena les valides, et les vaincus eurent à subir, pour leur peine, quelques mois de zrison, »
L'établissement fut ravagé par les vainqueurs et fermé jusqu'au Consulat, Sous l'Empire, Morisan y donna avec succès des fêtes mili. taires, Il mourut au bon moment, car, peu de jours après sa mort, les Cosaques vinrent bivouaquer sur ses pelouses, et ses salons furent convertis en écurie, en hôpital et en « salles de correction ».
(1) De longue date des théâtres existaient au bois dé Boulogne, :
témoin ce certificat du maréchal prince de Soubise : « Je certifie que je n'ai point retiré à Mme Donvwilliers le privilège du spectacle du bois de Boulogne et qu’elle peut louer et faire Occu-
LE
dure ») à une inoubliable représentation qui évoqua un moment tout ce passé disparu.
Un poétique prologue de Dorchain, des vers d'André
- Chénier, des menuets, des gavottes, des ariettes de Ra-
PRÉ*CATELAN, Tirée du « Bois de Boulogne »,
per son théâtre par qui bon lui semblera, à condition qu’elle tiendra exactement les arrangements qu’elle a pris avec ses entrepreneurs et autres créanciers jusqu’à la fin des paiements.
« A Paris, ce 11 janvier 1789.
« Mme Donvilliers, « Directrice des Petits Comédiens de Bois »,
Un certificat du maire de Passÿ, — attestant « qu'il est À notre
meau; le ballet d’Alceste et le second acte de chefd'entre de Gluck, interprété par une artiste admirable, É Me Litvinne ! Dans le noble décor de feuillage, sur les fonds sombres et mouvants des sapins et des chênes balancés par le vent, ce fut d’abord un enchantement de voir la blanche théorie des charmantes ballerines de l’Opéra-Comique danser le ballet d’Alceste. Les tissus légers et transparents que la brise faisait plaquer sur de beaux corps jeunes et souples, cette musique de rêve, ces rayons de soleil couchant filtrant comme des jets de lumière électrique au travers des branches vertes et nimbant de poudre d’or la grâce exquise de Régina Badet couronnée de feuillage et moulée, — statue vivante, — en ses gazes claires que soulignait la tache sombre d’une peau de panthère, ces sandales frôlant le gazon semé de pâquerettes.., tout nous donnait l'illusion de contempler : une frise animée, détachée des blocs de sus du Parthénon!
connaissance qu’il existait avant la Révolution une salle de spectacle sur la pelouse du bois de Boulogne appartenant à Me veuve Donvilliers, parfaitement construite et très bien décorée, où la Cour allait habituellement dans la belle saison et que, par suite des malheurs de ‘la Révolution, cette salle de spectacie et ses dépendances ont été démolies par ordre du gouvernement en l'an 1790, — on ignore encore
ce que sont devenus les matériaux, « DusSAULT,
« Maire de pars:
« Le 19 frimaire an II (Ni'9 Donvilliers), « Mme veuve Donvilicrs, 436, rue de Grey”: Paris, sollicite une
indemnité. »