LA GUERRE
Composition allégorique d'Edmond Morin,
.… Puis, c'est le printemps de 1870, où l’esprit de révolte pousse avec les feuilles vertes, la mort de Victor Noir, les émeutes, le journal d'Henri Rochefort, introduit subrepticement par les externes et dévoré entre
* « LA MARSEILLAISE » CHANTÉE AUX CAFÉS-CONCERTS DES CHAMPS-ÉLYSÉES (Juillet 1870), (Le Monde illustré.)
deux pages du Thesaurus poeticus, les cris, les chants, la Marseillaise !.. dont les échos parvinrent jusqu'à nos dortoirs étouffants, la guerre, nos tristes vacances, nos désastres et la rentrée au lycée, externes, pendant Île siège de Paris! |
Alors, pour arriver à huit heures à Louis-le-Grand, il
La
nous fallait, mon frère et moi, traverser la ville. Dans Île
petit matin bleuâtre, nous croisions des compagnies de gardes nationaux revenant des remparts ; par ces froids:
terribles (une moyenne de 12 degrés au-dessous de zéro), les hommes avaient des « passe-montagne » en
laine tricotée, des cache-nez de couleur, de gros gants de
euir, de longues capotes raidies par le gel. Dans la boue et la neige glacées, sous la pluie el la bise, tenant en main, pour de minutieux pointages, leurs cartes bleues et jaunes d'alimentation familiale, de longues files de femmes, de vieillards, d’enfants faisaient, — bien avant
l’aube, — queue à la porte des boucheries ouvertes à
huit heures, militairement, sous la surveillance de gardes sédentaires, irrévérencieusement dénommés « les pantouflards » (1).
(4) ... Oui, ce fut à huit heures d'abord, puis à huit heures ct demie due nous arrivions au lycée. :
L'heure avait été changée, parce que l'on « manquait d'huile » pour garnir les quinquets qui seuls éclairaient nos classes.
Pour la même raison, nous étions libres l'après-midi, aès ras heures et demie, quand les jours étaicnt très courts et très noirs.
Il me semble (27?) que Louis-le-Grand a été AéRAPESE pendant
quelques semaines, mais je ne peux rien affirmer,
Oui, nous apportions notre déjcuner. Il n'y avait rien à achcter. Cuisines, dortoirs appartenaient aux mobiles. x A
Te souviens tu de n63 professeurs arriv ant du bastion en uniforme ? Je vois encore M. Meynal, notre professeur de cinquième, et M: Pigconneau, l'admirable professeur d'histoire, arrivant en retard, et se débar:, rassant en classe de leurs sacs et de leurs fusils avant de commencer le cours. ;
Du reste, ce souvenir très précis doit être suivi de la note: «Qu'à ,
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‘HAICABUULT) 6980 A9DAIS AT LINVONGd A'ITAISINAN ANILNVO ANA
L'héroïsme, le tranquille courage, l'ingéniosité des Parisiennes pendant le siège furent incomparables: elles incarnèrent l’âme de la France meurtrie et d'autant plus aimée. Soignant les malades, pansant les blessés, galva-
BOUCHERIE CANINE ET FÉLINE, SOUVENIR DU SIÈGE DE PARIS. (Dessin de D. Vierge, Le Monde illustré.)
nisant les courages défaillants, elles savaient encore - découvrir d’inespérées receltes pour accommoder les plus invraisemblables nourritures. Nous mangions du
ce moment-là, ça nous paraissait la chose la plus simple du monde ». Dis bien aussi quelle joie fut la nôtre quand les obus, tombant sur Louis-le-Grand, le censeur nous conseilla de rester chez nous.
À toi.
Henri Cain,
cheval, du chien, du chat les jours de fête... (1) et c'est.
avec une gourmande émolion qu’on interrogeait la cuisinière : « Aurons-nous de l’âne, ce soir? » Quant au pain, c'était un mélange gluant de son, de paille et d'avoine...
Au lycée, qui s'appelait alors lycée Descartes, nos
(4) Paris, 8 avril 1908.
Mon cher ami,.... — Tu te souviens de Meynal, le sympathique
professeur de cinquième. Eh ! bien, ce pacifique grammairien s'était transformé non seulement en garde national comme tout le monde, mais encore en chasseur de moineaux. On aurait pu une fois ou deux (n'exagérons rien) le voir chassant dans les cours du lycée, et y tuant quelques moineaux, pour faire diversion à la viande de cheval.
Les pauvres moineaux ! 11 cst vrai qu'en les tuant, il les empèchait de mourir de faim. -
Je te communique, par la même occasion, quélques notes que je copie dans les vieux agendas de mon père, que tu as eu pour professeur à Louis-le-Grand : il s’y trouve des rapprochements expressifs :
45 septembre 1870. — L'ennemi est signalé à Joinville-le-Pont. Acheté une couverture de rempart, un Képi de garde national, un Tacite (Taüchnitz).
47 septembre, — Été à l'exercice au lycéc, de 7 à 9,
42 octobre. — Commencement du rationnement de la viande.
Lettre du censeur m'annonçant qu'il est formé une deuxième division de troisième. Monté deux factions ; couché dans une casematc.
20 octobre. — Fini ma quinzaine de classe. Mangé du cheval pour la première fois.
40 janvier 4871. — Continuation ïé bombardement; la Sorbonne
mutilée. Suspension des classes jusqu'à nouvel ordre. 31 janvier. — Reprise des classes.
Et enfin cette note, à la fin de la Commune : 22 mai. — Nouvelle de l'entrée des troupes. Classe le matin, pas
le soir. Barricades dans le quartier. Incendies à la Croix-Rouge et rue
du Bac par le pétrole.
31 mai. — Reprise des classes A"t01,:. ; 6 Paul Lrutercr.
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dortoirs étaient occupés par les mobiles des départements, et nous regardions curieusement ces braves gens astiquant leurs armes rouillées par les pluies. Une seule classe, insuffisamment chauffée, suffisait