L'ÉLABORATION
fatales, hélas ! à leur conservation. Le sanc-, tuaire où le culte du saint s'est confiné, d'où il a rayonné au loin, doit également arrêter l'attention de l'hagiographe, qui a pour tâche de faire connaître ses origines, ses accroissements, sa célébrité se confondant avec celle même du saint, les pèlerinages, les faveurs obtenues. Si le saint a laissé derrière lui quelque institution, l'histoire des développements de son œuvre appartient à sa gloire posthume. Parmi les textes anciens qui se rattachent à cet ensemble, les plus importants sont les récits de translations et les recueils de miracles. Ils sont souvent du plus grand intérêt pour l'histoire générale et pour la connaissance des mœurs d'un peuple et d'une époque. Aussi ne doit-on pas regretter la place que les documents de ce genre occupent dans les Acta sa7iciorum. Il en est de même des procès de canonisation du moyen âge. Ce sont parfois des séries considérables, d'où la prolixité n'est pas toujours absente. Mais on est amplement récompensé de la peine qu'il faut se donner pour les éditer et les lire par les résultats qu'en retire l'histoire religieuse et profane. On peut citer encore les lettres d'indulgences et les procès-verbaux de reconnaissances de reliques, et, dans un autre ordre d'idées, les of-
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L' ŒUVRE DBS BOLLANDISTES
fices, les hymnes, les inscriptions. Ces monuments du culte forment parfois un ensemble si considérable, et il faut bien le dire, si encombrant, que l'on ne saurait prendre pour règle de publier tous les textes se rapportant à une manifestation quelconque du culte des samts. Un choix s'impose, dicté par l'importance relative des pièces et par le sujet, celles que .l'on publie devant être traitées avec le même soin que les textes biographiques. Les autres seront simplement analysées ou signalées.
Après la suppression de la Compagnie de Jésus, lors du transfert des bollandistes à Bruxelles en 1778, le conseiller d'État de Kûlberg se fit renseigner par les derniers survivants sur l'organisation de l'œuvre. Dans un rapport au prince de Starhemberg. il donne à ce sujet de curieux détails. On lira avec intérêt ceux qui vont suivre et qui complètent ce que nous savons de la méthode adoptée dans l'élaboration des commentaires. Voici son
texte *.
< Les hagiographes, parvenus à traiter d'un
I. Dans les dossiers conservés au Archives générales du Royaume, Conseil privé, 742, 743- No^s "o"s servons de la copie conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles, manuscrit 17674, fol. 31-43, dont nous retouchons légèrement l'orthographe.
l'élaboration
certain jour d'un mois, entraient en conférence, rassemblaient tous les saints honorés ce jour-là dans l'Église que renfermaient tous les différents martyrologes connus. Ensuite on délibérait sur les saints de ce jour dont on traiterait et sur ceux qu'on omettrait, soit parce qu'on en avait déjà traité, soit parce qu'il y avait des raisons d'en traiter plus tard ou de n'en point traiter du tout, et l'on rendait compte dans l'ouvrage des raisons qui avaient déterminé à prendre l'un ou l'autre de ces derniers partis. Cela fait, on s'arrangeait sur le partage des ouvrages, et chacun des hagiographes * prenait à soi de traiter tel ou tel saint. Il est bon de savoir que la Vie d'un saint se trouve autant de fois répétée dans les Ada sanctorum sous la date du jour de sa mort qu'elle a été trouvée avoir été écrite de fois par des auteurs connus ou inconnus, soit en manuscrit, soit par voie d'impression, et les découvertes faites à cet égard en tout temps par les hagiographes, sont prodigieuses. Toutes les Vies du même saint, insérées les unes après les autres dans l'ouvrage, font l'objet
I. La copie, ici et plus loin encore, porte historiographe. C'est une distraction. Ce mot a dans le rapport de Kiilberg un sens très précis, comme on le verra par la suite.
l'œuvre DBS BOLLANDISTES
L'ELABORATION
in
des observations, des discussions et de la critique des hagiographes, et ils ont été reconnus en tout temps pour avoir excellé en ce genre de travail. C'est la justice que les plus célèbres écrivains, même ceux qu'on n'accusera certainement pas de partialité à leur égard, leur ont rendu avec force et énergie. C'est ainsi que chaque Vie de saint est ramenée au vrai, établi par des preuves que le flambeau d'une discussion et d'une critique aussi saine que sage et solide a éclairées, et dont tout ce qui peut avoir la moindre apparence de légèreté, de faiblesse, de superstition, de fanatisme et d'esprit de parti est banni avec force.
« Lorsqu'un hagiographe, d'après cet esprit, ces principes et cette marche avait la Vie ou une des Vies du saint qu'il s'était chargé de traiter, il en faisait faire l'impression par quaternions faisant huit pages.
« L'imprimeur en tirait un exemplaire, le portait à l'auteur qui en faisait la correction, et l'exemplaire lui était remis corrigé selon ses remarques par l'imprimeur. Ce n'était que dans ce moment que l'hagiographe auteur faisait passer son ouvrage à chacun de ses confrères selon l'ancienneté. Chacun l'examinait et tenait ses notes. On s'assemblait ensuite et on
délibérait sur les changements. Si l'on en trouvait à faire, la décision, en cas de parité, était emportée par l'auteur, comme étant celui qui, ayant traité la chose, était le plus en état d'en juger par lui-même.
« Ce premier imprimé, vu ainsi par l'assemblée, était remis, redressé ou non, à l'imprimeur ; il en tirait un troisième exemplaire que l'auteur revoyait de nouveau, et alors on en tirait huit cents exemplaires*».
L'application des méthodes inaugurées par BoUandus, perfectionnées par Henschenius et Papebroch, se heurtait à des difficultés dont on ne se rendit compte que vaguement dans les débuts, mais qui ne tardèrent pas à se faire sentir dans toute leur gravité. Les unes provenaient du plan adopté, les .autres de l'état de la science et des habitudes littéraires de l'époque.
Il est incontestable que l'ordre un peu artificiel du calendrier que l'on s'était décidé, à suivie présentait de grands inconvénients. Des saints qui ont vécu à la même époque et ont été unis par des liens intimes, doni la vie offre par conséquent de perpétuels points